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PÊCHES EXOTIQUES à MADAGASCAR


Antananarivo, capitale du pays malgache, ne sera que l'étape de plus de 2 heures avant de repartir vers le merveilleux archipel de Nosy-Bé . Madagascar, qui se classe quatrième île du monde, offre un décor en contrastes de couleurs éclatantes et son survol provoque aussitôt dépaysement et enchantement. L'étonnante magie du brun-rouge granuleux des massifs et la présence de nombreux lacs dont les eaux d'un bleu très pâle abritent parfois, dit-on, les crocodiles sacrés confirment son origine volcanique.
A l'état pur, l'exotisme naît d'une savante alchimie des couleurs et des formes. Cela c'est un des charmes du paysage malgache qui, tout en diversité, semble alors un gigantesque patchwork aux mille motifs. L'oeil émerveillé du pêcheur globe-trotter s'attarderait davantage à la découverte de beautés originales de cet autre monde mais l'avion file plein cap vers Nosy-Bé dont les eaux très poissonneuses lui révèleront, à leur tour, d'autres richesses, celles de l'Océan Indien.

UN CONFORTABLE CAMPEMENT-BIVOUAC

Avec sa longue et superbe plage de sable blond, l'anse d'Ambalafaho abrite ce campement d'aspect rustique pourtant aussi accueillant que confortable. Conçu à la manière d'un vrai village des pêcheurs indigènes, il s'intégre harmonieusement à l'univers végétal où il se blottit. Par son exotisme authentique que les senteurs d'ylang ylang, de géranium et de frangipanier soulignent subtilement, le dépaysement est total.
Chaque tente est doublée d'une haute et plus large case qui en fait une belle habitation, avec de vrais lits. Un « château d'eau » digne de Robinson stocke l'eau d'un puits et alimente les blocs sanitaires. Nous sommes vraiment ailleurs, au bout du monde et en pleine nature presque vierge aux longues allées de cocotiers. C'est un havre aux eaux d'émeraude et nous allons y vivre hors du temps; pour l'âme romantique de l'ami Pierre, ce sont là « des reflets d'Eden ».
Excellents bateaux hyper équipés et parfaitement entretenus, matériels de navigation et de pêche haut de gamme, efficaces moyens radio, excellents skippers et marins sont les autres gages de réussite indispensables d'une destination-pêche de qualité. A Nosy Bé, nous avons pratiqué toutes les techniques de pêche-bateau; du grand marlin noir à l'étonnant baliste brun des coraux du récif, elles nous ont permis de toucher une étonnante diversité de poissons.
Des courants verticaux(phénomène d'upwelling) y assurent une remontée des eaux froides apportant d'abondantes matières nutritives. Alors s'élabore une fantastique chaîne alimentaire qui rend les eaux très poissonneuses. Ce premier focus sur l'archipel visera uniquement la palangrotte lourde des grands fonds.

Pêcher de l'appât frais devient la priorité dumoment pour la pêche à la palangrotte qui se prépare d'abord par la recherche d'appât très sapide, la chair de poisson bleu.

Scrutant l'horizon pour trouver les oiseaux qui plongent sans relâche dans les chasses spectaculaires des grosses bonites, nous pratiquons la traîne rapide, dès le départ de notre base. Les forts remous de surface attestent d'une intense activité. On contourne la chasse à grande vitesse. Par un changement brutal de direction, les jigs y entrent transversalement. Ces leurres sont d'irrésistibles têtes plombées habillées d' octopus jaunes et verts.
Chaque passage dans la meute rapporte 2 à 3 bonites. Les espèces les plus courantes sont Kawakawa(Euthynnus affinis) et surtout le Skipjack à ventre rayé( Katsuwonus pelamis), un poisson lourd et rond dans lequel seront découpés de gros gueulins. Parfois, il ne s'agit que de bonites " juvéniles "( si on veut ? 3 kg !!! )très sauteuses et déjà très carnassières.
L'appât entier sera utilisé comme poisson mort et manié par le courant, pour attirer d'insatiables carnassiers tels mérous, lutjans et requins.


CROYEZ-MOI, DE SOLIDES MONTAGES S'IMPOSENT POUR SORTIR DE TELLES CAPTURES !!!

