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Emotion et émerveillement
au Pays de Paul et Virginie
Avant de devenir
l'Île Maurice, ce coin de paradis fut dans le passé, l'Isle de France
et même, parfois, pour certains auteurs fort rêveurs..."la Nouvelle
Cythère", évoquant ainsi le sanctuaire grec d'Aphrodite déesse de
la Beauté et de l'Amour, en Mer Egée.
Lorsqu'on arrive
de La Réunion, le parler Créole Mauricien nous paraît
moins accessible même s'il exploite des mots et expressions
du Français. On n'en saisit que des bribes, ce dernier ayant
bien "mariné auparavant dans les épices de l'oubli
!" Bonzour M. Androu ! Mo byen kontan ou finn vini. " Plus
clairement: Bonjour M. André ! je suis bien content que vous
soyez venu ". Mais ces paroles d'accueil, à Sir Seawoosagur
Ramgoolam International Airport( ou + simple Plaisance ! ) de Mahébourg,
avaient été dites avec tant de gentillesse et d'enthousiasme
par notre chauffeur de taxi qu'elles avaient été assez
vite comprises( Il avait fait simple !...mais "enn lot lokazyon
", ça, il faut bien l'entendre pour mieux le traduire
! = à la prochaine ! )
Et
bien, des prochaines "lokazions" il y en eut beaucoup car
les longs trajets ne manquèrent pas et, par expérience,
nous avons soudain compris que prendre un taxi était souvent
plus bénéfique que de payer une "excursion"
qui oblige à s'entasser dans un mini-bus où le confort
vient à manquer car on surbooke ! Pour les petits déplacements
depuis notre hébergement de Peyrébère vers Grand
Baie ou Cap Malheureux etc. le Bus de la ligne habituelle suffisait
pourvu qu'on ne juge pas si ce bolide allait pouvoir freiner, passer
sans écraser personne ou heurter le collègue d'en face,
en le croisant en "frôlette".
En
clair, il fallait surtout oublier de conduire à sa place, se
persuader qu'il avait sûrement du talent et se dire aussi que
toutes ses amulettes et l'imagerie sacrée du tableau de bord
suffiraient amplement à protéger ce Fangio délocalisé
et tous ceux dont il avait la charge d'autant que certains semblaient
même, en ces instants nécessairement réservés
à la dévotion,......en prière active.
Oui, regardons plutôt ce paysage tant il est beau et divers.
Merci au Créateur d'une nature si merveilleuse. Toutes ces
frondaisons enrichies de la luminescence des élégantes
bractées des "fleurs-papier( comme on l'exprime joliment
aux Antilles) s'agissant, bien sûr, des bougainvillées
aux chaudes tonalités qui se gorgent de l'intense lumière
céleste.
Déjà, à 50 mètres de chez nous, cette
merveilleuse petite plage de Peyrébère, avec ses cocotiers,
filaos et raisiniers, ses eaux déclinées en un riche
camaïeu de bleus, de tons pastels dont celui de turquoise qui
symbolise mythiquement la pureté des lagons, incite au farniente
ou à la baignade dans ce qui semble la plus belle piscine.
Le plaisir est sans fin. On est bien ici comme hors du temps et, on
oublie tout ce qui contrarierait ailleurs.
Dimanche, jour du Seigneur. Le même Bus nous emmène vers
Cap Malheureux puis nous dépose à 200m de la jolie petite
église où nous allons prier pour ceux que l'on aime
et...les autres. En chemin, des haies de bougainvillées dominées
par des frangipaniers portant d'innombrables fleurs aux calices d'or
ainsi que des tulipiers jouant les flamboyants rendent la promenade
très agréable.
Soudain, nous découvrons la maison de Dieu.
.
Coquette,
gaie par l'association d'un blanc pur, éclatant et d'un rouge
assez vif, elle semble s'adresser au Ciel par son petit campanile
original qui s'y élance tout en finesse. La plage et la mer
aux eaux turquoise qui berce une barque de pêcheur sont là,
si proches, juste après le sanctuaire. A l'intérieur,
une porte latérale toujours ouverte permet à l'inattentif
de regarder cette belle nature créée par Dieu, la mer,
plutôt que de suivre pieusement l'office! Mais, vite, sa bonne
conscience le ramène vers la prière tant l'atmosphère
de cette célébration dans une allégresse très
mauricienne l'y invite.
Pas si loin en mer, semblant jaillir du flot paisible apparaît
un énorme socle rocheux aux contours réguliers. C'est
l'île la plus proche, au bien joli nom de Coin de Mire dont
les eaux apaisées soulignent l'intense sérénité
de cette matinée dominicale de fin octobre 2004 à Maurice.
Mais en ces lieux magiques, comment ne pas songer à
cette funeste nuit du 24 décembre 1744 qu'en notre jeunesse,
un passionnant
roman d'amour mais si chargé d'émotion nous fit découvrir autrement.
Ce petit paradis n'est-il pas celui des héros du roman "Paul
et Virginie" et d'une idylle qui devait finir dans le chagrin
? Un terrible naufrage, celui du St Géran, en fut la cause.
....Semblables à des grondements du tonnerre,
des coups de canon tirés depuis le St Géran résonnèrent
soudain, dans cette obscurité inquiétante. En effet,
sur l'ordre de son capitaine M. Aubin, l'équipage demandait
du secours car la mer était devenue mauvaise. Surpris à
son mouillage, sous l'île d'Ambre prise par erreur de navigation
pour celle de Coin de Mire, le vaisseau rompit ses amarres et, poussé
par la fureur de l'ouragan s'aventura bien trop près des terres,
talonnant les brisants des récifs coralliens..
" ....en-deça
de la ceinture de récifs qui entoure l'Isle de France et qu'il
avait franchi par un endroit où jamais vaisseau n'avait passé
avant lui.." écrit
Bernardin de Saint-Pierre. Peu après, "...
une montagne d'eau d'une effroyable grandeur s'avança vers
le vaisseau en rugissant......et Virginie parut un ange qui prend
son envol vers les Cieux.... "
Cap
Malheureux ainsi bien ou mal nommé tant ce site au relief sous-marin
accidenté fut à l'origine de plusieurs naufrages qui
ne furent pas contés en si belle oeuvre. Au Blue Penny Museum
de St Louis(réf.à Louis XV), on découvre deprécieux
documents et objets recueillis autour ou dans
l'épave du St Géran.... (en
réalité, le vaisseau St Géran: 600 tonneaux,
28 canons de la Cie des Indes était commandé par le
Capitaine R. de la Marre et fit naufrage le 18 Août
1744)
Aujourd'hui,
le St Géran, dont
voici une maquette due au talent des artisans mauriciens,
"revit"
autrement et, sortant de sa rêverie,
le voyageur goûte la sérénité de l'île,
tandis que l'astre solaire remplit d'espoir le coeur des hommes
avant sa fuite vers l'horizon lointain et le temps des songes.

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