Partagez des souvenirs d'un pêcheur globe-trotter....
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Un EDEN pour la Pêche au Gros

La traîne rapide permet la capture d'un superbe poisson mythique au rostre puissant et effilé, le grand marlin bleu lequel, à son tour, joue avec d'énormes leurres souples à têtes si aguichantes qu'on les nomme aussi "sorcières" puisqu'elles lui jouent des tours... pendables quand il....s'y accroche ! Pour réussir, le pêcheur vérifie souvent son montage et sa ligne en détail sans oublier le frein.

A l'ombre des épaves flottantes ou des sargasses ....

....se tapissent souvent des groupes de l'espèce dite grande Coryphène commune soit Coryphaena hippurus pour les scientifiques. Ces carnassiers à nageoire dorsale démesurée, très haute, s'avèrent d'excellents nageurs de la pleine eau. Ils traquent et pourchassent les surprenants exocets aptes à voler au ras des flots sur plus de 100 mètres mais aussi les balaous surfers( ballyhoo aux Bahamas et en Floride, Mahi Mahi aux Antilles) queue jaune ou bleue, cousins des orphies à long bec rigide. Ces derniers se nourrissant eux-mêmes dans les premières couches des eaux superficielles.
Tant qu'elle est encore vivante, la coryphène est splendide. Croyez-moi, il y a de la couleur sur le pont du bateau: c'est très beau à voir ! En effet, cette dorade se pare d'une robe enrichie d'or et ponctuée d'un éclatant bleu métallique, vraiment très vif.
Oui, on peut vraiment parler de parure pour cette superbe coryphène au corps assez comprimé dont les flancs sont "illuminés" (on voudrait presque dire : enluminés ! )par un éclatant jaune d'or s'estompant au niveau du dos qui cède au bleu-vert.
Une étrange réaction imputable au stress se produit lors de la capture car soudain cette pigmentation déjà bien vive se renforce à l'excès. Bientôt, inversement, on note la disparition progressive puis totale des plus fines tonalités.
Enfin, le corps devient vite sombre et plutôt terne.

Drôle cette dorade (écrivons-nous ici plutôt que daurade réservée à la Royale aurata! ) la Dolphinfish des Anglo-Saxons !!! Souvenons-nous, la coryphène a été le poisson accompagnateur d'un célèbre naufragé volontaire lequel a vanté toutes les vertus de cette « dorade », comme on la nomme donc aux Antilles.
Pourtant, incontestablement, l'allure générale est bien différente de celle des sparidés et, hormis la finesse extrême de la chair, on ne trouverait aucun point commun entre ces espèces.
Grâce à la longue nageoire dorsale d'un bleu-vert très foncé, le corps aux très fines écailles bien lisses, qui est à peine comprimé montre une certaine élégance, devenant plus élancé et s'affinant vers la nageoire caudale très fortement échancrée et fourchue. Comme une voile placée en retrait de la tête, la dorsale apparaît vraiment haute avant de déployer souplement environ 50 rayons de plus en plus petits.

L'hydrodynamisme est amélioré par certains perfectionnements comme les cavités des nageoires anale et pelviennes où elles s'effacent discrètement dans un évidement abdominal au cours de la nage. Le ventre est blanc nacré très irisé. Chez le mâle, l'aspect massif et brutal se trouve nettement accentué par une forte gibbosité frontale, les yeux implantés très bas et la bouche très fendue latéralement. Celle-ci porte de petites dents en carde disposées sur la langue. Ainsi dessiné, ce grand poisson apparaît comme un nageur infatigable et rapide, bien profilé pour la chasse-poursuite. Les plus grands spécimens peuvent atteindre 50 Kg pour 2 mètres; généralement, ce sont des mâles. Très erratique, la coryphène est capable par ailleurs, de longues migrations. Poissons de moins d'un an(2 à 3 kg), les juvéniles « Clic clic » semblent se rapprocher beaucoup plus du littoral côtier où l'on trouve déjà en bonne densité des sujets immatures.

En mourant ,ces coryphènes( 2 femelles et le mâle) ont perdu la belle parure et pris le linceul grisâtre. En bas de la photo, un balaou émerge.

Aussi grégaires que carnassiers, les coryphaenidés sont des poissons pélagiques de surface; leurs cibles principales sont les clupéidés, (anchois, sardines etc.). Là sont les avatars du poisson-fourrage d'être ainsi pistés partout par Mahi Mahi. En effet, en Guadeloupe, ces chasseurs très véloces se déplacent aussi en haute mer à la recherche des bancs d'exocets, les poissons volants. Plus près des côtes, ils traquent les balaous « demi-bec » assez semblables aux orphies....à un bec près!