Pour cette palangrotte lourde, le montage utilisé reste particulièrement simple mais robuste: une plombée non-coulissante de 150 à 200 G en butée sur émerillon-agrafe. Pour lutter plus efficacement avec un poisson qui court spontanément se réfugier au trou, elle reçoit un long traînard bas en acier gainé de 30 Lb, d'au moins 70 Cm, et hameçon de 8 à 12/0. Le dévidement rapide du tambour tournant permet d'atteindre vite le fond mais il faut en contrôler la manoeuvre à la main pour éviter l'emballement de la bobine et le foisonnement du nylon. Aussitôt après la sensation de contact avec le fond, il convient de remonter la ligne pour éviter l'accrochage dans les cailloux.

Après quelques chipotages de fond et de vains ferrages dans le vide, il importe de vérifier régulièrement qu'il reste une esche valable car certains happeurs subtils rusent d'ingéniosité pour sucer ou aspirer la chair et dénuder ainsi l'hameçon. La manière d'escher s'effectue en repassant l'hameçon 2 ou 3 fois dans l'appât dont la peau assure la meilleure tenue.

EPINEPHELUS est un poisson mythique, vénéré et de plus en plus protégé. Son nom plus commun , le mérou, symbolise aussi le prédateur des récifs et de grands fonds chassant surtout autour de son antre: un trou, une véritable caverne profonde avec ses multiples issues. On imagine toujours le mérou très massif, très important. En réalité, parmi les 15 espèces répertoriées dans cette région, certaines très colorées restent vraiment de taille modeste.
On relâche souvent ces joyaux de l'onde. C'est principalement dans le genre Epinephelus que l'on trouve les plus beaux spécimens comme le Jewfish. Dès le premier jour, dérivant au-dessus de tombants renommés pour leur densité d'espèces, nous avons rencontré le plus endémique de ces serranidés.
Pour les Malgaches, c'est le Tukula(Epinephelus rivulatus) qui, par sa morphologie et sa livrée, est vraiment l'hôte typique des barrières récifales à structure corallienne. Prédateur dominant, le robuste Tukula se plaît dans les eaux sombres. Il est capable de s'y sédentariser jusqu'à 150 mètres. Il développe un sens aigu de la territorialité se montrant très agressif à l'égard d'intrus rôdant autour de son habitat. Peut-être est-ce davantage pour cette raison plutôt que par boulimie que l'appât présenté par Felice est aussitôt happé, à peine parvenu à fond.
Comme chez tous les mérous, la bouche protractile constitue un puissant tube aspirateur. Aussi, la touche est-elle impressionnante par sa brutalité. Pour résister efficacement à la traction de la ligne meurtrière, la défense passive du mérou consiste à regagner le trou protecteur, où il se cale en gonflant ses ouïes et hérissant ses dorsales. Il s'y bloque obstinément.
Montrant les meilleurs réflexes pour l'en empêcher, le pêcheur réagit très vite à cette touche pesante qui semble vraiment un accrochage au fond. Il doit répondre par un ferrage immédiat bien franc, accompagné de quelques tours de manivelle pour compenser le fil pris lors de l'attaque. Pendant les arrêts de récupération, la canne est fermement tenue, très haute: elle tire et contraint le poisson à se redresser vers la surface. Ensuite, il suffit de pomper régulièrement, sur des temps courts et entrecoupés d'arrêts qui calment le poisson. Patiemment et sans brusquerie mais avec fermeté, Tukula est tiré.
Remontant difficilement vers la surface, par paliers, il échappe peu à peu à son domaine. Ce roi du camouflage apparaît enfin en tenue de baroudeur. Son corps jaunâtre s'agrémente de grosses taches d'un brun très sombre ou plus clair. Elles deviennent plus discrètes au niveau de la tête. L'ensemble permet à ce grand carnassier de réaliser un mimétisme parfait avec son environnement immédiat. Il y paraît intégré bien au décor de la roche. Ainsi, avec une telle parure il tient les meilleurs affûts sans être remarqué. Les proies passant à sa portée sont violemment absorbées par la bouche tubulaire, en particulier crabes et langoustes dont il est si friand. Un tel régime alimentaire explique la finesse de cette chair moelleuse. Les poissons juvéniles rôdant autour de son habitat ne sont pas dédaignés.
