Oualidia d'autrefois, lagune d'une passion naissante et des " bouchouks "...

autres souvenirs du Maroc
Présentation
PASSION histoire
EGYPTOMANIA.
Contes burlesques
Photos
Récits
GLOBE-TROTTER ...
LA REUNION
Récits
Photos

MEDITERRANEE
La Corse
Toscane
Croisière

Tunisie

ILE MAURICE
Récits
Photos

GUADELOUPE
Récits de Pêches
Photos

CANADA-QUEBEC
Récits de pêche
Reportage de voyage

SIERRA LEONE
Poissons
SENEGAL
Récits

MADAGASCAR

Récits
Photos

MAROC

Récits de Pêches
Souvenirs

Voyage

VENISE
Carnaval
Découverte

ISTANBUL
Voyage
AUTRES PASSIONS
PECHEUR EN MER .
Pêche à pied
Pêcher en bateau

CREATIVITE
Sable et art
Emaux sur Alu

GESTION du SITE
LIENS DIVERS
Nuage de mots
Partenaires
Annuaires

Contact
Retour


Un jour où nous étions quelques fous à bars !

A l'instant, depuis notre observatoire, le beau promontoire qu'offre cet énorme talus qui est la hune du terrien, l'oeil scrute en vain la mer s'étendant de la grève vers l'horizon. Il ne s'y passe rien. Nous en sommes étonnés car l'heure matinale serait si propice à de belles traques des carnassiers. Surprenante, cette inhabituelle sérénité du paysage marin interpelle. L'atmosphère en devient pesante car tout, et surtout ce grand calme participe à
à souligner l'inactivité des êtres vivants.

Pas la moindre agitation dans les eaux de surface qui trahirait une chasse et aucun poisson qui saute à la manière des muges. Rien dans le ciel, aucun oiseau n'assure la veille pour battre le rappel de la gent ailée au repos sur les rochers de Cabo Negro et appeler à l'hallali.

Il en va de même pour les humains et, malgré
l'heure, la petite agglomération blottie dans l'anse de M'Diq semble
encore engourdie. Comme pour créer l'harmonie, la mer se repose de ses
longs et réguliers balancements qui claquent: c'est bientôt la fin de l'étale du
jusant plus faible en Méditerranée en dépit de la proximité du Détroit de Gibraltar où les eaux océanes jouent les intruses avec violence. Nous les appelons " le courant " et le redoutons vers le Détroit. En réalité, ce n'est qu'un modeste estran libéré qui découvre encore ses trésors vivants traîtreusement livrés aux convoitises des humains ou des oiseaux: de rares bassiers aujourd'hui. Un crevettier indigène qui actionne prestement son" ciseau " et des cueilleurs de moules ne choisissant que les plus belles. Leur retour progressif vers la plage dérange quelques oiseaux grappilleurs des grèves qui se livrent activement au pillage d'un bon gisement de faune enfouie.
Baigné par les premiers élans du flot, l'immense patchwork végétal ondule
doucement par les rubans de laminaires déchirés et des goémons floconneux qui flottent à nouveau.
Progressivement, la mer reconquiert son domaine apportant soudain plus de fraîcheur
marine dans l'air.
Antoine n'a rien perdu de ce spectacle et son silence n'était pas
qu'admiratif de cette naturelle beauté du paysage marin. En réalité, de tous les
pêcheurs de loups du coin, c'est bien lui le plus mordu pour traquer ce
carnassier si justement nommé. Observant depuis cette éminence, il est "l'homme de vigie du campement". Admirer la mer le détend. Il la lit et la comprend bien. Rien ne lui échappe et peut-être, un jour, l'entendra-t-on hurler: " elle souffle " s'il aperçoit une de ces baleines qui hantent le secteur pour mettre bas dans ces eaux chaudes
. En Méditerranée, surtout au Maroc, on ne doit pas négliger la notion de marées. Si faibles soient-elles, leurs mouvements gèrent autant la vie de la faune marine et des poissons en particulier.
J'observe les réactions d'Antoine. Surveillant le ras du flot ou scrutant le ciel, il promène son regard sur son secteur favori et à l'instant, ne le quitte pas. Soudain, il ajuste ses jumelles. Il les voit
enfin: " les fous sont là, ils tournent et piquent , on y va! Allez, roulez jeunesse! "

On le prendra comme on veut mais, des fous, il en faut à la pêche pour aller au plus vite, comme des fous de bars... sur le site, où
les fous de Bassan pêchent avant nous, en des piqués suicidaires.

