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MARLIN... ENCHANTEUR de " Papillon "


Enfin Pointe-à-Pitre dont nous survolons encore les îlets !

C'est un régal pour les yeux: le spectacle de la scène marine en camaïeu de turquoise est d'une rare beauté. Cette merveilleuse Guadeloupe mérita d'être nommée "l'île aux belles eaux...Karukera". Aujourd'hui se produit l'évènement halieutique majeur de l'année. C'est un Tournoi International du Guadeloupe Marlin Club qui explique ma présence ici.

C'est sa spécificité très originale de tournoi « Spécial lignes fines »qui reste attractive. Et là, on fait autant appel à la sportivité ou l'éthique que la philosophie actuelle de la pêche encourage. Ainsi, notre art s'élève vers plus de noblesse, donnant davantage sa « chance » au poisson, autant que pour mieux participer à la protection de la ressource par des difficultés techniques de faiblesse des lignes imposées aux pêcheurs en face de si grands poissons à combattre avec plus de talent. Je goûte déjà les saveurs exotiques de cette aventure dans l'univers des marlins bleus et des autres beaux poissons à rostre.

Jeanloup , tu es le meilleur ! et tes copains, aussi !
Bravo à tous et au bateau.!

Il n'est pas exagéré d'exprimer que le marlin fait partie du folklore de « l'Ile Papillon » tant ce poisson hante aussi bien les eaux cristallines de la Caraïbe que l'esprit de ses pêcheurs partant en mer pour le rechercher. Il enchante celui qui le capture pour la première fois, le laissant pantois et admiratif. Les qualificatifs élogieux ne manquent pas alors pour louer cette merveille de la nature qui invente esthétiquement tous les plus beaux bleus quand survient le stress extrême qui précède et annonce sa mort: grand poisson, puissant, massif, endurant, magnifique, élégant, véloce, joueur, taquin, sauteur, rusé, à rostre etc.
Avant de songer à le capturer, on accepte de se mesurer à lui, d'en subir les assauts brutaux et parfois incontrôlables, ses plongées profondes quand il sonde ou ses fuites capricieuses vers l'horizon de la liberté, en un combat loyal, suivant l'éthique du vrai pêcheur. Pour tout cela, le marlin bleu( Blue marlin) se trouve répertorié dans le genre Makaira, qui le nomme fort justement, puisqu'il désignerait donc une sorte de...chevalier des mers, au rostre osseux évoquant un glaive.
« Blue marlin » des Anglo-saxons se montre effectivement très habile au cours de ses chasses. Dès qu'il a localisé le banc de poissons-fourrage, il pratique d'abord une subtile stratégie de l'encerclement, très typique aussi chez le marlin voilier ou « sailfish » plus grégaire, puis, rostre hors de l'eau, fonce sur la masse vivante en frappant de droite et de gauche pour assommer et tuer ses proies avant de les ingérer. Le spectacle du rostre, qui fend l'onde, et des balaous demi-becs, qui jaillissent en gerbes d'argent puis s'épuisent, en tous sens, en de multiples et longs rebonds anarchiques de surface, crée une animation soudaine de la mer. La Caraïbe semble alors bouillonner de colère. Ces courses-poursuites ne sont pas permanentes et lorsqu'on met les lignes en pêche, il faut s'attendre à tout.
Les attaques sur les leurres peuvent se produire assez rapidement comme il est possible que l'attente se prolonge durablement. Généralement, le brassage puissant des hélices et les remous écumeux qu'elles génèrent excitent la curiosité de ces étonnants poissons. Ils viennent aux nouvelles tant ils sont curieux et alors, d'autres vibrations, celles du remue-ménage créé par les leurres en goguette les intéressent prioritairement. Ils participent très dynamiquement à ce qui leur semble une chasse réelle


Le Guadeloupe Marlin Club s'associant à la Commune de Bouillante et aux Professionnels du Tourisme a pris l'initiative d'organiser cette manifestation du 9 au 12 novembre. Base de départ, le ponton de Malendure à Bouillante est vite devenu un havre pour toute une flotille modifiant soudain le décor de la plage de sable noir. Avec la précision des marins, la zone de pêche est parfaitement délimitée: c'est la côte sous le vent par 16° 10 Nord et 061° Ouest. On compte 18 équipages, qui ont bien compris le message de Winston Turney, le président du club, lequel a bien souligné la sportivité mais aussi l'aspect amical du tournoi dont les règles ont été rappelées au cours du briefing. C'est de pêche en light tackle(lignes fines) dont il s'agit. En l'occurrence, il importe d'en donner la raison essentielle et de préciser que cette option a été retenue en tenant compte du fait qu' à ce moment de l'année, ce sont surtout de jeunes marlins qui entrent en lice.
Guidés par un sens de l'éthique la plus élémentaire, les pêcheurs comprennent la nécessité de mieux laisser sa chance au poisson.

