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octobre 2004.

L'Airbus survole-t-il en ce moment, le vaste désert égyptien aux monuments éternels, d'immenses étendues de hautes herbes que sont les savanes africaines peuplées des plus beaux animaux du monde, le beau pays malgache ou cet infiniment grand de l'Océan Indien et l'archipel des Mascareignes avec ses poissons peu farouches ?...

Encore à moitié endormi, de telles interrogations qui font fi fantaisistement des distances et des durées, c'est chose pardonnable d'autant que l'on est plutôt très confiné dans le grand oiseau d'argent où la télé repasse en boucle les péripéties de Phileas Fog !...empêchant un nourrisson de dormir en souriant. De quoi faire perdre la notion de temps. Tout vous précipite donc dans des hypothèses sans réel intérêt: vous êtes dans les nuages certes, mais c'est aussi la faute de...l'avion qui s'y aventure les yeux fermés. Fatigue et durée du voyage, sensible décalage horaire et surtout ce grand inconfort des sièges propre à réveiller courbatures et lombalgies vous incitent à vous laisser conduire. Et puis, voyageurs heureux oublions donc ces inconvénients. On doit résister car c'est bien pour le plaisir que nous nous sommes envolés pour La Réunion et alors, les voyages ( même ceux de douze heures )ne formeraient-ils plus la jeunesse ? Sans plus tarder, en nous posant sur l'aérodrome Roland Garros à Ste Marie, il faut adopter cette philosophie ! C'est bon sous les tropiques.

Durant tout notre séjour, nous aurons le meilleur guide de l'île, notre petit-fille Céline très dévouée, déployant tous les égards affectueux pour que notre passage sur l'île soit un véritable enchantement. Sa gentillesse s'exercera à nouveau dans les choix des promenades et d'une parfaite organisation du programme établi visant à nous faire découvrir l'essentiel de "l'Île Intense". Fatigués du voyage, nous nous contenterons, pour ce premier jour, de flâner agréablement dans St Denis devenue capitale par décision du gouverneur Mahé de la Bourdonnais. Découverte de l'architecture des maisons créoles, artisanat riche et coloré du grand marché. Tout cela nous plonge déjà et, insensiblement, dans un réel exotisme. Alors, le dépaysement heureux vainc la fatigue et le décalage horaire. A leur tour, les Hauts de St Denis ne manqueront pas de charme. La gentillesse des Réunionnais nous accompagnera chaque fois.

Dès le lendemain, nous avons pris la route des plages: celle de l'Hermitage. Le port de St Gilles-les-Bains et sa jolie marina méritent aussi de s'y attarder. ici, la vocation essentielle est la pêche-plaisancière: on y parle de marlins, de coryphènes et autres, de captures et de casses mémorables.

De superbes bateaux aux tangons dressés vers le ciel montrent tout de suite leur vocation pour la grande pêche sportive et d'autres, pour la plongée vers
des profondeurs bleues de rêve.

La longue plage des Roches-Noires qui attire beaucoup de monde, baigneurs et surfers, nous accueillera plusieurs fois.

Non loin de là, notre restaurant préféré le DCP, où chaque fois, nous nous régalerons tant les mets présentés y sont délicats( rillettes de la mer, terrine de poisson au combava ). Une bonne table !...et la finesse avant tout.
La découverte se poursuit et soudain, beau spectacle au détour de la longue route côtière que celui des souffleurs. Loin du large aux vagues fortes et violentes, la mer, qui finit à la côte, continue de montrer sa puissance. Harcelant la roche, elle la bat furieusement, l'entaille et la creuse pour la mieux conquérir. Elle veut y arrêter sa course avec la fierté d'une conquérante.

Alors, elle s'engouffre dans les tunnels qu'elle y a creusés et ces tubes de lave deviennent des orgues marines où elle rugit avec force en se vaporisant vers le ciel...en panache de majesté. Alors, on contemple, on admire les caprices et fantaisies de cette nature si vive.

