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En palangrotte,
on pêche aussi des poissons de peintre aux Antilles

De toute la puissance de ses 200 CV, le Boston Whaler 27 pieds quitte aisément l'anse paradisiaque de Deshaies, son mouillage, pour une barrière récifale qui s'étire longuement au large de Ste Rose. Cette construction naturelle délimite une zone originale de la Mer Caraïbe: Grand-Cul-de-Sac avec ses bancs, secs, cayes et îlets qui attestent ainsi de la grande diversité prolifique de ces riches fonds coralliens. D'ailleurs, un des objectifs de cette escapade en mer est un mini Eden: l'Ilet Caret, une perle du lagon aux eaux turquoise où il est agréable de bivouaquer à l'ombre d'un carbet.
Ici, une belle architecture corallienne crée d'utiles habitats à poissons. Pour pêcher à soutenir dans les meilleures conditions, l'idéal reste de se positionner au-dessus de fonds propices à la concentration des poissons. Dans ces eaux, dont la température de surface reste en permanence supérieure à 20°, les formations coralliennes prospèrent et s'érigent en véritables édifices d'une beauté incomparable. Ces citadelles de la vie sous-marine, que l'on doit surtout aux madrépores, abritent une faune et une flore uniques. Hormis les accidents naturels du relief sous-marin classique( fosses, plateau rocheux, dalles, anfractuosités, trous, blocs caillouteux, éboulis, formes récifales etc.), il existe en Guadeloupe d'autres pôles de rassemblement du monde des écailles. Ce sont les étonnants DCP: parlons-en. « Toute corde plongée dans l'eau de mer subit une poussée de vie spontanée!....qui en fait un univers nouveau pour la riche faune des ondes!.. » Préoccupé de biologie et de pêche plutôt que de physique, ainsi eût pu s'exprimer peut-être un autre Archimède ayant troqué la baignoire de ses méditations pour celle si vaste de l'immensité marine. Redevenons sérieux pour rappeler que piégeant toutes sortes d'animaux marins, par nécessité de survie, c'est un naufragé qui poussa cet EUREKA, tandis qu'il nettoyait ses filets encombrés d'algues. Il observa que des multitudes d'êtres larvaires et microscopiques, en quête d'un support vital, s'y accrochaient. Une véritable colonisation des cordages par cette faune fixée. C'était déjà une découverte, celle des moulières-bouchots, un grand principe d'aquaculture. Des perfectionnements techniques en ont permis l'extension à la réalisation de DCP, sigle qui ne signifie pas De Curieux Pièges... mais Dispositif de Concentration de Poissons. La pyramide alimentaire des animaux marins s'élabore ou gravite autour de cet artifice immergé. Alors, c'est là que, pratiquant la grande traîne sportive, nous tournerions pour exciter et provoquer les marlins en maraude ou qu'il est bon aujourd'hui de prendre un mouillage pour pêcher plus efficacement en palangrotte.

La Nature dessine de superbes poissons comme cette Carangue à plumes.

