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Ecailles
d'Or et d'Argent
de
l'Île de Beauté
Dans
les temps anciens, on vous aurait parlé de « KALLISTE », la « très
belle » comme l'appelaient donc les Grecs de jadis. Aujourd'hui,
c'est notre "Île de Beauté", qui surgit comme une vraie montagne
dans la mer, au coeur du Golfe de Gênes: oui, vraiment la Corse
semble enfantée par la mer la plus bleue, la Méditerranée d'où elle
émerge puissamment par son relief sans cesse offert à la caresse
du soleil. * En un fin mélange d'essences sauvages, où thym, cistes,
myrtes, lentisques se mêlent à d'autres fortes senteurs du maquis,
la montagne exhale ses parfums portés par la brise, vers la mer,
comme pour enrichir la sérénité de l'aube ajaccienne, enivrant ainsi
de bien-être ce patient « pêcheur de roche », lequel pratique sur
ligne très fine et sensible pour éprouver fidèlement les moindres
pitées subtiles d'un poisson si habilement chipoteur, et, parfois,
le faire s'exclamer: « j'ai senti....hé ! ça pite bien aujourd'hui
!... »
Ah
quel beau denti de Capo di Muro !
Ici
vers les Îles Sanguinaires ajacciennes et tout
au long des côtes de Corse, les pêcheurs du bord ou en bateau trouvent
de superbes poissons en des secteurs dont les paysages et l'environnement
marin suscitent aussitôt l'enchantement. On ne saurait dresser,
l'inventaire exhaustif des espèces rencontrées mais, déjà, dans
les eaux ajacciennes, il est commun de capturer les suivantes dont
les appellations vernaculaires en patois sont précises et bien méditerranéennes.
Ainsi, TREGLIA DI SCOGLIU désigne le véritable Rouget de roche(Mullus
surmuletus). RAGNOLA est le noble Bar franc(Dicentrarchus labrax)
SAN PETRU rappelle bien Saint-Pierre ou Dorée(Zeus faber). MUSTELLA
est la succulente Mostelle de roche(Phycis phycis).
PELAGURU
prouve que le Joel ou Athérine prêtre(Atherina boyeri) vit bien
ici, dans les eaux cristallines de Mare Nostrum. PESCIU SCARMU c'est
l'étrange Lézard(Synodus saurus) que certains redoutent alors qu'il
n'est pas la vive aux dards venimeux. Dans la famille des sparidés,
DENTICE apparaît comme le plus combatif, le plus rusé, c'est le
Denti ou Denté(Dentex dentex) que chacun, ici, traque patiemment.
D'autres carnassiers, PAGHIELLU ou Pageot(Pagellus erythrinus) ainsi
que PARAGU, le Pagre(Pagrus pagrus) se distinguent de LAURATA la
Daurade royale(Sparus aurata) assez éclectique en son alimentation.
MERMURA est le Morme ou Marbré(Lithognatus mormyrus) dit encore
rayé, commun sur les fonds de sable comme SARAGU, le Sar blanc de
Rondelet(Diplodus sargus), TANUTA, le Canthère gris(Spondyliosoma
cantharus)et MUZU Pinzutu ou Sar tambour. BUGA désigne la Bogue,
SARPA, la Saupe, UTTIATA, l'Oblade.
MAZZARDU
sert pour nommer une des six espèces de muges que l'on trouve ici,
à savoir le Mulet cabot(Mugil cephalus). CIRIOLA rappelle bien l'appellation
continentale de la Sériole ambrée(Seriola dumerili). LUCERNA
pour le Mérou si mythique(Epinephelus guaza) etc. Mais, en cet été
2000 , ce sont surtout les poissons de la soupe qui ont tiré sur nos
lignes car notre objectif était la palangrotte!
