Capturer des poissons à la traîne en Méditerranée marocaine
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PÊCHE AU VIF... "A LA JOURDAIN" !

« Je vous parle d’un temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connnaaaaîîîîîttttrrrree !!!…. » et, depuis toutes ces années écoulées, tout cela a tellement changé, là-bas, dans ce Maroc de mon enfance. Comme pour dramatiser les faits et la nostalgie du pays d'antan, j’ai envie de dire à mon tour : Algésiras ! Hélas !…
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Presque rectiligne entre le petit port de M’Diq et Restinga Smir, la longue plage s’étirait comme un interminable cordon blond à peine dominé par un paysage banal, peu arboré et encore vierge.
Des éminences de sable indignes du nom de dunes étaient colonisées par une flore sauvage très variée dont l’oyat, l’euphorbe, les chardons mauves et les lentisques si odorants par vent de terre.
En ce site, la plus belle avancée dans la mer reste Cabo Negro, fief inviolable de toutes sortes d’oiseaux de mer se montrant fort belliqueux dès qu'une embarcation s'approche trop près de cet univers mis en réserve par la gent ailée sans accord préalable !

Ce cap abrite bien le port de pêche de M’Diq. A partir de là, s’amorce un profil d’arc de cercle assez souple de la côte s’étendant jusqu’à la proche ville espagnole de Ceuta( Sebta). Un profil qui se modifie ainsi symétriquement peu après la crique « aux bars » du grand hôtel Al Manar lequel fut inauguré par le général Oufkir. Et à ce propos, je me souviens que durant 3 ou 4 jours, la mer était « morte » pour nous les pêcheurs amateurs en villégiature, et la route barrée vers ce bout d'Espagne, la cynique et injustifiable « verrue » ceutoise sur le « nez » du Maroc!.. comme on nomma parfois cette enclave espagnole de Ceuta en territoire marocain.

Il n’empêche qu'en cet endroit du littoral, notre campement était un vrai paradis. Situé en contrebas de la route et accessible par une piste desservant 3 niveaux étagés en « terrasses », c’était pourtant lui le vrai Grand Hôtel, par son balcon sur la mer, son accès immédiat au sable granuleux, puis fin et surtout,
à l’eau salée si tiède.
Alignées parallèlement à ce morceau de Méditerranée marocaine, les caravanes devenaient nos résidences d’été même s’il n’y avait alors aucun point d’eau. Inévitable et
quasi quotidienne, la patiente corvée de « flotte » faisait partie de cet exotisme consenti et tant apprécié. Un minimum de 100 litres par jour suffisait à peine car la douche que j’avais aménagée, et dont le réservoir était chauffé par « Kaddour le Généreux », était souvent sollicitée, aussi bien pour la toilette que pour des dessalages fréquents après les baignades, le ski nautique ou la pêche.
Combien d’hectolitres les immenses coffres de nos vaillantes Plymouth, Chevrolet et Ford...bien rodées...ont-ils transportés durant tous ces étés de grand bonheur ?…dans une « ligne » bigarrée de jerrycans de toutes les formes ?.. et de longues barres de glace, couvertes de toile de jute et serrées dans un petit bateau d’enfant en caoutchouc ? …le tout voisinant avec X paniers remplis de victuailles achetées au marché si typique et fort animé de Tétouan....et les bouteilles d’eau minérale, de vin, les sodas Judor, Orangina, Coca Cola et Schweppes……sans oublier le réservoir d'essence du bateau et, si précieux, un autre bidon,
son complément de secours.

Si loin de tout, il fallait donc s'organiser pour X jours, se constituer une réserve afin d'éviter de manquer de l'indispensable. Soit, une véritable expédition au parfum d’aventure propre à faire oublier le côté corvée de cette activité.
Sauf que : le temps consacré à tout cela occupait une longue matinée, aurait dit M. Pagnol, et à déduire du temps de…pêche !
Mais quand même !!!….dira-t-on. Il est vrai que...et cela efface cette minable doléance. Le bateau restera sagement, au sec, sur la plage, devant la caravane durant l'opération "survie" !.

