Dans mon univers ... de Pêcheur ...
La Sierra Leone: ... et ses grands poissons !
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...." Ainsi, tu t'envoles encore ??? Où pars-tu ?... En Afrique: ah !
en Sierra Leone !
....Mais au fait, je situe mal ce pays.
_Coincée entre Guinée Conakry au nord et Libéria au sud, la Sierra Leone est un petit pays ayant pour capitale Freetown.
Je m'y rends pour un reportage de pêche dont le thème essentiel sera le grand Tarpon, généralement peu connu de M. Toutlemonde et encore moins connu sous son appellation scientifique :
MEGALOPS Atlanticus........

Peu de temps après, j'en avais un dans les bras, vraiment comme un énorme hareng !!!! ...de 45 Kg seulement( oui, mais c'est déjà lourd à porter ! ) et je sais que ce n'était qu'un "bébé" tarpon puisqu'il s'en prend des plus de 100 Kg comme celui qui se décrocha de mon Rapala magnum, le matin de ce même jour! Croyez-moi: ça tire! Ce fabuleux tarpon s'affirme vraiment acrobate. Il est capable de sauter si aisément en chandelle et à grande vitesse, à près de 2 mètres au-dessus de l'eau. Le néophyte en restera pantois et un peu désemparé si on ne l'a pas prévenu de telles éventuelles facéties tel que je l'ai mesuré en me mettant si heureusement sur sa voie.
Ce grand tarpon atlantique si combatif étonne tout de suite et le pêcheur prend conscience que, merveilleusement, les mers recèlent encore des poissons excessivement primitifs justement qualifiables de fossiles vivants.
Certes, il avait entendu parler de l'indolent coelacanthe, de plus en plus rare et qui vit si profondément mais pouvoir combattre et capturer un tarpon est une belle expérience inoubliable surtout pour celui qui est avide d'exotisme fort, dans sa pratique de l'art halieutique. Il deviendra vite admiratif de ce grand seigneur à écailles d'acier, qui vit de part et d'autre de l'Océan Atlantique et constitue donc pour les scientifiques, l'espèce MEGALOPS atlanticus. La brillance extrême de la livrée à l'aspect métallique, l'écaillure riche et très marquée confèrent une allure de hareng gigantesque à "Grande écaille", comme on nomme, assez universellement ce tarpon atlantique, unique représentant de la famille des Mégalopidae.
En amont de la rigueur scientifique, planent parfois d'envoûtantes légendes dont les humains ont aussi le goût. Ainsi, selon celles des Indiens du Nouveau Monde, ces géants de la mer auraient été parés de leur invincible armure d'écailles par le Grand Esprit, pour en faire les vaillants cerbères du royaume des ondes de Floride. Les immenses plateaux sous-marins américains, que l'on nomme "flats", tout comme les baies sablo-vaseuses et peu profondes de Sierra Leone favorisent l'installation d'un riche écosystème vraiment propice à l'épanouissement du superbe tarpon. Petit tarpon deviendra grand, même ....énorme, pourvu que Dieu lui prête vie ! Enorme? Oui! Originalement, l'espèce atlantique révèlent parfois des sujets excédant aisément les 2 mètres pour plus de 160 kg.
Avec ses énormes écailles cycloïdes à l'éclat métallique (parfois plus de 10 cm pour les plus beaux spécimens), on pourrait appeler ce tarpon..."poisson-cuirasse" tant il est véritablement paré de chrome et d'argent.

« Poisson-cuirasse », reste donc d'allure très massive mais tout de même assez élancée par son profil, dénotant ainsi une réelle impression de puissance. Ce long fuseau d'argent, aux flancs à peine comprimés, se prolonge par un important pédoncule à la vigueur redoutable; fourchue et très symétrique, la nageoire caudale autorise des sauts prodigieux hors de l'onde. C'est sa puissante hélice pour aider au saut en chandelle. Très abrupt, le profil exagère cette première apparence de brutalité qui, à ce niveau, manque totalement de beauté: exagérément prognathe et oblique, la mâchoire inférieure de ce happeur dessine une gueule puissante qui affiche en permanence, une moue très boudeuse. Trompeusement, l'animal apparaît plutôt lourdaud. Je le redis, à s'y méprendre, les pièces operculaires si bien polies semblent de métal. Parfaitement "usinées" pour un meilleur hydrodynamisme, elles s'insèrent dans des évidements à partir desquels elles s'articulent. A la frange des mandibules se diversifiant en lèvres, de minuscules dents constituent un genre de râpe propre à mieux retenir les proies les plus vives avant de les soumettre au laminage de la grosse langue contre les puissantes plaques palatales. De ce fait, un Rapala neuf, qui a été saisi, du bout des lèvres, puis promptement rejeté, porte généralement, en guise de "dédicace", des marques indélébiles de cette courte mais vigoureuse préhension buccale d'un tarpon qui est parvenu à s'en décrocher aisément.