Sur la "pointe des hélices", le hors-bord quitte son mouillage: plein cap
sur....Omega! Nom de code, bien sûr, ruse de vieux Sioux des mers pour brouiller
les pistes de la conversation( un loup Omega, pour les uns, c'est "un loup qui a
tapé sur l'anguillon blanc, un traditionnel et, ici, un N° 2, bien sûr !... "
) En réalité, c'est principalement
une virée sur la remarquable intersection de lignes que nous avons tracée sur notre carte marine. Je dirai que c'est la résultante de nos efforts à bien tenir nos carnets de pêche. Une véritable synthèse d'observations notées avec soin par la prises d'amers, entre autres, lors des captures qui a fait quadriller avec succès le secteur Omega. Aujourd'hui, le plus naïf pourrait pourtant y courir innocemment en suivant simplement d'autres guides précieux....."à condition, précise Antoine, de savoir ....qu'on pêche bien mieux avec les oiseaux !"

Les chasses des carnassiers marins font partie des rythmes immuables de la
mer, comme la marée qui en est la respiration. Les prémices des "festivités" sont
annoncées dans les cieux: "c'est l'oracle des oiseaux!
affirme Antoine avec un peu de malice et d'humour.
J'y vois du bar qui tourne, comme pour rassembler le fretin. En fait, tu
sais, l'artiste, durant la nuit, le banc de poisson-fourrage éclate spontanément. Il
s'éparpille, par sécurité: se diviser pour mieux pioncer, tu piges?..Dès l'aube, ces
millions d'écailles se rassemblent afin de former le grand miroir vivant de
l'illusion. Une masse scintillante avec ses innombrables écaillures qui palpitent à
l'unisson sous les rayons de Phoebus. Un truc magique, hyper efficace Fils, un
vrai leurre à bar!.... pour l'éblouir. Quand le loup fonce dessus, cette chimère
s'évanouit en un fantastique ballet sous-marin, qui éclate et se disperse sur
plusieurs pistes, pour dérouter le chasseur frustré. Il s'est planté ce coup-ci. Il s'excite davantage et fonce un peu à
l'aveuglette, vers la surface où semblent fuir ces éclairs plus brillants d'anchois et sardinelles, plus haut et vers la
lumière du ciel" !
A présent, le léger Futura fonce de toute la puissance de ses 25 chevaux marins. Sa
capacité planante se joue des creux et bosses du clapot que la brise du matin a soudain levé. Peu nombreux, les grands oiseaux tournoient patiemment et piquent à nouveau dès qu'ils ont recadré la chasse -poursuite des bars cernant les anchois.

Nous observons que leur cercle se déplace, se retrécit. Impossible encore de juger s'ils survolent le sec.
" Vise! ça pique vers les fonds jaunes."
En définitive, ce n'est qu'une sterne solitaire qui insiste vainement.
I mpatiente mais dépitée, elle reprend vite de la hauteur. Pour nous, cet éclaireur ne compte pas et d'ailleurs, imperturbable,
l'oeil sur le compas, je maintiens mon cap....vers les fous. D' autres sternes,
en formation plutôt dispersée, ne nous "branchent" pas.

Fous de Bassan et fous de sprats ou d'anchois, de tout ce qui gicle hors de
l'eau, en fuite désespérée, voilà d'autres pêcheurs passionnés! L'instinct qui s'organise n'est-ce pas une sous-espèce de l'intelligence. Par des signaux, qui nous échappent, il guide parfaitement ce plus
grand oiseau de nos falaises qui exerce sa vigilance par groupe de trois, quatre
individus, pour lire, d'en haut, les profondeurs bleues. La patrouille s'active.
Cous tendus, à peine dirigés vers le bas,
à présent ils évoluent à moins de trente mètres au-dessus de
nous: une formation superbe et silencieuse.
Soudain, l'éclaireur de pointe quitte l'escadrille: une longue planée le place
presqu'au ras de l'eau. Fier, au port altier mais rendu cruel par ce masque( et oui, il porte...un loup de carnaval! ), il nous dépasse. Un jaune pâle éclaire la
tête et le cou de ce long corps en cigare, qui garde ses ailes bien tendues; les
extrémités noires et triangulaires sont typiques comme l'oeil clair, au regard
perçant: une touche de bleu souligne cette cruauté du regard trop
fixe, quoi...fou ! En passant, il semble nous ignorer. Peu après, il pousse un
" arrah " : colère, mépris ou bienvenue ?