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Kaddour, c’est donc Phoebus ou Ré mais… en djellaba ! A l’instant, le pêcheur fort matinal assiste au beau spectacle de cette nouvelle aube estivale offerte aux humains: il n'est pas encore 5 h et le soleil a déjà inondé l'horizon bas de ses rougeoiements bigarrés.

Il déploie un voile léger de douces tonalités de rose, rouge et orange flammé d’or. L’embrasement prend de la hauteur et gagne vite le ciel de Restinga en s’atténuant tandis qu’il répand des reflets magiques sur cette Méditerranée marocaine, non loin des portes et " Colonnes d'Hercule ": le Détroit de Gibraltar.

Déjà, le Zodiac, qui a pris discrètement la mer, « sur la pointe des pales », navigue doucement, à la faible allure de traîne. Voilà qui frustre tant les chevaux marins du moteur 2 temps, des yearlings plus avides d'un galop de liberté qui piaffent en pétouillant...et encrasse les bougies!
Cela se passe dans les années 60 et, puisque je n’ai pas encore de sondeur et de GPS, je prospecte à l’estime, allant de pointe en pointe, de dalles en platiers plus étendus avec pour objectif un "caillou" de légende:
"la Laja del Caballo" comme le nomment les gens d'ici, qui, sans être de La Mancha, parlent aussi la langue de Don Quichotte.
Le site est un véritable repaire à "bouchouks ", nos loups , et surtout un territoire de chasse pour superbes badèches à la livrée de velours brun: des mérous pélerins, dit-on encore, tant elles savent exercer un véritable nomadisme de chasses superficielles sur un plus vaste territoire.

Cette traîne au tracé fantaisiste est excellente car l’itinéraire, disons-le déjà, n’est pas obstinément rectiligne mais, préférablement, affectionne la sinusoïde parfaite pour tendre et détendre les lignes alternativement, ce qui a pour effet de créer une animation qu’on peut aisément imaginer. Plongeons la tête dans l’eau pour voir comment réagissent les leurres.

Si le bateau vire du côté de la ligne de tribord, léger et souple par essence, l’anguillon de caoutchouc cesse de frétiller car cette ligne devient molle puisque détendue. C’est bon. En effet, dès que bateau aura cessé de virer, par prise d’un cap à tenir cette fois, la ligne va se retendre progressivement, le leurre s’animer puis frétiller brutalement.
Son attaque par le poisson est souvent motivée par cette soudaine reprise d’animation qui simule bien une fuite du fretin à la vue du prédateur en maraude.

Pendant cette phase, le second leurre a été tiré autrement en direction et vitesse ; de plus, il reste seul à émettre des vibrations excitatives. Cela est payant au-dessus de ces sites variés, des habitats qui proposent une plus grande diversité d’espèces.

La pêche a commencé par les attaques d'oblades taquines qui parfois tirent sur la queue de l'anguillon de caoutchouc, sans vraiment engamer: jouent-elles ou sont-elles si maladroites ?..ces goûteuses suceuses ! Ou vais-je à mauvaise allure : pas assez vite ?
En réalité, seule la ligne de bâbord, qui court en débordement vers la plage, connaît ces désagréments: l'anguillon est un long 6/0 plutôt offert à la convoitise de combatives palomettes; généralement, celles-ci musardent au petit large, en face de l'embouchure de l'oued qui délivre généreusement beaucoup de microfaune bien vive. Aussi, cette limite de salure des eaux est souvent le lieu de rendez-vous de plus grands poissons chasseurs: là, une véritable provende arrive par les eaux douces dans une légère turbidité propice, qui justifie autrement l'expression:
" pêcher en eau trouble "!..

Ici, plus que jamais, j'évite volontairement les itinéraires trop rectilignes: dans sa nage déjà si passive, le leurre n'y trouverait aucune fantaisie. On l’a compris, ces franches amorces de virage ont tellement l'avantage de détendre la ligne subtilement surtout avec le plomb-fusible qui leste le museau du leurre. Il l'incite alors à couler doucement, tel un poissonnet blessé ou malade, mais peu après, dès que la ligne se tend à nouveau, il semble se sauver prestement vers les eaux superficielles.