Non loin du Chemin Vanille, pour 3 êtres heureux, se trouve le site de "Trois Bassins" , dont l'accès serait plutôt interdit ! Pourtant l'endroit est superbe par ses cascades enchâssées dans un superbe écrin de verdure.

C'est beau et la sérénité de cet espace secret y règne pour faire goûter le bien-être au sein d'une nature préservée ! Nous en avions besoin pour "refaire surface" et "entrer dans le bain" de cette vie, au rythme de La Réunion, en vacanciers déjà enchantés d'être là:

réunion, un autre mot du bonheur et qui symbolisait aussi nos retrouvailles avec Céline partie si loin des siens. Dans ce beau cadre de verdure et de cascades, une image inoubliable: la silhouette gracieuse de Céline juchée sur un rocher, notre petite sirène des eaux douces avec son beau sourire exprimant sa joie...encore une image du vrai bonheur !

St André. Ici, visite incontournable que celle de la Maison de la Vanille sur un typique domaine créole.

D'abord, notons un phénomène curieux des exigences de cette orchidée, qui aime la compagnie, en observant son plant qui nécessite un tuteur vivant( "pour un flirt avec toi..."). Puis, apprenons la magie du hasard interpellant pertinemment l'intelligence et le goût du savoir d'un jeune esclave Edmond Albius. Celui-ci découvre alors un secret de la nature: Edmond, qui avait appris de son maître le principe des fécondations artificielles sur d'autres fleurs, sut trouver le moyen: une fine membrane, un labelle( hymen de vanille ! ) qui empêchait la fécondation fut déchiré avec soin et le stigmate poussé à toucher les pollinies. Des fruits purent se former par cette fécondation manuelle. Depuis, on sait que seule la mélipone, abeille du Mexique dont la vanille est endémique pouvait polliniser et fertiliser les fleurs. Sans mélipone point de fruit à La Réunion où les plants importés ne produisaient pas.

Nous avons aussi appris combien les processus de préparation et conservation des longues gousses noires et luisantes au subtil parfum inégalé étaient délicats: échaudage à 65°, étuvage sophistiqué(laine), séchage, affinage, calibrage etc. En somme, on y a tout appris au cours d'une agréable visite qui se termine par de petits achats qui embaument nos sacs. Le mot vanille vient de l'espagnol; la gousse comparée à une gaine de sabre( "vaina") devint petite gaine donc vainilla puis vanille en français.

Ensuite, la flânerie nous amène au pied d'un monument impressionnant :

c'est un temple tamoul dans le quartier du Petit Bazar. Il importe d'en respecter scrupuleusement les consignes affichées à l'entrée

et ne photographier discrètement que quelques angles de
ce riche panthéon hindouiste si coloré.

Un autre jour, partant de St Denis et sans respecter un ordre précis pour visiter, nous ferons route vers le Grand-Brûlé. La côte au vent, St André, Saint Benoît, Sainte-Anne et Piton Sainte-Rose, sera donc aujourd'hui notre itinéraire face à l'Océan Indien, sous toutes ces saintes protections pour tant de sites originaux à voir. Une première étape imprévue s'est imposée à Ste Anne quand nous avons découvert l'église.

Il n'est pas surprenant qu'on ait qualifié de "baroco-naïf" le style de cette église victime d'un vrai délire ornemental qui s'affirme vite sur sa surprenante façade où choux, roses, chérubins etc. font une étrange association de mauvais goût et en altèrent l'unité architecturale. Celle-ci aurait donné un cachet plus authentique à cet imposant lieu de culte d'ailleurs classé. Au détour du chemin, autre style avec cet oratoire très coloré qui nous donne l'occasion de découvrir un étrange saint, bien sympathique et pour cela, fort bien nommé du fait de sa célérité à exaucer les voeux mais, plutôt païen :

St Expédit, ce "Ti Bon Dieu" qui exauce vite tous les voeux.