Avec la palangrotte légère, nous retrouvons nos montages typiques de cette technique, sûrement la plus simple, la plus élémentaire qui soit. Du fil, un faible lest, un hameçon suffisent pour présenter un appât à quelques mètres du bord et dans peu d'eau. Ici, en Guadeloupe, il est courant de voir des pêcheurs de tous âges pêcher assis ou debout, à rôder, depuis embarcadères ou pontons. Vers le soir, à la fraîche, de respectables Mamies s'y avèrent des passionnées très patientes fort habiles à ferrer. L'appât-roi est un poissonnet comme la « pisquette »(famille des anchois), l'athérine, la petite sardine, la bogue ou le muleton que l'on promène sur place, lentement, pour attirer tous les carnassiers, dont les bonites, qui hantent la zone côtière, dès que le jour décline. D'un mouvement souple du bras, la ligne issue d'un petit plioir est expédiée le plus loin possible puis, on la laisse couler avant de l'animer par des tirées et relâchers successifs. Nécessairement, en pleine mer, du fait de la profondeur et pour échapper au grappillage parasite du fretin, la plombée s'alourdit considérablement s'adaptant ainsi à la nouvelle situation, si différente des pêches portuaires. La ligne de pêche se conçoit ainsi: un solide corps de ligne en 50 ou 60/100 reçoit un émerillon principal sur lequel s'aboute le bas de ligne en 30/100 et long de 1 mètre environ. En raison du nombre de poissons, qui colonisent ces lieux, il est de règle de monter 3 avançons de 25 à 30 Cm, voire plus, que l'on fixe directement sur le bas de ligne par un simple noeud d'empile. Il ne serait certes pas déconseillé de se servir d'émerillons simples bloqués entre 2 perles ou même de pater-noster, afin de combattre le vrillage, mais on n'a pas ce genre de préoccupations ici. Pour des lignes dites « fines », celles dont on se sert pour pêcher près de la barrière récifale, on commence avec des hameçons N° 2 ou 3. Tenu par un émerillon-agrafe, un plomb de 100 à 200 grammes(suivant force du courant et profondeur) est monté en terminal, sur un fil plus ténu, un cassant en 28/100, afin de sauvegarder l'essentiel de la ligne en cas d'accrochage sur le fond. Parfois un long traînard bas est monté juste au-dessus du plomb sur émerillon simple. Il est destiné à des poissons qui se tiennent près du fond. Des casses sont parfois inévitables quand un pagre fonce sur le récif...pour couper le fil. D'autres lignes à main sont montées avec des nylons et des hameçons plus forts: elles seront animées au-dessus de fonds plus importants, plus au large, à l'écart de la « caye », cette barre qui isole le lagon de la haute mer. Lovée sur un large plioir en bois, la ligne à main de grosse palangrotte est déroulée à la demande, rapidement grâce au plomb qui l'entraîne et, aussitôt que le pêcheur a perçu le « toc » de contact avec le fond, elle est remontée de moins d'une brasse.

Elle devient alors plus sensible permettant ainsi au tact du pêcheur de s'exercer plus fiablement dès le moindre chipotage du poisson. Cette technique de la pêche à soutenir est très traditionnelle et populaire aux Antilles. De superbes et longs canots aux couleurs bigarrées s'ancrent dans les petits ports naturels des anses y apportant une autre note d'exotisme. Pour une première rencontre du jour avec les poissons, Valère a placé le Boston au mouillage à peine au-delà de la barrière récifale, histoire de voir « comment ça touche ce matin ». Exceptionnellement, les conditions météo ne sont vraiment pas favorables. En effet, le passage furtif de l'ouragan Marco au large de la Guadeloupe, et en direction de la Jamaïque, nous vaut tout de même une houle du Nord fort désagréable et bien entretenue par le vent. Aujourd'hui, animer la ligne à palangrotte sera chose aisée car les mouvements amples de cette houle aguicheront naturellement la ligne de mouvements d'ascenseur assez réguliers, faisant ainsi monter et descendre les appâts suivant une dandinette souple qui taquine mais exerce la sensibilité tactile des pêcheurs. Les alizés soufflent obstinément et renforcent le phénomène. Les lignes fines sont déroulées pour être appâtées. Le marin Maxime s'applique à tailler des gueulins bien réguliers à partir d'une petite bonite. Ainsi, offre-t-on déjà de belles bouchées sur des hameçons plus conséquents que ceux utilisés en Métropole pour de semblables pêches. Par cette technique de la ligne à main tenue entre pouce et index et tendue par le lest, on recherche déjà d'assez gros poissons de 200 G à 3 Kg ou plus. Valère rappelle que la grande diversité des espèces inféodées à ces fonds peut réserver de belles surprises.