Ce premier tournoi « SPECIAL LIGNES FINES » s'annonce moins facile pour les concurrents qui ne travailleront donc le poisson que sur des lignes de 20 ou 30 lb. En plus des immuables règles IGFA, le règlement a fixé le départ en pêche pour 7 h et la mise à l'eau des lignes à 7 h 30. La technique unique reste la traîne et si la vitesse la plus basse est autorisée, il convient(même s'il n'est pas prévu de commissaire à bord) que ce soit avec manette de marche avant enclenchée, pour distinguer ce comportement de la pêche dite « à l'arrêt », laquelle est interdite.
En principe, l'activité-pêche doit cesser à 16 h et, au signal-radio, chaque pêcheur inscrit s'affaire aussitôt à la levée de sa ligne. Toutefois, une dérogation bien logique s'impose dans le cas où un combat aurait été annoncé avant cette limite. En telle situation, le temps nécessaire pour achever le combat est accordé... sauf le 2 ème jour où ne seront pris en compte que les poissons présentés à la pesée avant 18 h. La dernière règle du jeu concerne les 9 espèces pouvant être pêchées et un barême à la fois logique et précis permet de les comptabiliser en toute équité. Il va de soi que le marlin bleu reste la star et que même les autres petits marlins ou le bel espadon n'auront cote égale à cette « argus » de la mer. Ainsi s'établissent, pour chaque espèce, les poids minimum qui seront retenus:
Marlin bleu 100 lb Yellow Fin 35 lb Marlin blanc 45 lb Thon 20 lb Sailfish 45 lb Coryphène 20 lb Spearfish 35 lb Thazard 20 lb Xiphias 50 lb



5 h. du matin. Tous les coqs de Basse-Terre ont déjà réveillé les humains mais, aujourd'hui, les pêcheurs n'en ont cure car ils sont déjà « sur le pont » depuis longtemps. Un peu de restauration devrait assurer un bon départ pour ces 8 ou 9 heures de course passées à la rencontre du bleu, d'autant qu'une forte houle est annoncée.
7 h: Bimini start, c'est le départ en pêche. En grands brassages d'hélices, les premiers bateaux « dépotent » mais notre superbe « BY DESIGN » patiente. Pourtant, ses innombrables chevaux-vapeur piaffent gentiment, car, avec grande courtoisie de marin, Michel Gaillard attend un capitaine retardataire, dont le bateau est amarré au sien, par tribord! Les autres foncent vers le large, traçant ainsi un large éventail d'écume, qui laisse déjà imaginer l'implantation de plusieurs DCP différents.
Il s'agit là de ces dispositifs de concentration de poissons, de véritables habitats artificiels fort efficaces mis en place par les pros pour sédentariser les espèces locales. Nous aurons tôt fait de rattraper ces gens si pressés. En route, chacun s'active. Jeanlou refait le « diamant » de la pointe d'un vénérable 14/0. Son coup de lime est sûr, incident à souhait. Il faut que ça pique bien car le marlin trop joueur ou escrimeur, suivant le moment, tape sur le leurre, le fait sauter puis rebondir follement et alors,
s'en empare plus ou moins bien.
Parfois, à peine piqué à l'origine si dure du rostre, il ne permettra qu'un combat éphémère et à issue fatale de décrochage car il ne peut en être autrement tant ce rostre osseux a si peu vocation d'être ferré.

Ainsi, dès le départ, nous aurons 3 ratés sûrement imputables au fait que le poisson a plutôt « joué » avec le leurre sans chercher vraiment à le happer. Plusieurs autres concurrents ont connu ces mêmes déceptions avec ces jeunes poissons. De ce fait, on comprend aisément pourquoi Jeanlou et Lionel peaufinent le travail à la lime douce! Alors, à chaque alerte donnée par les stridulations aiguës du moulinet, c'est le branle-bas de combat car chacun s'active à rentrer promptement sa ligne pour ne pas gêner l'heureux ...appelé.
Du coup, quatre lignes sont neutralisées et si la cinquième perd son poisson, on repart à zéro. C'est la remise en pêche laborieuse de la grande toile d'araignée: 2 lignes à tribord et autant à babord( dont les tangonnées), puis une centrale, le tout étant complété par de courtes lignes non armées mais à teasers taquins parfois équipés de miroirs scintillants, ou bien des daisy-chains. Ces « birds » en bois, de couleurs vives, aux ailes inclinées, qui sont associés sur ligne unique, gambillent nerveusement dans l'écume à près de 8 noeuds. On utilise aussi une suite de gros squids(calmars) ondulant à la queue-leu-leu.
Ces précieux agitateurs restent toujours en retrait de la plus courte ligne.
Qu'un poisson soit aperçu depuis le flying-bridge et aussitôt ils seront retirés du circuit, pour ne pas gêner. Tenant compte de l'état de la mer, du sens du flot, des types de leurres utilisés, les lignes sont implantées entre 20 et 60 m. Succédant à la mise en pêche stratégique des lignes à des distances différentes, des réglages minutieux du bon positionnement des leurres demandent assez de ce précieux temps que l'on veut gérer le mieux possible, en concours.