Exocet! Pour certains, ce mot évoque aussitôt un engin de guerre de conception française et....vraiment efficace, si on se réfère à une bataille navale dite des Malouines!..
Pour nous pêcheurs, aucune pensée belliciste de ce style; nous nous doutons bien que c'est le puissant missile qui est l'imposteur: symboliquement, il emprunte son appellation au poisson volant sûrement pour ses capacités à filer sous la peau de l'eau ou en surface grâce à un profil très hydrodynamique digne d'une torpille.
En effet, original et doué, l'exocet sait gicler soudainement de l'onde
pour « prendre l'air ».... et les airs, en planant au-dessus des flots comme un projectile catapulté par des « orgues de Neptune ». Qu'il soit vif...ou parfaitement simulé par un leurre, marlins, espadons et thons s'intéressent beaucoup à l'exocet, mais la coryphène en reste le prédateur typique. Les migrations littorales des exocets sont elles-mêmes liées aux fréquents passages d'anchois, de sardines. Cela rassemble du monde
et les « daurades » participent à la procession.

Alors, ce n'est pas, comme on dit aux Antilles, un « lit » de coryphènes, qui entre en jeu mais une horde bien organisée où, en permanence, la ruse participe à l'action prédatrice. Stratégiquement, les coryphènes regroupées progressent à grands battements redoublés de caudale. La meute pourchasse le banc d'exocets tout en le cernant davantage. Le cercle se retrécit de plus en plus et, à un moment, les exocets sont contraints de gicler en gerbe au-dessus de la surface.

Les nageoires-ailes se déploient pour exploiter un autre fluide: l'air. Grâce à ces pectorales-ailes si spécialisées, ils sont capables de planer sur environ 150 mètres pendant une dizaine de secondes, avec des records de 42 secondes par quelques rebonds habiles et mesurés sur l'eau pour godiller plus longtemps sur la nageoire caudale! A ce propos, il m'est arrivé un jour d'en attraper ainsi, en slalomant avec mon Zodiac, le pare-brise jouant au final le parfait "rabatteur" en ce qui fut
plus de la ...chasse que de la vraie pêche !

Dans cette épreuve, le poisson pousse sa vitesse au maximum, 50 km/h, voire plus, pour préparer son émersion brutale tout en prenant un peu d'angle avec la surface qu'il crève bientôt. La solide colonne vertébrale de l'exocet aboutit précisément au lobe inférieur de cette nageoire caudale. Originalement, ce lobe très développé rend ainsi la nageoire hétérocerque. Une vraie godille qui joue alors un rôle essentiel dans l'envol de ce champion de la fuite.
Vraiment, « la peur donne des ailes!... »
Ce vol de fuite, qui n'est pas un vol battu mais simplement un vol plané, s'accomplit sous escorte vigilante car les coryphènes nagent dans la première couche d'eau, la "peau de l'eau", en s'apprêtant à happer les fuyards épuisés, au terme de cette envolée bien éphémère. Parfois, aussitôt après s'être posés, les exocets se remettront vite à godiller de la caudale, dans une ultime tentative désespérée, pour un autre élan d'envol.

Pour cela, une chasse de coryphènes, qui se déclare au passage d'un banc d'exocets, reste déjà un fantastique spectacle car les acteurs montrent des aptitudes étonnantes. Il ne s'agit pas que de fuites ou de poursuites effrénées mais aussi, au ras du flot, d'incessantse jaillissements s'achevant par des vols hors de l'eau très prolongés.
Grand spectacle, oui et tout en couleurs sous la caresse du soleil !

Les balaous font l'objet de semblables traques mais sont des proies plus faciles car les bancs restent très accessibles par leur fuite plus limitée sous l'eau.

Déjà originale par son aptitude à jouer le poisson-pilote, la coryphène montre encore d'étranges comportements qui ont d'ailleurs été observés depuis la plus haute antiquité où les marins prétendaient qu'elle annonçait le mauvais temps. En particulier, on a encore observé que ce poisson se plaît sous des épaves flottantes, surtout les bois, caissettes ou troncs d'arbres qui produisent un cône d'ombre propice dont il apprécie le confort protecteur et la complicité.
Par ailleurs, ces bois deviennent très vite un mini habitat marin colonisé par une microfaune variée. Cela amorce progressivement une chaîne alimentaire qui intéresse le petit poisson.

En Guadeloupe, plus efficacement qu'au moyen d'astucieux radeaux à coryphènes ou de « parasols » sous-marins si typiques de certaines régions, on sait concentrer et semi-domestiquer le poisson-fourrage et ses prédateurs par les DCP(Dispositifs de concentration de poissons)immergés entre fond et surface. Les grosses coryphènes s'intéressent aussi spontanément à ces très grosses bouchées sur montages forts, point démesurées pour elles. Là ont lieu de vrais congrès d'écailles!

Ces fameux postes d'affût deviennent vite pour le pêcheur de bons coins, des sites privilégiés pour y pratiquer la traîne rapide. En effet, toutes sortes de poissons s'y tiennent aux aguets. Pour cela, on y recherche aussi bien le grand marlin bleu que la coryphène d'or.