A présent, le bateau glisse doucement sur son erre. C'est imminent, nous allons bientôt entrer en scène. Des remous de surface semblent l'indiquer. Ces oiseaux sont à géométrie variable comme notre Concorde. Planant avec élégance, ils savent orienter le bec vers le bas, avant de piquer presque verticalement comme une sagaie meurtrière. Dans un concert de criailleries, les sternes apportent leurs notes discordantes qui altèrent la solennité du moment.
J'ai préparé nos cannes courtes, très adaptées.Tout à coup, la mer bouillonne: des remous se forment un peu partout, des traits d'argent jaillissent dans la lumière et plongent aussitôt devant les dorsales hérissées qui fendent le flot. A leur tour, les oiseaux piquent dans le bouillon.
" Regarde ce kamikaze ! " : un fou, telle une bombe, fond dans le flot; son profil tendu et ses pattes palmées lui assureront une nage active parmi bars et anchois en conflit. De tous côtés, ça plonge et ça gicle. C'est une véritable curée. Cet instant est privilégié...et nous aussi qui devons leurrer les loups avec nos poisson-nageurs argentés qui ont vite remplacé les anguillons..! Ils vont se présenter comme des anchois parmi leurs congénères qui savent fuir, eux.

Mais, notre traîne d'encerclement ne s'avère pas payante. Vaudrait mieux pratiquer au lancer car ce sera peut-être la seule occasion de vraie pêche de ce jour. Alors, la même frénésie s'empare des deux pêcheurs. On change encore les leurres et les cannes. Je coupe le moteur et confie le bateau au courant. Pêche en dérive silencieuse à la rencontre des bars. Et, sans nous gêner mutuellement, nous lançons la cuiller argentée en éventail, pour mieux quadriller le secteur. Quelle foire d'empoigne! Les premiers bars montent à bord.
Prudence, le triple solide déchire vite leurs lèvres si fragiles: mon premier bar se décroche...sur le plancher: il fait un raffut à ameuter les plus indolents. Bien asséné, un coup sec de fishbate met fin à ce tam tam de la mer qui précède
une inutile agonie.
Maintenant, c'est différent: la bonne odeur de marée de ces bars qui palpitent encore, nos mains gluantes de mucus, ce sang, les cris des oiseaux, les plongeons spectaculaires de ces grands fous et l'excitation de ces... fous de pêche que nous sommes, c'est une de nos meilleures réalités...l'épanouissement d'une passion qui s'assouvit pleinement grâce à un peu de technique et une petite
connaissance de cet autre univers: la mer de nos origines.

" Ami, bouge un peu le bateau , la chasse se déplace vers la balise; c'est trop calme d'un coup. Ils sont dans le courant; dépasse-les un peu, puis tu vires et les contournes. Nous pourrons balancer de face nos longues ondulantes dans le fretin qui arrive". Fatalement, la manoeuvre, qui réussit, nous rapproche d'un redoutable " clocher " émergent. Alors, il faut déjà s'en méfier. Et puis, il arrive que les pros mouillent des engins dormants par ici, des palangres.
La prudence nous guide. Les touches sont encore fréquentes et ces loups-bars sont calibrés. Point de barsets dans ce secteur: tous font la taille. Trois doublés assurent déjà un joli panier: d'ailleurs, fille de la sagesse, la conscience souffle de s'arrêter .....à des incorrigibles!...qui semblent rester sourds à ses appels.
" Fantastique! Quelle pêche: dès que la cuiller plonge, elle est happée voracement: la scalélite irisée qui habille ses flancs explique ce succès ", déclare Antoine.
Pour ma part, j'imagine plutôt que, dans ces moments de folie, l'instinct concurrentiel pousse les loups à se jeter sur tout ce qui plonge à portée. Une cuiller découpée dans un couvercle de boîte de cacahuètes ne rapporterait pas "peanuts" mais bar, quand même. En d'autres cas, c'est sûrement plus pointu.

" Le mastard!.. regarde la canne, elle travaille bien; mais où il s'est planqué ce futé? Mince, il ne téléphone plus comme avant. Problème, Antoine, problème; tu as voulu bouger et nous voilà empêtrés dans des filins de mouillage! "
Pour ce mastard, qui semble vraiment un solide orin de casier et point un loup, je ne vais pas en rajouter et dire à mon ami... qu'en ma qualité de capitaine de ce bateau ...j'aurais dû rester le maître à bord( après Dieu, bien sûr )et décider tout seul !... et que lui, aurait pu "ferrailler" ailleurs que vers les flotteurs blancs! Je ne le ferai pas, nous sommes une équipe ! Et, un témoin impartial aurait complété l'analyse en notant que le pilote aurait pu, lui aussi, mieux apprécier la force du courant tandis qu'en pleine euphorie, il avait été aussi peu enclin qu'Antoine à faire baisser " la pression " halieutique sur cette pêche miraculeuse.
Alors mon cher Antoine, des oiseaux et des hommes, dis-moi lesquels étaient
" des fous à bars ", ce jour-là ?..........

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Retour haut de page


home contact plan du site partenaires infos