Cette technique facile rapporte aussi certaines espèces déjà citées
comme petits pageots, sars et vives, ou suivant « l'étage », des sévereaux,
saurels, SOLE Caninu(Trachurus trachurus) mais surtout, de petits
poissons inféodés à la roche et aux herbiers. Entre autres, BULAGIO
soit le Serran petite chèvre ou cabrilla(Serranus cabrilla). BARCHETTA
est plus précisément le Serran écriture ou Perche de mer(Serranus
scriba) ayant souvent, pour voisine, l'élégante RIIDINA, SIGNORA la
Girelle(Coris julis), le CIABATONE ou Crénilabre tanche(Crenilabrus
tinca) et d'autres labres comme la Grive, TORDULU(Labrus turdus),
le Merle, MERULA(Labrus merula). Parfois, la surprise est créée par
les captures répétées de belles Mendoles et de Picarels(Spicara smaris)
ZERRULA qui s'émaillent de bleu profond. Comme avec la Vive ARAGNA(Trachinus
draco) et PESCIU PRETI Curé, Uranoscope ou Boeuf(Uranoscopus scaber)
gare aux piqûres de SCORPINA(Scorpaena porcus) la Rascasse brune si
essentielle dans la bouillabaisse à l'instar de sa grande soeur CAPPONE,
la Rascasse rouge ou Chapon(Scorpaena scrofa)!...
Petits
poissons deviennent grands...avec
Clic!
 
Déjà,
avant de mouiller la ligne, il est donc utile de savoir que dans
ce décor sous-marin aux habitats si variés, les espèces se distribuent
assez différemment puisqu'elles se plaisent sur des sites d'élection
bien précis.
Ainsi, en étendant leurs prairies, les merveilleuses posidonies,
qui sont des herbes, colonisent, avec les algues, des fonds limités
à environ 30 m. Ce sont de vrais havres, où serrans, girelles, labres
divers et rascasses sont fortement sédentarisés. Néanmoins, on retrouve
ces mêmes espèces sur les platiers rocheux où elles se mêlent aux
sars, mendoles, mostelles et petits chapons très attirés par la
microfaune fixée. De ce fait, ces zones accidentées subissent les
fréquentes incursions de carnassiers comme dentis, pagres, créant
ainsi la surprise sur la ligne fine et parfois, la casse quand le
poisson fonce à son abri et s'embusque dans une faille.
Il arrive ainsi qu'un Corb(Sciaena umbra) GARDIA SECCA s'empare
de l'appât: il fuira vers son trou et en sera indélogeable, laissant
perplexe un pêcheur qui avait pourtant bien senti une vraie touche
et, en définitive, risque penser plutôt à un accrochage-grattage
dans la roche plate. Alors, savoir identifier la nature des fonds
et les localiser peut aider parfois à imaginer les poissons que
l'on va rencontrer avant les premiers froids,
qui les entraîneront vers des fonds plus importants de 60 m.
Là,
souvent, les captures sont nettement plus belles, surtout s'agissant
de pageots et grondins que l'on maintient fidèlement grâce à un
amorçage mesuré à base de crustacés... mais ça, c'est une autre
palangrotte, plus lourde. Dans le golfe d'Ajaccio, les bons coins
ne manquent pas. Certains pêcheurs s'arrêtent déjà à la balise du
port, pourtant, il nous semble que pour cette technique, l'endroit
est trop remué en raison de l'intense circulation si naturelle qui
s'y produit en permanence. C'est vraiment à partir de l'autre balise
rouge de « la tortue » et surtout, du secteur du Scudo, que cailloux
et platiers rocheux deviennent très intéressants. Incontestablement,
la zone devient meilleure encore au grand platier du Tabernacle,
vers les Iles Sanguinaires, et derrière celles-ci, côté large, pourvu
que la mer soit calme. A l'opposé, jalonnée par Porticcio, Isolella,
Isola Plana et la Castagna, la côte offre d'excellentes zones de
mouillage dont les fonds paradisiaques recèlent de plus gros poissons
valorisés par les eaux cristallines. Porte du golfe, Capo di Muro
aux flots très blancs reste sublime mais nécessairement plus agité
comme tout cap ou pointe rocheuse.
Après
ce tour du golfe d'Ajaccio, où l'on peut pratiquer tant de
techniques, revenons à la pêche facile, très
typiquement méditerranéenne et pratiquée grâce
à un plomb vraiment original à savoir, la palangrotte
méditerranéenne.
La ligne de pêche est vraiment simple et si elle se termine dans
l'eau, par un sacré plomb pyramidal, son élaboration théorique commence
plutôt par ce lest essentiel dont le concepteur était déjà, à l'époque,
un pêcheur malin doublé d'un designer. Certains exprimeront que
n'importe quel plomb obéirait à la loi physique ½ de GT2 pour rejoindre
promptement le fond et y sommeiller jusqu'au premier ferrage. Mais
voilà, c'est que pour aider à ce fameux ferrage sur des touches
aussi délicates que celles des petits poissons de la soupe, mieux
vaut avoir un plomb qui n'a pas que de l'élégance mais aussi, une
sorte de « fluidité » hydrodynamique pour remonter agilement vers
la surface dès la moindre sollicitation.