L'effet de vivacité est surprenant et se produit sans même animer la ligne: c'est le pilotage qui assure. A cet instant, sur ce qui semble alors un véritable élan de fuite, le suiveur attaque avec une agressivité que la canne traduit bien, avec la même souplesse qu'un arc. Aussitôt, de belles oblades avoisinant la livre gobent l'appât simultanément, ce qu'exprime mon fils, en déclarant:
" à nous, les petites jumelles!.."

Pourtant, cette fois, point de gloire immédiate pour le père car, étonnamment, le modeste doublé ne montera pas à bord: en effet, les lignes se tendent soudain...vraiment, à l'excès tandis que le moulinet donne du fil, trop généreusement. Deux secousses sèches, puis plus rien, aucune tension mais...... une ligne légère, légère. "Impossible d'avoir accroché fiston, nous sommes arrivés sur les sables limoneux ! " C'est une casse ou plutôt une coupure imparable compte tenu de la finesse et de la résistance du 22/100 de cette époque !

Libre, à la récupération, le nylon ondule bientôt dans la brise légère. Leurres et captures modestes ont été happés goulûment par je ne sais quels bestiaux, des goûteurs d'oblades, donc de gros carnassiers à coup sûr....et comme M Jourdain, sans le savoir, nous pêchions aux vifs plutôt qu'aux leurres ! Et quels vifs si actifs par des dents de la mer à leurs trousses !

Aussi, ne soyons pas de ces "traînards" insouciants qui, comme ils confieraient une bouteille à la mer, pour quelque précieux message, suivent la mouvance fantaisiste du flot et livrent négligemment leur ligne appâtée au courant, en se persuadant que pêche à la traîne s'accorde mieux avec chance, plutôt qu'avec technique.
Des rêveurs ! Epicuriens goûteurs d'une Dolce vita et de farniente!

De même, petite recommandation: pour revenir sur l’endroit où se sont produites les touches, il importe de terminer le passage et faire un tour, très( TRES ) à l’écart de l’endroit afin d’y revenir discrètement, dans le même sens...comme si on n'y était jamais passé et, par la suite ne plus y faire obstinément, comme un âne...le paseo pendant des heures.
En pratiquant cette ruse contraignante et patiente, nous aurons plus de chance de rencontrer ces belles "dents de la mer " qui coupent si bien les bas de ligne !..

Peut-être, allant au-delà, la meilleure théorie soufflerait-elle plutôt de promener ses leurres aux abords de pointes et caps écumeux souvent hantés par les prédateurs embusqués (notion de poste d'affût comme chez les humains)mais pas nécessairement encore, en traîne trop rectiligne. On ne le redira jamais trop: comme la Seine, la ligne de pêche aime décrire des méandres qui détendent puis distendent brusquement la ligne( simulation de fuite de la proie ).

En un mot, il faut rechercher le poisson où l'on suppose que le relief lui permet l'embuscade( carte marine etc. ou expérience déjà vécue sur ce site aident à " se redessiner " une autre carte d'un jardin secret ) car, c'est une évidence, la présence du beau poisson-chasseur en ces lieux se conçoit plus naturelle que.....n'importe où ailleurs.

Cela n'empêche pas de prendre en compte l'autre notion de territoire de chasse, donc d'errances quotidiennes des carnassiers liées à celles du poisson-fourrage, de la marée, du vent, de l'état de la mer etc..tous ces paramètres qui défient en souriant les prétendues théories ! Et toc !
En somme, tous les ingrédients mêlés du
Grand " Jeu de la Pêche et du Hasard "...aussi !

D'ailleurs, nous confierons bientôt à l'anecdote suivante le soin de confirmer cet avis.

A SUIVRE plus tard !... MERCI

On commencera déjà par cette image du bonheur( pas celui du poisson ) et chacun comprendra que ce qui a précédé, avec moult détails voire insistantes redites, mettait en pratique la maxime de l'auteur en lui rendant ici, hommage, qui clamait

" Ce qui se conçoit bien...s'énonce clairement ."

 

 

 

 

 

 

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