Fortement pavée de plaques osseuse, la gueule aux mâchoires d'acier est une vraie machine à broyer qui fonctionne à la manière de meules venant à bout des carapaces des gros crabes d'Afrique et de langoustes que ce pêcheur des fonds attrape. Utilement, le pêcheur retiendra que l'hameçon a donc bien du mal à s'y planter durablement; alors, on n'insistera jamais trop sur la nécessité d'affûter finement et fréquemment les pointes des 6 hameçons pour que l'un d'entre eux parvienne à trouver le défaut d'un tel blindage, d'une telle cuirasse: commissure des "lèvres", axe central de la bouche ou joues. Capable de nager dans une faible couche d'eau, il surprend aussi par sa capacité fantastique pour parvenir, tout de même, à surmonter ce handicap pour se propulser énergiquement hors de l'eau. Pourtant, le tarpon atlantique ne manque pas d'élégance: quand le long fuseau inox crève la surface de l'eau, ce saut spectaculaire vers le ciel révèle un dos bleuâtre, vert olive ou même noirâtre, discrètement valorisé par des liserés de tonalité violine qui lui font une livrée royale. L'élégance apparaît dans un saut prodigieux dont les photographes manquent parfois d'en capturer l'apogée, bien au-dessus de l'eau...comme le pêcheur l'aurait souhaité !...

L'éclatante coloration de la livrée royale s'assombrit avec l'âge. Tendue par des rayons mous, la nageoire dorsale est unique: suprême touche artistique de la nature si imaginative: long, souple et ondulant, le dernier rayon affine l'esthétique de ce lobe assez vertical. Pour améliorer ses performances, ce champion du haut vol a son corps abondamment enduit d'un épais mucus lequel doit contribuer aussi à un parfait hydrodynamisme, une intéressante fluidité pour un prédateur. C'est incontestablement un puissant nageur, capable des pires acrobaties et toutes ces aptitudes le rangent en tête des espèces de la grande pêche sportive.

Hôte des eaux chaudes (21 à 31 °), tropicales et subtropicales, et préférablement, des eaux mêlées, à forte turbidité, ce grand nageur pélagique en eaux troubles sait oublier la côte et s'avère soudain capable de migrer saisonnièrement vers les eaux douces; il affirme ainsi un naturel comportement de poisson anadrome. C'est l'époque des grandes crues qui favorise ses remontées de fleuve sur des centaines de kilomètres comme cela a pu être observé ailleurs.

Il affectionne les eaux estuariennes et se semi-sédentarise dans les secteurs côtiers des embouchures où le brassage des eaux douces et salées est permanent.
Après avoir quitté les frayères et recherchant une eau presque douce, les juvéniles colonisent ces aires propices à la chasse, et situées un peu en amont de la limite de salure des eaux. Par contre, ce biotope d'eaux saumâtres présente la particularité d'être un milieu relativement pauvre en oxygène dissout; le tarpon sait compenser cette carence par une adaptation originale de sa vessie gazeuse qui a appris à fonctionner comme un véritable poumon! Il lui suffit de marsouiner en surface, de devenir "rolling" comme on dit aux U.S.A., préparant ainsi un autre grand spectacle pour le regard humain, celui de la grande traque, avec une cohorte de congénères, où l'instinct concurrentiel dynamise à l'excès les prédateurs voraces quêtant leur nourriture.

Très beau à voir,les "Rois d'argent" de Sierra Leone
que j'ai baptisés TGV de l'Océan( Tarpon grande vitesse )
sont si combatifs qu'ils sont très recherchés par les amateurs de la grande pêche sportive. Assurément, pour le pêcheur, c'est l'assurance, à la touche, d'un rush brutal et inoubliable mais aussi la garantie de beaucoup d'autres départs fulgurants durant le combat où il faut souvent lever un peu la canne pour accompagner le saut imprévisible, hors de l'eau, vers un Ciel salvateur?
Alors, en ces instants, autant qu'on en soit averti mais qu'on s'en souvienne: l'animal est puissant, sa cotte de mailles de seigneur des mers le protège jusque dans sa gueule si fortement pavée, laissant peu de points vulnérables à la pointe de l'hameçon à peine plantée.