Soudain, se mêlant aux autres poissons de récifs, arrivent les Perroquets à grosses écailles. Bien vite, les lignes immergées se tendent et c'est l'enchantement.Dès que le poisson joue avec l'appât, on oublie la houle et, quand il est hissé à bord, c'est un plaisir des yeux vraiment fabuleux de découvrir ces joyaux vivants des Caraïbes, ce paradis marin qui, avec le Golfe du Mexique, devient « la Méditerranée américaine ». Souvent, c'est par doublés que les rutilants perroquets aux tons pastel gigotent sur le pont. Ce sont des poissons de peintre pour lesquels la nature a mêlé les plus riches tonalités sur la palette de l'harmonie. Le pêcheur globe-trotter hésite souvent à garder sa capture multicolore tandis que, face aux réalités quotidiennes, l'autochtone ne peut sacrifier son gagne-pain à l'esthétique pure. Aussi, on finit par ne plus s'extasier après que soient montés les premiers poissons aux couleurs vives: ici, ils seront toujours plus beaux les uns que les autres.

Les moindres pitées sont aussitôt perçues. Elles aiguisent les réflexes du pêcheur qui ferre sèchement. Ancestral, le geste du palangrottier est aussi très beau, plein d'élégance et de vivacité pour tirer amplement et à grandes brassées cette ligne à main qui n'en finit pas de sortir de l'eau et jonche doucement le pont. Afin d'éviter d'inutiles emmêlages, le pêcheur ne doit pas bouger les pieds. Quand on connaît bien le territoire où l'on pêche, on peut se laisser porter par le courant ou le vent, en dérive très lente, pour une pêche à soutenir plus mobile. C'est alors une vraie pêche de rencontres avec tous ses aléas, bons ou mauvais. Il faut savoir bouger avec le poisson, et, comme lui, exploiter le courant porteur. Cela évite aussi la prise d'un mouillage qui ne cible pas toujours le bon coin. Pourtant, les bouées des engins dormants comme les casiers des langoustiers restent de bons repères pour jeter l'ancre à l'écart. Le cardinal flamboyant est la première espèce touchée. Très grégaires, ces poissons montent par trois comme les vives aussi belles que délicieuses. Ici, elles ne sont pas venimeuses et nous paraissent alors mal nommées. D'ailleurs, bon nombre d'appellations locales défient la systématique: elles ont été apportées par les premiers colons et font référence à l'aspect global qui évoque... plutôt qu'à la morphologie observée par le détail. Ainsi prendrons-nous des « tanches » ou des « vieilles » qui sont plutôt des serranidés. Souvent, ces poissons perdent vite leurs belles couleurs. Les lutjans des Antilles constituent ce que l'on appelle le poisson « rouge ». Ils sont un groupe aussi important que varié; on les appelle encore sardes. Ces poissons peuvent atteindre les 10 Kg. L'espèce la plus commune est le vivaneau « Vermeille » très présent sur l'étal du poissonnier. D'autres espèces plus modestes sont finement ponctuées. Nous en prendrons plusieurs que nous conserverons dans la glace avec les merveilleux perroquets dont la chair s'altère vite. Originaux déjà par leur vrai bec fait de dents soudées( d'où l'appellation perroquet), ils le sont aussi par la pigmentation si riche qui leur fait une parure éclatante digne d'un oiseau des îles. Ces transsexuels les plus beaux sont des mâles. Royal, bleu, princesse, rayé, feu, à queue jaune etc. la gamme de ces « chats » est particulièrement riche. Avec les petits mérous, la « pièce » de cette sortie au petit large sera la carangue à plumes prise par Maxime. C'est l'African pompano. Elle joue les méduses par ses étonnants rayons mous des nageoires dorsale et anale qui se spécialisent en longs filaments ténus et souples: ils semblent un vrai sillage derrière le poisson.

En Guadeloupe , l'aventure-pêche se termine souvent par un bivouac inoubliable dont l'ami Valère Moulin connaît le secret et les meilleurs ingrédients: retour à l'îlet Caret, ce petit paradis, puis ti-punch et, sur un air de Zouk, barbecue de poissons...frais,(que nos épouses ont gentiment écaillés surun immense dallage, l'autel de la mer et des pêcheurs )....tout cela, à la guadeloupéenne,
sous les cocotiers.

 

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