Certes, c'est un plomb léger que celui des petites pêches mais,
néanmoins, il gagne à avoir ce profil traditionnel lequel a, d'ailleurs,
si peu évolué tant il était déjà satisfaisant initialement. Ce que
nous apprécions dans les plombs de palangrotte contemporains, c'est
l'émerillon inclus dans la tête et qui limite les effets de vrillage
des agiles chipoteurs de fond, d'autant que l'on monte parfois jusqu'à
3 empiles sur cette ligne fine.
En
effet, pratiquer en finesse est une autre qualité de cette pêche.
Certains adoptent des corps de ligne assez résistants de 28 à 30/100
voire bien plus encore. Probablement songent-ils à de plus gros
poissons que le minuscule appât pourrait tout de même tenter. Il
reste que, à moins d'être sur un site prodigieux, cette éventualité
est plutôt l'exception. En ce cas, il est d'ailleurs plus ennuyeux
d'employer un diamètre si fort car en cas d'accrochage à la roche,
tout se complique. Cela peut être fréquent en pratiquant la dérive,
au-dessus de ce garde-manger du littoral immédiat si proche des
grèves. Cette technique passionnante où l'on va à la rencontre d'une
plus grande diversité de poissons mais aussi... de fonds avec des
reliefs variables, petites fosses alternant avec« clochers » des
dents de scie qui exigent donc plus de vigilance. Pourvu que le
corps de ligne soit en 20/100, on peut déjà épuiser de beaux poissons
même avec, en bas de ligne, un fil plus fin de 18/100. Deux ou trois
empiles courtes s'étagent sur ce bas de ligne avec, parfois, l'option
traînard plus long juste au-dessus du plomb en songeant aux espèces
vraiment benthiques, genre rouget, trigle-grondin, rason qui s'ensable
ou uranoscope etc. L'esche ne doit pas être importante. On ne préconise
pas de laisser pendre exagérément le ver ou la lanière de seiche.
Pour ces poissons des tronçons d'appât suffisent. Pôle d'attraction
pour toutes sortes de poissons et bien abritée par la côte, la zone
immédiate des 15 à 30 mètres est moins assujettie aux effets locaux:
vents forts et courants littoraux y sont plutôt atténués. Les fonds
sont très variés: fonds de sable ou vase, fonds d'algues ou d'herbes
comme les posidonies et surtout fonds de roche avec socles, gros
cailloux et éboulis. Les captures seront alors, elles aussi, très
diverses.
Avant
tout, se concevant comme une pêche de tact, la palangrotte n'exige
pas grand talent mais plutôt de bons réflexes car les poissons,
que l'on recherche, vivent en multitudes bien rassemblées regroupant
des espèces aussi insatiables que variées. En cela, cette technique
tourne souvent à la pêche de vitesse imposée par le rythme soutenu
de ce fretin superbe et si vorace se disputant un appât. Au-dessus
d'un faible fond, la vitesse de descente importe peu et point besoin,
redisons-le, d'un plomb très pesant. Commencer alors avec un plomb
très léger, de 12 à 20 grammes, semble bien un choix convenable.
Avec un lest trop lourd, la touche se perçoit moins bien et ainsi,
on manque sûrement de nombreux poissons d'autant que, par temps
calme, les courants n'influencent pas trop sa dérive. De façon très
concurrentielle, les poissons attaquent les appâts, en happant fortement
dès que le plomb se rapproche du fond. Au passage, les plus futés
sucent l'esche mal assujettie, pour la tirer, et dégagent ainsi
l'hameçon; aussi, n'est-il pas conseillé de laisser pendre l'appât.
Il serait lacéré par les dents minuscules et déchiqueté peu à peu.
Bien vains alors, les ferrages favoriseraient plutôt l'action de
ces dénudeurs d'hameçon. Parfois, c'est même au cours de la descente
de la ligne qu'ils s'emparent totalement du bout de calmar trop
tendre. Pour cela nous apprécions de congeler nos appâts.