 

Cette côte Est est la cible des alizés et, de ce fait, les pluies plus abondantes favorisent l'épanouissement d'une végétation très variée. On s'en rend compte à la faveur d'une petite étape à Ste Rose qui s'adosse courageusement au massif de La Fournaise et dont l'environnement végétal s'avère aussi riche que dense.

De jolies cases traditionnelles et bien arborées s'y blotissent. Cela motive vite les chasseurs d'images.

Peu après, nous arrivons à Piton-Ste-Rose. L'émotion est plus intense qu'à Ste Anne lorsqu'on pénètre dans la petite Eglise miraculée de
Notre-Dame-des-Laves.

En effet, celle-ci échappa aux coulées de l'éruption nocturne de 1977 lesquelles, avec respect, s'arrêtèrent à l'entrée du sanctuaire, tandis qu'autour de lui, tout fut enseveli. Alors, comment ne pas songer au miracle de cet évènement et à la portée de son message. Avant de pénétrer dans le sanctuaire, on est médusé( ou ...pétrifié ! )de voir cette arrogante lave qui cerne l'accès à l'escalier.
Surprenante et magique !..
Cette église est belle par sa simplicité contemporaine, sa décoration sobre et gaie, par le bien-être qu'elle procure quand on s'y agenouille pour s'adresser au Créateur et remercier le Ciel tandis qu'on prie pour nos vivants et nos défunts, pour les habitants de cette île, pour le monde entier afin que toutes nos fautes nous soient pardonnées. En ces instants de recueillement, on demanderait bien, aussi, que nos oreilles restent sourdes aux bruyantes conversations de touristes conquérants, point respectueuses du lieu sacré et qui troublent la sérénité de nos âmes en pieux émoi . On leur pardonne " car ils ne savent pas ce qu'ils font " !!!...

Nous poussons plus loin puis tenterons l'approche des coulées de laves encore fumantes. Effectivement, dans certains secteurs, la route reste encore souvent barrée par endroits. On doit donc abandonner sa voiture en amont en choisissant un endroit stabilisé car l'assise des bas-côtés ne l'est plus vraiment. Une récente éruption a traversé ce secteur et la lave incandescente du magma visqueux a fini sa course dans la mer. Une gigantesque masse du coeur de la terre a sombré à nouveau mais, vers les profondeurs marines. Une grande brûlure pour l'océan et aussi

pour la route vite réaménagée, reconstruite avec courage. Quel volume de lave avec des foyers où le feu couve encore et luit cyniquement par des fissures fumantes ! Noble Dame Fournaise de l'Île Intense se montre bien généreuse ! Ici, d'épaisses tranches minérales pour géologues passionnés, là de noueux méandres artistiques
pour créer des oeuvres fantastiques: il y en a pour tous les goûts.
Et, inexorablement, la marmite bout toujours !

Comme à chaque éruption, en puissants geysers, la vapeur a jailli vers le ciel mêlant son épais panache blanc à l'atmosphère assombrie. La route a souffert et ici le goudron du macadam a fondu. Plus en retrait, la terre reste brûlante et comme sous pression. Sournoise, l'inquiétude gagne les esprits où l'imagination tente de faire un film qu'elle n'a jamais vu.
En "flaques" désorganisées, les laves noirâtres ne refroidissent que très lentement et par certaines fissures, d'où s'échappent encore et pour longtemps vapeurs et fumées, on voit s'allumer et s'éteindre de fantômatiques rougeoiements bien vifs qui rappellent que la Fournaise ne chôme pas en cette île laquelle reste vraiment SON territoire.
Elle semble le rappeler, avertir et, si elle parlait:..."Humains, surveillez-moi mais votre prudente vigilance ne freinera jamais mes élans, ni ma colère sourde !....pourtant, observez aussi que j'agrandis votre île quand bon me semble.
Alors, acceptez mes humeurs, c'est ma raison d'être et de respirer."

Je continuerai par le détail ce récit ....plus tard

......après un bon Rhum Arrangé !!

La rubrique PHOTOS de la FLORE

devrait vous faire patienter......Merci.


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