De ce fait, les lignes doivent-elles être fortes (double ligne, noeud bimini etc.) pour faire face éventuellement à du gros poisson qu'on espérait certes, sans l'attendre vraiment. Au large de Malendure-Bouillante, dans le secteur des DCP, mon ami Franck monte donc plusieurs lignes de traîne; en général, 5 lignes tangonnées à bâbord, tribord et une centrale. Il emploie à la fois des leurres et des appâts morts; parfois, il pratique aussi l'hybridation pour certains montages sophistiqués. Très nerveuse, cette excitée qu'est la coryphène réagit bien sur des leurres bien dynamiques. Ainsi, elle montre un penchant pour d'excellents jets siffleurs, qualité CG, fort attractifs par leurs ondes. En effet, notre ami a développé un type de leurre très actif associant des ingrédients qui rendent un leurre particulièrement vivant et attractif, à savoir tête siffleuse inox, double jupe octopus à coloris opposés(rouge-noir, bleu-jaune) et longue couenne bifide, ponctuée, genre « Uncle Josh » très ondulante. D'autre part, une agrafe spéciale vraiment adéquate assure aussi bien le parfait aboutage souple que le meilleur positionnement de l'hameçon. Tout cela permet de générer une nage impeccable et vive du leurre.

En Guadeloupe, on aime bien les coryphènes, surtout aux Saintes, mais on préfère tellement les marlins. Les lignes employées, qui sont très résistantes, marquent bien ce choix. En dépit de ce manque de finesse, les grosses coryphènes s'intéressent elles aussi spontanément à ces très grosses bouchées sur montages forts, point démesurées pour elles: large bouche et voracité sont en parfaite harmonie avec les gros leurres à marlin du type Sadu, Konahead etc. les grosses coryphènes s'intéressent elles aussi spontanément à ces très grosses bouchées sur montages forts, point démesurées pour elles.

La défense de ce poisson est remarquable. Son corps comprimé et la caudale fourchue lui permettent d'opposer une résistance digne d'un grand poisson de sport. De fréquents sauts hors de l'eau, pour mieux plonger puis sonder profondément, agrémentent le combat avec cette endiablée.

Certes, il est plus aisé de se procurer des balaous que des exocets. En un coup de senne de plage, les petits pêcheurs professionnels de la « Côte- sous-le vent » font le coup du matin et ce sont presque des vifs que mon ami Franck leur achète pour pêcher. Il réalise un montage très caraïbe à partir de surprenants leurres à marlin dont les jupes sont « fendues » car les épaisses touffes de longs filaments alternent avec celles de plus courts.

C'est la "sorcière bien-aimée" ...des coryphènes. Vu de profil, ce leurre mixte montre alors un vide qui laissera entrevoir l'appât( le balaou) placé à l'intérieur, sous la jupe. Tout l'art consiste à armer correctement le balaou avec un hameçon 12/0 longue tige, entré au niveau des ouïes et sorti par l'anus. Ce montage demande soin et dextérité: main gauche assurant la progression difficile du poisson, dont la colonne s'assouplit par force, et, main droite guidant celle inverse de l'hameçon nécessitent une parfaite synchronisation de 2 gestes si complémentaires pour aboutir à un montage propre. Une ligature autour du bec à l'aide d'un fil de cuivre fin(un brin prélevé dans du fil électrique) assure la mise dans l'axe de la ligne tandis qu'un morceau du rostre est ensuite brisé. Ce qu'il en reste s'emboîte à fond dans l'évidement du leurre réservé au passage du monofilament, en tirant sur la ligne, tout en aidant le balaou pour cette insertion du rostre dans le canal du leurre. Parfaitement arrimé, l'appât se trouve par ailleurs, bien centré.


La sorcière aimée autant des marlins que des coryphènes est prête à en découdre avec un premier candidat. Ce leurre-appât s'avère magique. Porteur d'effluves puissants de poisson bleu, il a aussi la dynamique requise pour évoquer la vie: les mouvements aériens des filaments de la jupe associés aux ondulations de la caudale fourchue du demi-bec....c'est la silhouette d'un beau poisson qui fuit!
Evitant tout emmêlage, les tangons écartent parfaitement les lignes pêchantes. Alors, il est facile d'inclure dans cette traîne d'autres leurres non-armés, les teasers-birds. Ce sont des amuseurs taquins dont les facéties dues aux mouvements bizarres, clopin-clopant, de leurs comportements très vifs de droite-gauche et aux éclats de leurs miroirs réflectorisants intriguent, agacent et excitent les coryphènes toujours agressives pour ce qui batifole tranquillement en surface....leur territoire !

Si on les monte en série, ces leurres-flappeurs nommés "birds" à cause de leurs ailes, créent un train de leurres ou "daisy-chain" qui est efficace par son agitation. C'est exploiter là fort logiquement l'atavisme de ce poisson-chasseur qui traque préférablement des proies bondissantes( notion de fuite d'un banc de poissons).

Dès que le poisson se manifeste, ces appelants sont ramenés à grande vitesse et il ne subsiste alors que les « jets » siffleurs et sorcières voire des poissons-nageurs Rapala 22 Cm bien armés. C'est surtout aux heures de forte luminosité que la daurade-dauphin chasse activement se livrant à une véritable frénésie dont l'intensité n'a d'égale que celle des souvenirs qu'elle laisse aux pêcheurs et que je viens de revivre intensément par cette évocation nostalgique.

 



 

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