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Dans mon univers ... de Pêcheur ...
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| SENEGAL La mangrove du delta du Sine Saloum | |||||||||||||||||||||
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En tel cas, cette première fois où il découvre ce phénomène, le voyageur non averti ne peut que s’étonner et s’interroger sur le champ: mirage ou image vraie ? Cela se peut-il, comment et pourquoi ? Ainsi en fut-il pour moi-même lors d’un premier séjour aux Antilles. En fait, dans cette zone de balancement des marées et à la limite de salure des eaux, il s’agissait probablement de l’amorce de formation d’une mangrove, un étrange écosystème aussi précieux que riche tant il favorise l’implantation, l’expansion par la sédentarisation de la biomasse locale. L'exotisme surgit aussitôt. Il s’interroge aux fins de savoir comment ces plantes peuvent pousser et survivre dans ces eaux à si forte salinité, et plus encore, en zone de delta, dans l’eau de mer ? Il en est ainsi dans la nature pleine d’imagination quand, parfois, certains éléments inertes du milieu naturel, comme la terre et l’eau, s’associent magiquement et créent un univers vivant là où il n’y avait rien, pas de vie végétale ou animale : presque le néant. Alors, ils favoriseraient, semble-t-il, l’installation exubérante d’espèces végétales puis se développerait peu à peu une véritable colonisation ....animale. j’ai pu découvrir et apprécier l'immense mangrove du delta du Sine Saloum si favorisée par le caractère fortement vaseux-marécageux de ses rives. La zone s’avère donc très propice à la prolifération des palétuviers, les mangles rouges ou noirs (Rhizophora mangle). très originaux. En effet, d’une part, ils s’adaptent à la forte salinité des eaux due aux marées et, par ailleurs, savent compenser astucieusement la faible teneur en oxygène du substrat nourricier alimenté en permanence par du limon très fin et fertile. en un statuaire ligneux de silhouettes d’animaux d'autres univers !... Ainsi, elles produisent bientôt de nouveaux plants lesquels se détacheront plus tard pour s'autotransplanter aisément parmi le fatras issu du sédiment vaseux. De la sorte, sans cesse, la mangrove se renforce aléatoirement mais protège assurant efficacement la résilience d'un littoral et de tout son écosystème devenant très sensibles face aux éléments déchaînés pas toujours prévisibles que sont cyclones et tsunamis. Se rapprochant sans cesse de la rive, notre pirogue intruse glisse doucement, provoquant des fuites soudaines en chaîne, que trahissent les remous superficiels de nageoires inquiètes. C’est une vraie forêt humide que nous découvrons en descendant le premier bolon. Peu à peu, une pesante moiteur s’en dégage. Puis, à notre approche pourtant silencieuse, le calme s’établit aussitôt et ce berceau de la vie marine semble tomber dans une torpeur suffocante car la riche avifaune si omniprésente de sa forêt marécageuse, soudain, se tait. Enfin, timidement, un oiseau plus audacieux, quelque guetteur ?... reprend son chant tandis que d’autres, alors rassurés, y ajoutent leurs cris aigus en un concert sans harmonie. Criailleries cacophoniques !!! C'est un tam tam de brousse...de haut niveau, assez différent ! C'est le limon fertile qui fait pousser les arbres. En retour, les arbres fixent ces limons par leurs racines. Très vite, par grappes semi immergées, des huîtres colonisent ces racines, en leurs sections aériennes et, entre ces inextricables réseaux de racines ayant à peine atteint le substrat léger, se cachent confortablement en une relative sécurité, les petits poissons et alevins des innombrables nurseries de la mer. A leur tour, en jardiniers-magiciens, vent et oiseaux, qui transportent des graines. interviennent positivement. Les scientifiques supposent que certaines semences ont pu aussi parvenir par les alluvions des fleuves Sine et Saloum. Mais, tout cela n’est possible que si le climat est particulièrement favorable