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KHEPRI... pour un Scarabée Royal

A l’aube naissante, l’ascension de la dune de sable ocre rosé s’avère lente et pénible car il me semble que je marche dans un talc vraiment impalpable, offrande unique des Dieux égyptiens en ce désert interminable pour en embellir le paysage, en amont de la première cataracte, le site envoûtant de Philae.
L’effort est vite récompensé :
soudain, sur cette pente exclusivement minérale, j’observe une petite forme de vie trahie par sa laborieuse et intelligente progression qui sculpte le sable(traçabilité naturelle !).

En m’approchant davantage,
je reconnais le scarabée mythique des premières religions,
aussi étrange par son comportement que par la fascination
qu’il a exercée sur les populations égyptiennes,
depuis les temps les plus reculés.

A mon tour, j’accorde donc toute mon attention à l’activité du petit coléoptère si travailleur que je connais surtout sous l’appellation assez péjorative de bousier.
En effet, très étrangement, cet insecte exploite intensément les excréments de certaines espèces herbivores. Il possède l’art de les mettre en boules plutôt parfaites pouvant alors rouler aisément et même, montre assez de courage pour vaincre une pente grâce à son obstination instinctive laquelle mérite tant notre admiration.
Tout le jour, il travaille pour charrier son précieux chargement et, enfin, l’enterrer afin de le consommer suivant ses besoins.
C’est un vrai coprophage.

« Rien ne se perd, rien ne se crée ! »

Lui savait déjà tout cela en voyant le jour. Mais l'étrangeté de cette bestiole ne s'arrête pas là: ce lamellicorne pourra aussi y pondre ses oeufs ! S’y reproduire même.

Alors, en me remémorant certains rêves un peu fous motivés par mes lectures des légendes antiques,
instantanément, je rentre et voyage dans un lointain passé.
Et soudain,
en écoutant l'homme de religion, m'essaye à penser comme l’aurait fait un Egyptien des temps anciens, bien avant Jésus-Christ, afin de comprendre le mythe du scarabée sacré.

Je « vénère » le symbolique scarabée sacré! _clame le prêtre.

...d’un noir luisant tel le jais, en Haute Egypte, cet étrange coléoptère, qui s’habille d’un brillant vert métallique en Nubie,
cette cétoine, c’est bien lui Kheper ou Khepri:
« Celui qui naît à l’existence » sortant de la boule qui protège l’œuf et la larve vivante.
Un Dieu Créateur, au temps de Pharaon.
Ce scarabée, pétrissant la boule qui donne ainsi la vie, évoque aussitôt Khnoum, Dieu....bélier!

En effet, cet autre Dieu Créateur
modelait l’oeuf primordial sur son tour,
afin qu’une vie en sorte.
Pour cela, le nom de ce porte-bonheur, cette amulette que, spontanément, on vous offre gentiment sur la terre des Pyramides signifie, sachez-le:
« devenir, exister, se transformer, naître ».

Par le disque qu’il porte, il symbolise donc Le Dieu Créateur, le Soleil qui, sans cesse, renaît à l’existence.
Le grand scribe Anana, sans lien de parenté avec l’espèce aussi exotique que végétal, explique pourquoi le simple scarabée était ainsi vénéré :
« en faisant rouler ces petites boules d’excréments où il dépose ses oeufs, il se montre en parfaite harmonie avec le Créateur qui,
lui, fait rouler le monde et produire la vie. »
Khepri s’affirme ainsi en vrai symbole, comme s’il poussait devant lui,
le disque du Soleil .

Dans notre langue française,
la bizarrerie de l’orthographe qui parfois déjoue la règle élémentaire, s’observe encore ici par l’écriture au féminin du mot
scarabée,
lequel appartient pourtant au genre masculin.
Cette anomalie dans l’écriture sied bien à l’ étrangeté de ce stercoraire, en son mode de reproduction.
Elle donne déjà un indice, si maigre soit-il, sur l’espèce en sa spéficité et, voulant tout expliquer par le mystique,
le mot égyptien se veut plus précis sur celui qu’il désigne .
Alors, à cette fin, il devient traduisible.
Ainsi, KHEPRI résume parfaitement un cycle de vie complet
par cette suite
« devenir, exister, se transformer, naître ».

C'est un éternel recommencement comme celui du disque solaire,
en sa course, et qui reste le vrai modèle pour les fragiles humains
aux destins si éphémères.
Longtemps après l’ère pharaonique, ceux-ci s’émerveillent toujours, de cette patience ingénieuse du tout petit insecte détritivore,
un fossoyeur si écologique !

« J’ai accompli mes scarabées » déclarait le scribe
pour exprimer qu’il avait franchi allègrement toutes les étapes de sa vie, en sachant, chaque fois, en déjouer les obstacles.

C’est probablement ce que l’on devrait se dire à la fin de chaque journée vécue afin de souhaiter revivre le lendemain cette même satisfaction.
Mais, les jours se ressemblent-ils ?…. Non, assurément !
Seul le fait de vivre encore et de sentir son être animé par l’indispensable souffle de la vie devrait ranimer notre énergie chancelante pour que comme Rê et le scarabée crabeus,
l’immortel et le mortel,
nous continuions sereinement notre parcours, jusqu’au mot ultime
…. fin.

Ainsi, toi l’humain,
seras-tu " khepri pour " un épicurien agissant suivant son indolente devise fort sereine
« Carpe diem ! »
Tout cela explique aussi un autre beau mystère mythologique de cette merveilleuse Egypte Antique.
On comprend mieux pourquoi, fidèles à leurs croyances, les prêtres momificateurs remplaçaient parfois, comme en prime,
le coeur
du défunt monarque par un Scarabée d’Or:
c'était afin qu’il reprenne aussitôt vie dans
l’au-delà.

 

 

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