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Un
mérou de légende à " Tres Piedras "
On
ne trouvera pas le site Tres Piedras sur une carte
marine, non plus que sur cette belle
carte terrestre. Nous campions à RESTINGA-Smir, non loin du
Bughäz Jabal Tarik et, ici,
il me paraît utile de préciser aussi l'origine du nom
de ce Détroit.
7
ème siècle. L'armée arabe de Mousa ben Noçaïr
envahit le Maroc. Tarik, un Berbère converti à l'Islam
assure le commandement dans le pays soumis. Puis à la tête
d'une armée forte de 7000 guerriers, il franchit le détroit
afin de conquérir
la pénisule ibérique et y faire triompher la foi musulmane.
Il y débarque en
un site nommé pour le glorifier: Jbel Tarik ou montagne de
Tarik, soit le fameux ...rocher et voici comment, par déformation,
Jbel Tarik devint
Gibraltar.

Mon
site internet qui annonce bien ses préférences, en sa
"définition", mentionne surtout le mot-clé
" Passions ". Si on consulte M. Larousse, on y lit l'origine
du mot et une traduction claire de sa signification (venant du
latin passio puis pati = souffrir), à savoir:
"mouvement
violent, impétueux de l'être vers ce qu'il désire;
puis...émotion puissante et continue qui domine la raison...et
encore, inclination très vive etc.
Déjà
en cela, nous trouvons tous les ingrédients qui soulignent
les vertus bonnes ou mauvaises d'un... passionné, par exemple,
d'un pêcheur insatiable qui ferait l'impossible pour , à
la dernière minute que St Pierre ou son épouse ou le
temps lui concède...attraper un dernier poisson de cette dernière
occasion d'en prendre...qu'il s'accorde...tout seul ! Oui, la dernière
!
Par
ce préambule, la suite de mon récit n'en sera que plus
aisé à comprendre.
Nous
étions donc en camping estival à Restinga-Smir depuis
début juillet et, en cette veille du départ, au début
septembre, démontage, pliage, rangement de tout le matériel,
si indispensable pour ces longues vacances en camping sauvage, étaient
les "joies ultimes" des campeurs-caravaniers que nous étions
. Vous l'avez compris, c'est l'ironie seule qui y voit de la joie
car quittant le paradis, on affiche plutôt un masque de tristesse
mais nous dirons que la vivacité utile et fort active à
démolir notre installation pouvait laisser croire...qu'on y
trouvait du plaisir !
Entre autres, le matériel de pêche avait trouvé
sa place dans boîtes, sacoches, fourreaux etc. Seul, encore
bien campé sur ses roues, le bateau, mon fameux complice était
resté assez près du sable mouillé et dur pour
pouvoir( qui sait ?... ) pivoter de 180° d'un geste ample de pêcheur
passionné, au petit matin( 4h30) quand la famille goûte
encore un repos bien mérité.
Or, en ce dernier matin, j'étais réveillé et
des effluves marins chargés d'iode se mêlant à
ceux des lentisques, que la brise matinale dérobe, vinrent
exciter mes sens dont celui si viscéral de la pêche.
Alors, pourquoi en souffrir et résister à telle tentation,
peut-être prometteuse de belles captures, d'autant que la pêche
de la veille, à "exporter" sur Casablanca, se limitait
à un bar de 3 kg et un tassergal de 2 kg à chair si
contestable !( oui mais la frime de jeune pêcheur a bien meilleur
goût ! )
Bien
vite, l'essentiel de l'équipement fut vite retrouvé
et mis en oeuvre. A la rotation de 180°, la proue du Silinger
eut vite fait d'humer l'air du petit large et peu après, ronronnant
furtivement sur la pointe de l'hélice, le 25 CV nous fit oublier
la plage en toute discrétion. Un peu plus loin, on s'autorisa
une puissante accélération qui décrassa vite
le carburateur tout en déjaugeant le bateau. Alors, tel un
bel oiseau marin volant au ras des flots, celui-ci plana aisément
avec de larges ailes de liberté.