à la croissance des plantes concernées. C’est précisément le cas en Afrique, aux Antilles etc. Assurément, les climats tropicaux et équatoriaux s'affirment très propices à l’établissement de ces forêts amphibies mais, toujours, la condition vraiment essentielle reste qu'elles se trouvent situées dans une zone à marées. A longueur d’années, il se produit une intense érosion des sols due à d’abondantes quantités d’eaux de ruissellement. Elles-mêmes sont consécutives à de très fortes précipitations périodiques mais qui durent. Ces masses d’eau arrachent de grandes quantités de sédiments vaso-argileux puis les entraînent. Ainsi s’accumulent progressivement des masses alluvionnaires mais, considérables, qui sont déplacées, charriées et recouvrent de plus en plus les zones peu pentues où, à un moment, leur course s’achève, parce que le courant faiblit, puis cesse de les véhiculer. Vient alors la fin du voyage quand ces limons chargées de matières organiques se déposent enfin dans le jardin de la mer. De ce fait, le paysage se trouve sans cesse modifié. En permanence, c'est la configuration du relief qui est remodelée par l’apport important de nouveaux dépôts sédimentaires. Bientôt, un autre littoral sablo-vaseux se dessine, se construit et étend le domaine végétal. Peu à peu, il enfouit une côte plus ou moins rocheuse ou simplement détritique qui était trop érodée. Alors, sur ces limons, qui offrent une naturelle richesse minérale, se produit vite une véritable explosion végétale et pourtant, sur des terres baignées.... par l’eau salée! Protecteur des côtes, ce domaine vert de 250 000 hectares est un monde à part, impénétrable et plutôt hostile, pour l’homme, mais quel refuge pour certains animaux! certains qualifient la mangrove "d’enfer vert ». Et c’est à juste titre! En effet, ils la jugent très inhospitalière pour les humains, déjà en raison de sa complexité végétale qui la rend impénétrable, et la craignent assez, aussi pour l’instabilité de son sol vaseux. De plus, ils redoutent son atmosphère lourde sans trop d'oxygène, le harcèlement des insectes indésirables qui y prolifèrent en multitudes infinies, voire la présence d'autres animaux qui grouillent dans la végétation si dense. Aux Antilles, ce crustacé se nomme "cé ma faute"car il évoque le pénitent battant sa coulpe. CLIQUEZ sur l'image ! « A végétation luxuriante, faune exubérante ! » tant ici, la vie foisonne. Un petit univers d'organismes encroûtants et fouisseurs règne ici: bryozoaires, éponges, vers, crevettes et crabes fourmillent. Dans cette zone en retrait des grandes passes, toutes sortes d'alevins se réfugient qui tentent d'échapper à des prédateurs . Soudain, c’est l’envol brutal et lourd d’une cohorte de pélicans retournant à leurs pêches. Plus loin, le regard est attiré par un bizarre tronc très noueux qui remue ! N’est-ce pas étrange ?... En réalité, c’est simplement un serpent arboricole qui s’enlace autour d’un palétuvier lui conférant en prime, une plus belle "écorce". En somme, dans cet autre Eden, un démon qui prépare son affût ! * Mais la grande curiosité de ce microcosme reste l'étonnant périophtalme dit " gobie-marcheur ", plutôt sautillant d'ailleurs ! T rès original ce poisson qui sait résister à l'émersion, en passant de la vase où il s'enfouit, à l'air libre, au gré de ses besoins alimentaires. Ses secrets morphologiques: de gros yeux globuleux, assez protubérants, placés très haut et multidirectionnels, de courtes pattes-nageoires, nageoires ventrales spécialisées en ventouse ventrale, la capacité de stocker de l'eau dans sa bouche, pour ses branchies, quand il sort de la vase et de l'eau afin de chasser les insectes sur les racines des mangles. Mais encore, il développe une autre possibilité de respirer par la peau. Quel équipement...gadget ! Hélas ! Sans téléobjectif, impossible de le photographier depuis la pirogue d'autant qu'on ne peut l'approcher car, très véloce, il plonge aussitôt dans la vase. La barque a ralenti. Dans ces eaux