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Mais
qu'est-il arrivé ? Un hydravion dans la forêt ?????
Non rassurez-vous: le grand oiseau marin a bien retrouvé son
élément liquide, les eaux calmes du Lac Croche que masquent
de grands sapins. Comme un énorme palmipède, il s'est
posé là pour une mission digne d'intérêt
comme on le verra plus tard. Et aussitôt, cela donne ici l'occasion
d'évoquer une légende qui rappelle certaines valeurs
humaines.
On rapporte qu'une vieille croyance indienne incitait à respecter
et vénérer le saumon royal. En effet, ce poisson noble
était, semble-t-il considéré comme un être
immortel, venu pourtant afin de faire l’offrande de sa chair.
Alors, pour assurer sa réincarnation, on n'en prélevait
que les filets, laissant intactes la tête, l’ossature
et la large nageoire caudale qui étaient religieusement rejetées
dans le flot, avec respect suivant le rite.
Pour
l'heure, intéressons-nous aux moeurs d'un autre salmonidé,
lui aussi, un superbe poisson d'eau douce, à savoir l'omble
de fontaine. Dans les eaux cristallines et pures d’un paisible lac
québecois, sur fonds bien meubles, ces ombles de fontaine, sont très
affairés quand vient la période du frai. Aux femelles revient la grande
préoccupation qui consiste à choisir les meilleures gravières, y déterminer
un mini territoire de ponte, dont la protection-défense incombera
aux mâles, puis de le fouir doucement, le modeler sur mesure par de
bien élégantes et laborieuses ondulations du corps. Ainsi sera patiemment
creusé un véritable « nid », à l’abri du courant, disons une « omblière
», où les oeufs pondus seront ensuite poussés délicatement, vers le
moindre espace libre du substrat, puis précautionneusement insinués
dans un alvéole-abri. Génie vrai d’un merveilleux instinct si dévoué
à la survie de l’espèce et qui étonne admirativement l’intelligence
de l’homme, en lui posant toujours de nouvelles interrogations sur
tant de parfaits mystères du règne animal.
Au Québec, protection et reproduction de tous les salmonidés
restent des préoccupations permanentes et ce jour d'octobre
99, nous avons eu l'immense plaisir de participer à un "évènement":
le rempoissonnement d'un lac. Que l'on ne s'y trompe pas, il s'agissait
bien de "faire de... l'omble ! "
Nos
amis vont pratiquer une originale mais très utile délocalisation
entre lacs. Aussi, en ce début d’octobre, alors que l’été indien prépare
ses grandes festivités, une certaine effervescence règne aujourd’hui
sur le ponton d’accueil du grand lac « Croche ». Il ne s’agit pas
de pêcheurs, qui s’activent avant le coup de ligne, puisque la pêche
est fermée. Seuls les coquets chalets aux couleurs vives et aux volets
clos rappellent pourtant que ce site paradisiaque abrite un agréable
campement de pêche.
Plus prosaïquement, on y procède à la préparation méticuleuse d’une
grande opération de réempoissonnement de plusieurs petits lacs voisins.
Les spécimens, objets de tant de soins, sont des truitelles de 6 à
10 cm, des ombles de fontaine juvéniles dites, ici, « truites mouchetées
». Indigènes de ce lac, elles y constituent une belle population,
une « souche » précieuse à bien préserver. En gestionnaire
avisé, Jean-Yves Tessier oeuvrait donc pour le compte de la Chambre
de Commerce de St Raymond de Portneuf, proche de Québec: un véritable
univers de 130 lacs, bien à la mesure de ce grand pays. Ce jour-là,
otre ami était assisté de gens dévoués tels Mario Bellemare,
Pierre l'Espérance et Gaétan Couture qui ne manquent ni de cette bonne
humeur typiquement québécoise, ni de la compétence patiente qu’exigent
de semblables opérations. En somme, une fameuse équipe.
De telles tâches demeurent des moments enrichissants pour ces hommes.
Leur action montre un réel amour de l’environnement, de l’écologie
pure et vraie. Aujourd'hui, ils procèdent à la noble tâche d'aider
la nature par une gestion raisonnée et intelligente des merveilleuses
ressources qu'elle offre aux humains et aussi une manière lucide d’en
assurer la protection.
D'une part, il s'agit de réguler la population sans cesse croissante,
exagérément prolifique et par suite, trop dense de ce lac, tant le
parfait équilibre de son écosystème en favorise la reproduction. A
tel point que la nourriture risque de faire défaut, et bientôt l’inverse
pourrait alors se produire et aboutir à un processus de dégénérescence
avec développement du nanisme etc.
D’autre part, il importe de réimplanter aussitôt ces jeunes vies ailleurs
puisqu'un réel appauvrissement des populations résidentes y est de
plus en plus observé. « Sortez de l’omble! » a donc été la consigne
donnée aux hommes chargés du prélèvement à l’aide de filets spéciaux,
non blessants, permettant de prélever de manière très sélective les
sujets juvéniles qui sont "réservés" dans des bacs de bon volume où
le choix à l’épuisette s'affine encore plus aisément pour ne retenir,
en définitive, que des truitelles de même calibre.
Ces
spécialistes se livrent avec passion à une véritable
cueillette de vies en capturant doucement les « omblettes » dans le
bac, d’un maniement lent de l’épuisette puis plus vif. Vraiment, les
cueillir avec grande délicatesse, pour limiter leur stress. Ainsi,
de petits lots de 5 ou 6 ombles déjà bien colorés sont déversés précautionneusement
dans de longs et solides sacs translucides en plastique remplis, comme
il se doit, de l'eau du lac fournisseur avec toutes les conditions
biologiques requises.
Dans chaque sac, 50 individus se retrouvent ainsi confinés momentanément
dans un espace restreint où la compensation sera fournie par une dose
mesurée d'oxygène injectée à partir d'une bouteille équipée d'un manomètre.
Une méthode parfaite préside à la manipulation. Les précieux sacs
se gonflent, deviennent des cylindres presque parfaits, que l'on scelle
impeccablement pour prévenir la moindre fuite d’eau ou d’air car la
vie y continue et aucune négligence n’est permise. L’enjeu apparaît
de grande importance.
Par ce transfert, on vise à obtenir, d'ici 2 002, des poissons d'environ
500 g et pouvant atteindre 45 à 52 cm suivant la relative profusion
de nourriture du lac où ils auront été sédentarisés et la faculté
d’adaptation de chaque individu. Par ailleurs, après s'être reproduits,
ils auront déjà assuré l'implantation de ce beau salmonidé et pourront
faire l'objet d'une pêche réglementée. Cette gestion de la ressource,
qui met tout en oeuvre pour préserver cet immense patrimoine naturel,
est tout à fait rassurante. Le temps de cette merveilleuse journée,
ce dépaysement vécu dans une nature vierge nous fait oublier les désastres
causés sur nos côtes par d’autres actions de l’homme, que, par respect
pour nos lecteurs, nous nommerons bien poliment...maladresses!