Au contraire des autres poissons, tels les thons, cet as de la voltige a l'exceptionnelle faculté de reconstituer ses forces, plus dynamiquement, en puisant l'air de l'atmosphère, à la faveur de ses sauts de haute voltige, ou de ses gobages.
A partenaire redoutable, émotions fortes!
Il se manifeste donc assez essentiellement avec la marée dont les rythmes sont aussi les siens. Comme tout chasseur, il prospecte dans le courant. Il est assuré d'y rencontrer des proies vivantes. Sans conteste, le moment le plus favorable est entre la fin de l'étale de haute mer et celle de la descendante. Ces affirmations n'excluent nullement des possibilités de captures à d'autres moments, mais ne retiennent que les fréquences des meilleures conditions observées en mouillant assez de fil dans les eaux à tarpons.

En particulier, la nuit il est très actif. C'est un flot vivant qui entre avec la marée, à la recherche de poissons, de crabes et mollusques; l'interception d'un banc de bongas ou de yaboïs crée l'évènement et fait aussitôt exploser la mer. Alors, comme liquide, l'argent jaillit dans l'air puis, coule à nouveau dans l'onde. La connaissance des moeurs de ces poissons incite donc à les pêcher dans des eaux de bonne turbidité. Ce n'est pas tous les jours que l'on peut pêcher à vue(rolling fish), après avoir repéré les dorsales qui "roulent" en fendant les flots. Parfois, point de sauts pour trahir cette présence que l'on suspecte pourtant. Seules, de soudaines stridulations aiguës du moulinet révèleront enfin qu'un seigneur musardait dans le courant d'une onde...impure! Plusieurs techniques sont envisageables pour susciter des attaques du Roi d'Argent. La méthode la plus courante et la plus simple à la fois est la pêche à la traîne qui met en oeuvre un leurre ou même un appât.

Parmi les leurres, les gros poissons-nageurs aux couleurs vives conviennent parfaitement: le Rapala Magnum 22-26 Cm reste le préféré. C'est au crépuscule, sur un CG, que je pris mon premier tarpon, après un manqué du matin qui avait seulement dédicacé mon beau leurre neuf, à sa manière, en râpant sa robe neuve ! Après cette mise en bouche brutale de ce farceur, je dus régler finement la bavette déviée et déséquilibrée
car le leurre nageait sur le flanc.

Pour éviter les échecs avec ce « blindé », il s'avère intéressant de bricoler le Rapala, en réalisant l'astucieux montage à la Lanford qui consiste à désarmer le leurre de ses triples au profit d'un gros hameçon long-liner monté en amont de la bavette. Il sera happé en premier, donc piquera dans la gorge au-delà des plaques osseuses.
Un mulet armé d'un gros hameçon peut aussi servir de leurre-appât par ses rebonds successifs et surfers sur la surface des flots.

Avec un bouchon...de champagne placé en tête de ligne, on réalise un étonnant popper hybride, très teaser par la mousse qu'il génère! Au mouillage, la pêche à soutenir donne de bons résultats si on se place convenablement, à savoir dans le courant fluide qui favorise le passage des tarpons. Il n'est pas inutile d'amorcer par la dispersion de filets de yaboï, ces sardinelles africaines, dont la trace sapide excite les sens du poisson. Cette palangrotte, formule lourde, réserve de belles émotions. Et imaginez donc les prouesses des pêcheurs Sierra-Léonais sur leurs frêles esquifs!..
Au début de la marée descendante, la pêche en dérive dans le courant et à l'appât se révèle la plus productrice des meilleurs résultats avec, probablement, moins de ratés qu'à la traîne. En se laissant dériver, on peut aussi tenter le poisson au Rapala flottant que l'on active par des lâchers et rameners successifs. Le lancer classique peut se pratiquer d'un bateau ou à partir des grèves; en ces situations de grande sérénité, il y a de la place pour les moucheurs, mais surtout les lanceurs de poppers et de jigs. Les adeptes du surf-casting seront particulièrement actifs en pêche de nuit.

" Pêcheur ! Faut pas tirer la langue aux p'tits jaloux taquins !..."

Le tarpon reste un poisson assez mystérieux dont on ne maîtrise pas tous les comportements. Sa vie dont sa répartition géographique reste une énigme biologique. S'agissant de l'Afrique, on le sait présent à partir du Sénégal où il est plus connu sous l'appellation de WALIDOR ou DIMTATOLI. On le retrouve en meilleure densité dans d'autres eaux tropicales et subtropicales, en particulier dans les zones estuariennes sans qu'on puisse expliquer vraiment les motivations réelles de ce choix surprenant qui pourraient être liées au régime alimentaire ou aux conditions de frai. Il s'y sédentarise plus volontiers car c'est vraiment son biotope idéal: les fortes variations de salinité de l'eau ne le dérangent pas; il les tolère à l'extrême puisqu'il arrive même à s'adapter en eau douce(lacs et lagunes d'Amérique du Sud) affirmant ainsi son extraordinaire euryhalinité.