mortes, elle glisse sur son erre. Très affairés, des oiseaux limicoles, aigrettes, chevaliers et bécasseaux, picorent les grèves. Des milliers d’yeux surveillent notre lente progression.... (une intrusion dont il faut se méfier). Nous ne disons rien mais nos regards scrutent au niveau des frondaisons, pour découvrir une trace active de cette abondante vie qui pourtant nous entoure mais se terre sous le masque végétal ou dans l'onde glauque. La gent ailée compte beaucoup d'autres espèces dont, entre autres, gonoleks de Barbarie, aigles pêcheurs, cormorans, gangas, flamants roses, calaos, jabirus, marabouts etc. Soudain, en cette aube, un autre jacassement aigu rompt la trêve. le farouche gonolek à plumage rouge chantait si bien. Pour le découvrir, CLIQUEZ vite sur l'image ! Tam tam de brousse aérien, d’autres cris répondent dans le lointain à ces avertissements. Au faîte d’une épaisse frondaison, le même héron africain Goliath s’agite, déploie ses ailes et, altier, s’installe à nouveau en son attitude de consciencieuse vigie du chenal. Nous ne l’inquiétons guère. Des chants d’oiseaux et des cris reprennent: la mangrove communique. Que de messages! Ici, on « surfe » au-dessus des cimes ! La vie de ce monde fermé a retrouvé son rythme, elle palpite à nouveau dans les palétuviers en désordre. Tout à coup, au détour d’une anse profonde, à grands remous, une chasse se déclare dans les eaux de surface. Bien vite, nous identifions des barracudas car ces longs fuseaux d’argent n’hésitent pas à émerger totalement, hors de l’eau, jaillissant sur leurspuissantes lancées pour atteindre leurs proies, des sardinelles. Celles-ci giclent de tous côtés, en bien éphémères gerbes d’argent. Ils les poursuivent jusque sur les bancs de sable, qui affleurent à peine, puis repartent en godillant vigoureusement de leur grande caudale. Ici, la lutte pour survivre est incessante. Patiemment, sur la grève, un vautour-crabier s'intéresse aux ucas: soudain, plus de crustacés à l'horizon! Les conditions du milieu sévères qui règnent ici rendent les êtres d'autant plus prédateurs qu’ils sont trop nombreux à chasser pour quêter leur nourriture. Au pied des racines de mangles, des millions de larves, d’alevins, de poissonnets, de minuscules tortues se fixent ou se cachent au sein d’un véritable réseau de racines: un vrai filet de protection infranchissable. Il s’y tricote naturellement de bizarres entrelacs qui servent aussi de supports pour coquillages dont huîtres de Joal et autre faune fixée . Alors, dans ces labyrinthes troubles, les grands poissons deviennent maladroits pour se mouvoir et encore plus pour chasser avec succès. Résignés, avant le bas des eaux, ils se tiennent embusqués à la périphérie de ce vrai garde-manger encore inaccessible: fermé pour cause de...marée !.... Instinctivement, ils savent qu'avec le reflux, des poissonnets seront obligés d’en sortir pour chercher ailleurs la nourriture qu’ils ne trouvent pas dans leur étroit refuge. Ainsi, bon nombre d’entre eux seront éliminés. A notre tour, nous traquerons leurs prédateurs avides maraudant au long des berges. La nature gère cruellement ses populations mais c’est ainsi, et dans l'ordre normal des choses, processus indispensable pour gérer le fragile équilibre du milieu vivant . Heureusement, comme de sublimes références, il subsiste encore ces paysages originaux, d’une rare beauté sauvage comme les mangroves, des eldorados inviolables pour plantes et animaux où, par le seul témoignage de leur flore complètement exubérante protégeant une faune, elle aussi, très riche et variée, tout semble toujours naturellement intact. entre ces terres immergées et l’eau salée, où se développe le fantastique réseau de racines imbriquées de manière si complexe seuls de petits poissons, "promesses de vie" peuvent évoluer sereinement loin des prédateurs, y grandir puis quitter ce havre pour prendre, à leur tour, une autre place dans la chaîne alimentaire. |
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