Maintenant, le temps presse car les truitelles, qui nous regardent
à la « vitre » de leur véhicule spatial semblent bien inquiètes. Elles
ne rencontrent plus le courant nourricier qui porte la nourriture,
elles se sentent confinées, pressées les une contre les autres comme
leur instinct les y incite, dès qu’il y a danger. Nos amis doivent
accélérer le mouvement car il reste tant à faire. Trois destinations
sont prévues.
 
Pour ces déplacements, « l'avion de brousse » (ainsi qualifie-t- on
ici l’hydravion) s'avère l'auxiliaire précieux et pratique pour convoyer
son vivant chargement dans les meilleures conditions vers les lacs
d'Aleyrac, Mergey et de la Prouesse. Les longs sacs translucides,
où la vie grouille, sont chargés puis stockés par lots distincts.

Nous
embarquons et, pour la première fois, nous allons vivre une autre
aventure liée à la pêche, mais tellement différente autant qu’exaltante.
En douceur, 'hydravion décolle sur les eaux calmes et, à l'instant,
il semble que les innombrables conifères du lac, qui défilent de plus
en plus vite, semblent lui faire la plus belle haie d’honneur.
Piloté avec art par l'ami Charles, ce grand papillon semble alors
très maniable, sachant tout faire sur des plans d’eau parfois plus
restreints que d’autres ou aux contours moins commodes. Oui, vraiment,
nous avons un pilote hors pair. Puis, c’est l’émerveillement par le
survol d’un lac, d’une forêt, d’un autre lac et puis le nôtre: le
lieu de livraison avec son ponton que l’hydravion rejoint adroitement
après un amerrissage en douceur. Nous sommes attendus et après de
solides poignées de mains, commence le transbordement des sacs tandis
que, d’un geste libérateur et généreux, M. Couture libère sur place
un premier lot de « délocalisées ».
Les derniers sacs, qui vont servir à empoissonner d’autres lacs sont
ensuite déchargés à leur tour. Chaque homme doit gravir une belle
pente pour rejoindre M. Tessier, lequel les réceptionne, pour les
disposer confortablement à l’arrière d’un puissant 4x4 qui permettra
de poursuivre l’acheminement des précieux ombles vers les autres étapes
du grand circuit.
Quelle foi dans la tâche et quel dévouement! Ainsi, 500 sujets bien
vifs seront "délocalisés" dans les meilleures conditions, avec tout
le soin que nos amis québecois, très protecteurs de leur environnement,
savent montrer pour réussir cette merveilleuse aventure. Ces gros
alevins serviront à repeupler d'autres lacs de cette immense réserve
des Laurentides, dans l'ancien secteur du célèbre Triton Fishing Game
devenu Secteur Croche McCormick, autant pour préserver une espèce
noble originaire du « Grand Pays » que pour donner aux pêcheurs les
meilleures opportunités d’exercer talentueusement leur art dans des
cadres naturels plutôt...uniques.
 
Truite,
omble et saumon: que d’espèces différentes sont réunies sous ces noms
prestigieux de la même grande famille des salmonidés! Alors, distinguer
l'une de l'autre interpelle le néophyte. En effet, le classement
n’est pas toujours facile et, comme pour les poissons de mer, où des
appellations vernaculaires très fantaisistes sèment le trouble dans
les esprits, il n’est pas toujours aisé de s’y retrouver même si d’éminents
spécialistes de la systématique, comme Linné, se sont appliqués à
y mettre de l’ordre.
Ainsi est né le genre Salvelinus pour accueillir les ombles auxquels
les saumons faisaient...de l’ombre! Pourtant certains diront Saumon
de fontaine tandis que, pour ce même Salvelinus fontinalis, on préfère,
au Québec, parler d’Omble de fontaine (Brook trout) qui reste une
« forme » d’omble arctique, l’Eqaluk des Inuit.
Pour leur part, les pêcheurs ne s’épuisent pas dans la recherche de
ce genre de vérité(si réponse précise à cela, il y a...) mais garde
plutôt toute leur énergie pour taquiner sportivement ces superbes
poissons à la mouche.
Bloc-notes
du pêcheur globe-trotter:
SECTEUR CROCHE McCORMICK 100-4 Boulevard St Georges St Raymond. QUÉBEC.
CANADA 63 L 3 Y 1
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