Aujourd'hui, c'est un gros morceau de bonite piqué grossièrement sur un hameçon 9/0 qui a fait succomber ce seigneur de l'ombre profonde. Cette capture de plus de 15 Kg est remarquable par la noblesse de l'espèce mais trop massive. Certes, elle manque d'élégance et, osant le paradoxe, je songe même... qu'il est beau dans sa laideur !
Sans changer de montage, de taille d'hameçon ou d'appât, nous trouverons d'autres variétés de mérous au cours de cette même séance de pêche. Au fil des vagabondages de cette dérive, seule la profondeur a varié. Fixant leur attention sur la ligne tendue, les pêcheurs ne se rendent pas toujours compte du mouvement permanent de dérive. Ils ne réalisent pas combien les fonds sont irréguliers et parfois, remontent brusquement. Ainsi perd-on des bas de ligne car le courant trop fort ne laisse pas le temps de réagir et entraîne l'appât dans la roche. Certains mérous sont vraiment petits comme Variola louti, très iridescent et si beau avec sa longue caudale très échancrée et affinée comme une voile. Pourtant, ils ont tous la voracité des plus grands puisqu'ils mordent à de si grosses bouchées. La couleur dominante du louti est un rouge vif nuancé de pourpre et de reflets bleus. C'est vraiment un magnifique poisson d'ornement que nous remettrons dans son grand aquarium marin, l'Océan Indien.
Au contraire, la capture de Philippe, un mérou rouge ponctué des coraux(Cephalopholis miniata) constitue une très belle pièce dépassant les 12 Kg. En Afrique du Sud et au Mozambique, cette espèce prend l'appellation de Coral trout(truite des coraux) tant la pureté de sa silhouette rappelle le beau salmonidé d'eau douce. Ce n'est vraiment qu'à la traîne que nous retrouverons une espèce familière de nos eaux méditerranéennes, le mérou de toutes les légendes du « monde du silence »: Epinephelus guaza. C'est la hauteur d'eau qui explique la logique de cette rencontre faite par Gilles lequel promenait un Rapala Shadrap 14. Une lente prospection au ras du plateau côtier par 6 à 8 M. de fond visite le territoire des mérous les plus littoraux qui vivent dans peu d'eau et n'hésitent pas, comme les badèches, à chasser bien au-delà de leur repaire.
Cette palangrotte est riche d'émotions. En un véritable kaleidoscope d'écailles d'or et d'argent, toutes sortes de poissons s'entassent sur le pont. Au fur et à mesure que le bateau progresse dans le courant, nous remontons des poissons d'espèces très variées. Certains sites ont leurs spécialités: coins à carpes rouges ou à « Kaakaps» ou aprions( Jobfish).
D'autres recèlent des populations plus mélangées de labres-capitaines très galonnés, lutjans aux couleurs vives, mérous et requins sombres etc. Cela crée d'ailleurs des situations exceptionnelles comme celle vécue par Raymond qui, remontant une magnifique « madame Tombay » , doit ruser pour que sa capture échappe aux mâchoires d'un requin pointes noires la poursuivant.
Les parures des poissons sont chaque fois un émerveillement pour le pêcheur. Artistiquement décoré, le lutjan maori rivalise de beauté avec ses cousins si rouges; le corps est finement décoré surtout au niveau de la tête très vermiculée. Ces magnifiques créatures aux nageoires jaunes d'or sont très combatives et pèsent de 5 à 10 Kg.
A un moment, affleurant la surface, un hôte insolite vient saluer les intrus que nous sommes en son domaine. Ce seigneur est un immense requin-baleine à la robe mouchetée. Très débonnaire, ce peu farouche mangeur de plancton évolue autour du bateau, s'y frotte doucement puis agite sa caudale , en guise d'adieu, avant de sonder à nouveau.
Ce premier retour de pêche avec de superbes images en mémoire et tant de nobles écailles d'or sur le pont, se fait sous bonne escorte triomphante d'une troupe de sympathiques dauphins aussi joueurs que rieurs. Alors, au pays de la vanille , l'enchantement sera vraiment permanent car, en ce paradis des pêcheurs, qualité de l'accueil et du cadre de vie, merveilleux poissons en quantité au bout des lignes et plaisirs d'une bonne table seront les meilleurs ingrédients quotidiens que nos hôtes mêleront discrètement dans la douceur de leur gentillesse naturelle.

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