Il colonise donc des secteurs côtiers de Guinée, du Nigéria, du Gabon, du Congo et de l'Angola. Les tarpons du Gabon et de Sierra Leone sont sûrement les géants de l'espèce et le secteur de Sherbro y concentrent les plus grandes populations. De février à avril-mai, le grand tarpon est très présent; pour leur part, les juvéniles et les sujets de taille moyenne restent assez à la côte, puis gagnent un peu plus les profondeurs du petit large.
C'est peut-être au niveau de la reproduction que se trouve l'explication de cette énigme biologique. On sait déjà que l'espèce est particulièrement prolifique: quelques douze millions d'oeufs sont livrés, par une seule femelle, aux meilleurs courants littoraux.
Momentanément, ils s'intègrent au zooplancton, devenant ainsi des proies potentielles pour tous les animaux marins qui s'en nourrissent. Il est probable que les courants doivent être reconnus instinctivement comme étant les plus favorables pour le devenir des futures larves qui vont éclore. En effet, généralement, ces véritables rivières sous-marines pénètrent très profondément dans les embouchures, et, aidées par la marée, y délivreraient ainsi toutes ces précieuses promesses de vie: des petites larves en forme de feuilles de saule, évoquant assez les leptocéphales d'anguilles, que les pêcheurs et les gastronomes connaissent mieux sous les appellations de civelles. Rapidement, ces larves, les "mé yekkhé" , s'installent dans ce parfait écosystème et y donnent naissance aux alevins qui vont se développer dans ces nurseries pas toujours paisibles; ces derniers s'y abriteront au sein de l'abondante végétation marine dont celle de la mangrove. Dans cette jungle marine, difficile de devenir un grand tarpon!...

Plus aériens, les souvenirs refont le voyage et, au fur et à mesure que l'avion survole cette magnifique portion de côte africaine, la Sierra Leone, le voyageur continue d'être émerveillé car il découvre, à présent, la magie de l'eau et de la lumière. Dessinant les plus folles arabesques éblouissantes de lumière, rivières et fleuves serpentent, s'entrecroisent et se mêlent suivant une exubérante fantaisie.
Le spectacle est unique mais aussi révélateur des richesses piscicoles de cette contrée presqu'encore vierge: abondantes, les eaux douces, qui se perdent en d'impossibles détours, s'organisent en un réseau très complexe. La lumière joue avec l'eau et d'en haut, il semble que, progressant avec l'avion, du mercure coule dans ces innombrables artères du sol sierra-leonais à l'étonnante trace métallique, vers le meilleur exutoire pour les eaux vives: l'océan infini. Ainsi, entre Guinée et Libéria, défile un littoral pittoresque, d'une réelle beauté qu'une grande diversité de paysages enrichit davantage.

A partir des Peninsula Mountains, les sites à tarpons les mieux connus ne manquent pas: Whale Bay, Cape Shilling, Banana Islands, et, après Mamah Beach, les embouchures des petits fleuves qui se jettent dans Yawri Bay: Kandiga, Kamaranka, Kukuli. Plus larges, Kagboro Creek et Thauka Creek précèdent le site si fameux de Sherbro River, Sherbro Island et de ses détroits avec Cape St Ann dont le prolongement naturel est l'archipel des Turtle Islands. La richesse de ces secteurs est surtout liée à la qualité des eaux: les noces de l'eau douce et de l'eau salée engendrent une qualité de vie exceptionnelle et idéale pour la ressource. D'autre part, les types de rivages à relief, plages ou à mangroves contribuent à conforter ces excellentes conditions d'épanouissement de la faune marine dont les poissons. Par ailleurs, il n'est pas rare de rencontrer, à l'écart de la côte, des secs ou des récifs à peine émergeants qui constituent, en pleine mer, de remarquables habitats fortement colonisés par toutes sortes de prédateurs carnassiers. Tous les fonds sont riches y compris les immenses étendues sablo-vaseuses et pour s'en convaincre, il suffit de regarder autour de soi: on rencontre partout d'héroïques piroguiers-pêcheurs qui, au long des jours et des nuits, taquinent des poissons, lesquels ne sont pas ...des goujons!

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