La
joie m'envahit comme autrefois(... encore un tour de...manège,
comme un môme !), et cette vitesse de fuyard ou de passionné
aurait arraché une casquette mais là, elle plaquait
les cheveux... d'alors !(hélas !) et le canot prit son cap
le plus direct bien spontanément.Une seule direction,"Tres
Piedras", après l'hôtel Al Manar. J'imagine, un
lieu qui n'existe sûrement plus car tout a tellement changé
avec marinas et autres constructions qui ont défloré
une côte vierge et sauvage. "Tres piedras" ainsi nommé
par nous, un repère de notre jardin secret comme "la Laja
del Caballo", "Omega", "Smiroued", "la
Madrague" ou des amers terrestres tels "arbres en boule"
pour les dentis.
Finie la course vers le "territoire de pêche". A moins
de 3 noeuds, le Silinger s'est calmé et glisse à présent,
sur l'huile de l'onde paisible. Sur une courte canne-bateau en fibre
de verre creux, très sensible, je mets en pêche la ligne
unique offrant un poisson nageur Abu Killer argent, réplique
fidèle de l'anchois méditerranéen. En tortillant
du "popotin", ce sympathique faux frère joue la pute
à une cinquantaine de mètres derrière le bateau.
C'est quasi immédiat: une touche brutale tend la ligne qui
courbe aussitôt cette canne fort souple. Les prédateurs
chassent encore.
Quel salut matinal !
Puis, plus de résistance donc plus de poisson qui tire. Je
ramène aussitôt et vérifie le leurre: une branche
du triple de queue est un peu ouverte . Oh ! oh!... du joli monde
se promène par ici !

Sa
gueule largement béante de happeur-aspirateur opposant belle
résistance à l'action de ramener, ce mérou brun
guaza se présenta obstinément et passivement à
la perpendiculaire de la ligne. Par cette difficile tirée imposée
au pêcheur, ce sujet de 7 kg ouvrit de la même façon
un solide triple de Rapala Tropic.
Je
rectifie cet angle presqu'obtus et la pêche reprend aux premiers
abords des grands cailloux émergents. Aussitôt, ça
tape et, cette fois, prête à exploser, la canne semble
vraiment un arc tendu avant de "flécher" sur la cible.
P...! elle va casser... suis-je pris dans la roche ?...
Un St pierre ? soufflerait un moqueur taquin..
Toujours réglé pile poil avant de pêcher, le frein
joue bien son rôle pour éviter la casse mais le fil change
de direction et me conduit vraiment vers la roche du platier.
A
l'instant, grande émotion d'ailleurs partagée avec des
campeurs Allemands, sur la plage si proche, qui ayant assisté
à mon arrivée intruse, sentent qu'il va peut-être
se passer autre chose ici que l'essoufflement du ressac sur le sable
blond. Du spectacle en perspective pour eux en ce coin si désert
où il ne se passe rien ! Ils m'encouragent.
Quant à moi, je m'inquiète car de mon côté,
vers la mer, donc avant la barrière rocheuse, il me reste entre
4 et 5 mètres avant de me "planter" sur cette haute
crête schisteuse dont les pneumatiques ont sûrement...horreur
! Tant pis, courant le risque d'une casse , je serre un peu plus ce
frein trop généreux du moulinet. Il ne rendra que peu
de fil ...à regret ! Alors, la ligne semble m'obéir
un peu mieux mais je pilote mal dans ces remous des vagues qui se
brisent contre la roche et, je m'en rapproche dangereusement. Le poisson
combat et ses coups de tête rageurs font chanter le nylon comme
une plainte du vent et striduler aussi le " 22 à Asnières
", mon bon Ru Recordette .
Songeant
aussitôt à d'autres captures, c'est peut-être la
mélodie du bonheur que j'entends mais je crains tant de...déchanter
!



Ah!
le bougre, il sonde à nouveau mais, cette fois, l'ayant entrevu,
je l'ai donc identifié: c'est un mérou et du coup, tant
pis, je lève un peu la canne pour éviter qu'il n'aille
s'enroquer au trou. Ce serait fini pour moi: impossible de le sortir
car il y hérisserait sa dorsale épineuse et gonflerait
ses pièces operculaires pour un blocage total qui le rend indélogeable.