Au second décrochage, Jeanlou, Lionel, Miko et Olivier s'y affairent très techniquement. Quelle équipe!
A l'étage, le patron, Michel, skippe inlassablement, cernant au mieux les DCP hantés par les marlins. La nage du leurre doit sembler naturelle et, en traîne virageuse, cela n'est pas toujours réussi. En effet, il ne doit pas rebondir anarchiquement, comme cela peut arriver au cours d'un virage, mais savoir marsouiner sous la surface pour ressurgir doucement puis repiquer sous l'eau. Lionel surveille attentivement tout cela. Parfois, il descend précipitamment du « perchoir » et tire sur la ligne pour discipliner le chahuteur ou même, ramène l'ensemble.
Pourtant, la traîne virageuse reste la meilleure traîne, certainement la plus productive. Ne semblent ni bonite, ni balaou mais d'étranges céphalopodes armés d'hameçons 14/0, que ces Zucker's, Sadu, Kona Heads, Williamson, Boone etc. ces gros leurres qui sont des « têtes-pieds » biseautées, plus ou moins courtes portant d'énormes yeux mobiles, fort attractifs, de longues jupes souples et ondulantes à brins multiples.
A ces instants de la pêche, l'indécision s'avère parfois tenace quant au choix des coloris car un vrai fétichisme s'exerce insidieusement dans l'esprit des pêcheurs. Qu'est-ce qui excitera plus le marlin aujourd'hui par cette intense luminosité dans ces vagues courtes qui claquent en se heurtant puis meurent en écume?..Jaune fluo, vert, rouge ou plus sombre en des tonalités vineuses?

Peu avant 15 h. la touche presque ...finale se produit. Quittant la barre et les manettes, Michel Gaillard se précipite sur la canne comme en a décidé le rituel tirage au sort.
On l'équipe d'un baudrier et le combat s'engage. Le marlin prend vite du fil et c'est le jeu. Ses élans de fuite brutaux et non mesurés affectent son endurance car Michel profite de la moindre pause pour assurer sa maîtrise de la situation. Le fil s'engrange, la lutte dure et le poisson semble à fond. Que se passe-t-il? Retors, il a sondé puis changé de cap, passant ainsi sous le réseau complexe du DCP. La ligne est sous l'énorme bout en nylon large section. Malgré les efforts méritoires du pêcheur, sa résistance au combat et ses stratagèmes, le poisson n'arrive toujours pas tandis que ses embrouilles nous ramènent vers le piège où le bateau serait en danger. Des théories diverses s'élaborent et fusent. Coordination harmonieuse des avis, des informations et des manoeuvres entre pêcheur et second skipper devraient venir à bout de cette difficulté imprévisible.
Ayant assez remonté le lourd cordage, le « patron » prend la meilleure option. Il décide d'échapper au traquenard en halant le marlin plutôt vers tribord, ce qui doit faire sortir le poisson.

Bien raisonné et habilement réalisé, ça marche! De là-haut, Lionel et moi-même, voyons soudain émerger le long fuseau d'azur. Alors, pour Michel, l'épreuve se termine vite. L'emploi d'une « chaussette » sur bas de ligne simplifie plus l'ouvrage et le beau bleu monte vite à bord tandis que les bravos complimentent le pêcheur méritant de cette première capture.
Bientôt, le marlin gisant sur le pont bleuit étonnamment.

Spectaculairement, il se pare d'un bleu intense. C'est un outremer profond que l'on ne trouvera jamais sur la palette du peintre car, de seconde en seconde, cette tonalité change et s'enrichit, devenant toujours plus intense jusqu'au dernier souffle de vie qui, soudain, le ternit trop vite, pour en faire un triste linceul sombre.
Puis, dans l'oeil, peu à peu, la dernière étincelle de vie s'estompe doucement et disparaît.

 

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