Pour la palangrotte, la tradition évoque aussitôt soit la ligne
à main tenue, bien tendue, entre pouce et index, soit l'utilisation
d'une petite canne monobrin très sensible de 1 mètre. Il est probable
que le rudimentaire cannillon des anciens, si nécessaire pour déceler
la moindre pitée d'attaque des petites bouches pointues a dû inspirer
des fabricants et les inciter à construire des cannes dites à buscle.
Une telle canne doit être relativement longue: vraiment, pas plus
de 2 mètres. Caractéristiquement, le scion, aussi fin que souple,
est généreusement équipé de nombreux petits anneaux, tout justement
pour mieux éprouver la moindre touche de cette pêche en finesse,
comme le happement subtil d'un sar malin. Parfois, le dernier anneau
mériterait d'être d'un diamètre légèrement plus grand. Déjà, en
promenant un plomb très léger au ras du fond, cette canne à buscle
« salue » un peu, comme pour accueillir le poisson qui fonce à la
ligne! La ligne est bien tendue. Lors de la touche, le buscle affecte
élégamment une courbure plus marquée. Grâce à ce scion si flexible,
la forme régulière d'un cercle s'ébauche aisément. Une astucieuse
coloration rouge ou jaune fluo de cette extrémité permet généralement,
de mieux visualiser l'extraordinaire action de pointe très active,
excitée répétitivement par les pitées subtiles ou nerveuses du poisson
tentant de chiper l'appât ou bien de se libérer. Aussi bien tactilement
que visuellement, le buscle constitue donc un indicateur de touche
très efficace pour de belles senties qui ne laisse pas de répit
au palangrottier ....ou de chances, au poisson.
Nous
employons toutes sortes d'appâts suivant la "fortune"
du moment. Etonnant mais vrai, parfois, des escargots terrestres
sont prélevés sur les hautes hampes du fenouil sauvage où ils s'agglutinent
en grappes. Le petit gastéropode est extrait de sa coquille que
l'on écrase, puis piqué dans la partie la plus dure de son
corps. Talitre, pou de mer dit « baboué » ou cloporte de mer vivant
dans les herbiers fanées(posidonies) est une gourmandise pour tous
les sparidés.
Fleurette et baluette de poisson(maquereau, chinchard, alose) sont
des émincés de filets dont on ne prend que de minuscules lambeaux
avec peau. Petits calmars, poulpes ou seiches sont débités en petits
tronçons comme tous les gros vers marins, patelles, moules, crevettes.
Les piades sont extraites de leur coquille(bernard l'ermite) ainsi
que les bigorneaux plus durs. Du gras de jambon...corse!.. qui tient
bien à l'hameçon est très apprécié. Si les appâts viennent à manquer,
les viscères d'un serran ou autre poissonnet fraîchement pêché constituent
aussi d'excellentes esches pour ces poissons peu difficiles en somme,
et dont le régime alimentaire est sûrement plus complet encore.
C'est pour une meilleure connaissance du milieu marin où il navigue
et où il pratique mais aussi, et avant tout..... pour sa sécurité,
que l'amateur possédant un bateau, si petit soit-il, doit avoir,
à bord, la carte marine de cette zone. Tout y est révélé, dont les
secteurs de pêche par la seule étude de la nature minérale
des fonds . Cependant privilégions ici la sécurité avant la pêche,
notre passion.
La « lecture » attentive de ce remarquable document révèle ce qui
nous intéresse dont les dangers en mer et aussi, la qualité des
fonds.De même, règles de veille et de barre priment sur tout.
Par ailleurs, tous les bons coins pour les pêches d'amateur se découvrent
déjà, avant d'embarquer. Ainsi, au lieu des zones de sable et graviers,
on découvrira reliefs encombrés, dalles et socs rocheux,
typiques postes des carnassiers où s'embusquent les superbes
dentis si communs en Corse.
Là, on ne parle plus de palangrotte ni de ligne fine mais
plutôt de traîne, ligne solide, appât vivant ou
leurre pour capturer ce sparidé à la livrée
magnifique, qui se montre très combatif comme sa cousine,
la daurade royale, laquelle n'affiche pas frontalement la même
dentition mais cache plus intérieurement ses larges molaires.
Pour cela, cette Belle aux sourcils d'or est aussi nommée
"gueule pavée" tandis que notre chasseur de pleine
eau devient le denti "crocs de chien" à cause de
ses fortes canines.
Quel poisson mythique et combatif !
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