Certes, en tel cas, je connais des moyens dignes de braconniers pour
obtenir la reddition d'un tel " forcené " mais ce
n'est pas du tout dans mes principes.
Du carbure ou du sulfate de
cuivre dans un sachet perforé , fermé et équipé
d'un anneau brisé pour coulisser au long de la ligne. Cette
tyrolienne traîtresse parvient sur le "museau" du
poisson et se dégagent des émanations gazeuses insupportables
pour tout mérou écologiste ! Pour n'avoir jamais voulu
mettre ce sale truc en pratique, j'ai perdu 6 mérous au trou
à Torres de Alcala( région d'Alhucemas ) et les 6 leurres
irrésistibles Abu Hilo à bavette réglable lesquels
décorèrent donc ces Guazas résistants à
l'envahisseur d'une embarrassante amulette.
Revenons
au mérou qui me rendait la vie dure car le bateau était
mis en danger, roulant de tribord à bâbord dans un méchant
tumulte: un chaudron de Satan !...
A deux reprises, je suis tombé à genoux sur le plancher
car la main droite brandissait la gaffe , la gauche , la canne tendue,
le parfait déséquilibre en ce roulis infernal. Tandis
que le bateau basculait vers le poisson, le bon geste fut rapide et
le croc se planta idéalement sous l'ouïe.
Alors, à deux mains, sans élégance, je remontai
ce bestiau massif, de plus de 5 kg qui atterrit brutalement sur le
plancher.
Il fit du rangement à bord tandis que mon nouveau souci était
de vite dégager le bateau, sans songer à quelle sauce
serait accommodé ce beau guaza, à la rigamonte. ou en
brochettes !...
mon autre passion étant de cuisiner mes poissons.
Ce "défaut" m'obligea parfois à imaginer de
nouvelles recettes
plus attractives car
nos jeunes " en avaient marre de manger du poisson" .
Je
parvins in extremis à sortir le bateau de cette mauvaise passe
sur la seule manoeuvre possible pour nous sauver, à savoir,
une trop brutale marche arrière qui eut pour effet de me soumettre
à de généreuses ablutions que ma religion ne
m'impose pas !
En
face, applaudissements des Allemands super sympas qui avaient dû
s'inquiéter un peu pour ce fou à lier qui, soudain,
d'émotion et de froid, se mit à trembler de tout son
corps !
Epilogue
1 ou suite: le naufrage...aérien !
Retour
au campement. Chargement du bateau sur la galerie en le posant sur
son fond plat. Bac avec les trois poissons protégés
dans sac de jute et glace, à l'intérieur du bateau.
Bateau bien arrimé en diagonale. Départ, ça roule.
Bientôt, aux abords de la ville de Larache, j'aperçois
un car du bled avec poules et moutons sur "l'impériale".
Il roule . Soudain, arrêt brutal, il pile pour embarquer un
client surgi d'un fourré...un autre passager peut-être,
après négociations du prix.
Moi, je n'ai pas le temps de négocier mon freinage car un véhicule
arrive en face et nous croise: alors, je pile et, stupeur, une galerie
portant bateau poissons et désespoir survole la Chevrolet et
se démonte devant elle, en un kit inremontable!
La désolation égale aussitôt la passion. Que faire
?
Epilogue
2 ou suite:
soudain, j'entends une voix connue...
celle notre ami Jean T. me sort de ma réflexion ! Mon sauveur
! Lui aussi campe à Restinga avec nous et nous pêchons
souvent ensemble. Il vient d'arriver derrière nous. Il me rassure
et charge tout sur son pick up Combi WW . Il nous entraîne chez
lui à Mechra-bel-Ksiri, la ferme du bonheur où tout
est remis en état. Et en plus de nouveaux souvenirs d'exception,
l'accueil hyper chaleureux de nos amis nous apporte un réel
et grand réconfort.
Morale
de cette histoire:
depuis cette mésaventure, mes bateaux transportés sur
galerie de toit furent désormais arrimés par l'avant,
à l'anneau, et par l'arrière, au tableau-moteur, à
l'aide de forts cordages marins complétant les nombreux tendeurs
transversaux.
En toutes choses, la raison doit brider la passion...
....et un bateau sur le toit d'une voiture !

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