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Comment
réussir, à notre tour...
à
pêcher de beaux poissons ?
En
ces années 60, les longues vacances scolaires favorisaient
des séjours prolongés, en camping sauvage, sur la
belle plage de Restinga. Comment oublier ce paradis pour nous tous
? En cette portion de côte de la Méditerranée
marocaine, j'ai rencontré un merveilleux maître de
pêche, Jean R., qui m'a appris les rudiments essentiels de
l'art halieutique, avec une grande générosité,
ce qui lui vaut ma plus vive gratitude ici exprimée à
nouveau.
§§§§§
Nous
étions nombreux à vouloir capturer des "loups"
aussi beaux que ceux de Jean mais hélas, l'infortune ou plutôt,
l'incompétence, fille aînée de la méconnaissance,
empêchait ce plaisir et le mérite pour
se dire enfin...pêcheur.
S'entassant à 4 ou 5 dans un petit bateau, certains de nos
voisins partaient à la pêche, dès quatre heures
du matin et ne revenaient qu'en fin d'après-midi, épuisés,
cuits par Kaddour
et toujours bredouilles, avec des mines plus que dépitées
!
D'autres traînaient d'énormes et lourdes cuillers argentées
inlassablement sur les mêmes aires de sable, un territoire
de prédilection...pour les dangereuses vives aux dards toujours
hérissés. Ils en prenaient d'énormes, et sans
mentir, de tailles peu communes. enfouies dans le sable jusqu'aux
yeux, ces grandes vives "draco" très carnassières
restaient à l'affût des moindres proies. Les petites,
ces scorpions de mer, dressant les redoutables épines venimeuses,
n'étaient pas en reste !

Quant
à moi, grâce à une énorme cuiller point
vaironnée mais plutôt "sardinée" je
pris un jour, à mon tour, une bien jolie vive tigrée
dont la robe chamarrée d'or et de brun m'émerveilla
aussitôt. J'allais la saisir quand mon voisin de campement,
que j'avais invité à la pêche, Sidi S. un fort
aimable et sympathique marocain de Tétouan, se jeta sur moi
pour dévier mon bras, en criant:"ne touchez pas ce poisson"!
Imaginez ma stupeur ! Quel monstre avais-je donc pêché
? Il m'expliqua combien ce poisson était venimeux, quelles
souffrances il venait de m'éviter et, en mon for intérieur,
je me dis que si j'avais commis une belle action en l'invitant à
bord, en retour, St Pierre en avait bien tenu compte en permettant
à l'adage connu de s'appliquer, lequel affirme
qu'un bienfait n'est jamais perdu !
A l'instant, lui aussi a droit à toute ma reconnaissance
!
Ainsi,
formions-nous un club très ouvert (..aux conseils des meilleurs
) de joyeux ignorants toujours avides de connaître trucs et
moyens pour capturer d'aussi beaux poissons que ceux de Jean qu'il
rapportait, soit de ses plongées sous-marines, soit de ses
traînes ou palangrottes.

Jugez
plutôt des beaux "bébés" pour lesquels
la bassine de Jean devenait berceau !
Au
pied de son auvent, régulièrement s'alignaient sur
un odorant sac en toile de jute, force poissons parfois regroupés,
comme ici, ce gros bar et ces daurades royales, dans une baignoire
pour bébé ! Variablement défilaient mérous
et badèches, bars, daurades royales, mostelles, bonites,
sars, rougets etc.

Parfois,
on entrevoyait même de rouges carapaces acérées(
chut ! des langoustes ! ).
Inutile de préciser que lorsqu'il partait au bord de l'eau
pour y éviscérer ses captures, il n'était pas
entouré que par des mouches. Nos présences et nos
questions indiscrètes devaient bien le déranger mais
il avait l'art et la manière polie de se montrer laconique
pour abréger la conversation afin de poursuivre sa petite
chirurgie halieutique, avant de distribuer une vraie provende de
tripes fraîches aux crabes, poulpes ou congres en maraude
dans le coin !
Un
jour béni des Dieux de la mer et de la pêche,
Jean devint mon maître en cet art : il m'emmena pêcher
le bar.

Aux
innocents les mains pleines, comme sur la photo, je pris mon premier
bar de 5,5 Kg au sein d'une chasse aussitôt baptisée:
" moulins d'écume ".
Une véritable frénésie des bars happant en
surface les anchois argentés avait fait bouillonner la Belle
Bleue Marocaine
en son mariage avec la Mer Océane.
Merci Jean .
Dès lors, j'appris enfin à pêcher avec succès.
Chaque sortie s'avérait enrichissante et formatrice tout
comme 2 ou 3 casses humiliantes qui soulignèrent qu'il faut
toujours réaliser des montages parfaits aux noeuds bien serrés,
changer le bas de ligne après un combat près de la
roche, et, bien régler le frein du moulinet etc. en se souvenant
plus efficacement des conseils souvent répétés
par ce grand ami.
Lire l'eau, la Bible du pêcheur et prier St Pierre
sans oublier Neptune !....

Alors,
vint le temps d'autres captures telles ces fameuses badèches
ou mérous pèlerins dits d'Alexandrie qui marsouinaient
à la tombée de la nuit, ou au petit matin, au-delà
de " Tres Piedras ", poursuivant oblades juvéniles
et autres.
Fier de sa pêche avec ces lourdes badèches et autres,
cette belle image de mon beau-père, un excellent chasseur
devenu pêcheur confirmé, me rappelle aussitôt
une émouvante histoire de bartavelles
et de gloire familiale du grand Pagnol !
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