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Grandes Marées, Grandes Manoeuvres !

A propos du flux, la marée montante,
on vous a parlé d'une cavalcade de cheval au galop: oui et, ça c'est au Mont St Michel ! Voilà une bonne mesure de référence pour évaluer la vélocité du flot quand, avec force,
la mer veut reconquérir la terre !
Faute à la lune qui joue avec les eaux salées pour en faire une...attraction !

Mais le bassier, lui, ce coureur de grèves, ne saurait être dans la lune quand il s'aventure assez loin de la plage, là-bas vers les derniers cailloux presqu'inviolés tant ils sont rarement accessibles.
Apparemment, il lui semble que, sur ce platier oublié du flot,
il ne court aucun danger. En effet, les vagues, furieuses peut-être d'avoir perdu du terrain, n'exercent leur colère qu'à la limite du haut socle rocheux, où elles brisent. Cette barrière n'est point de corail mais ornée d'une tapisserie vivante
faite de la faune fixée qui attire le pêcheur à pied.
Suivant la géographie locale, cette frontière minérale n'est pas sans danger même si certaines configurations du relief assez trompeuses laisseraient croire que
l'homme peut s'y abriter.

Les écluses, un piège à poissons non loin d'autres pièges de la mer pour...humains.

Je commence par un cas extrême, point pour affoler mais, peut-être....éveiller car
il est bon d'en savoir davantage si on n'a jamais pratiqué ce "sport" !

Pour cela, je m'en explique en fonction de ce que j'ai vécu en telle situation au Maroc, sur les rochers des belles plages
d'un littoral assez long s'étendant entre Oualidia et Agadir.
Souvent, sans attendre une vraie grande marée qui agrandit tellement plus le champ "d'investigations", nous atteignions la première ligne battue par les vagues,
un espace inviolé presqu'inviolé,
sinon par les museaux pointus des sars chapardeurs.
Là, nous trouvions la possibilité de descendre nous en abriter, dans une belle crevasse plutôt cylindrique, de la hauteur d'un homme, convenablement large pour s'y mouvoir avec une relative aisance car.....
ce " tuyau " était tapissé de délicieuses moules dépassant souvent les 10 cm, vivant en parfaite symbiose avec étonnants "pieds-de-biche" pouce-pied et les anatifes,
murex, pourpres, anémones "tomates" etc.
Tout cela s'épanouissant plus ou moins sous un épais couvert végétal de fucus vésiculeux ou d'autres algues délicates, plus chevelues et rouges.
On s'y glissait prudemment mais, bien sûr, en véritable inconscience !....
En effet, il fallait d'abord laisser se briser 3 ou 4 grosses vagues en lames,
qui s'abattaient brutalement en fortes trombes d'eau,
arrosant le platier à plus de 5 m en arrière, puis profiter aussitôt
d'un très bref répit succédant à l'assaut furieux,
cette " respiration" du flot, pour descendre dans l'excavation
sans se taillader sur les nombreux couteaux de la mer, soit
les coquilles hérissées et tranchantes de mille moules bien plantées.
Suroît et pantalon s'imposaient mais nulle protection pour tête, mains et pieds qui pouvaient bien " déguster " !
Vraie folie cette entreprise de passionnés un peu innocents !
En effet, une plus forte trombe qui submergeait le pêcheur mal abrité pouvait le surprendre.

Alors, assommé par une telle masse d’eau, il serait aussitôt projeté
contre la paroi coupante du roc que la tête heurterait dangereusement.
Quelles blessures, quels malaises s'ensuivraient ?....
Du coup, on peut aussi bien imaginer en autre situation, un bassier piochant trop à l’écart des autres, lesquels tant affairés à l'ouvrage, ne l'ont même pas remarqué, et les conséquences en cas d'immobilisation accidentelle pour une quelconque raison( glissade etc.) puisque nul n’a pu lui porter secours.
J’ai entendu parler d'un semblable drame ayant coûté la vie à un excellent pêcheur à Imssouane au Maroc qui, ayant été ainsi malmené par une mauvaise lame, périt noyé au moment du reflux car il avait de graves fractures aux jambes, ne pouvait plus se mouvoir et, hélas...il était seul en cet endroit, une dalle de premier rang.
L'évocation de ce drame de l'océan peut-il servir d'exemple ici ?
A ceux qui prétendent donc qu’il ne faut pas affoler le bon peuple, je réponds qu’effectivement « prévention » ne se sent point en harmonie avec
une passive ou indolente « mentalité d’autruche » qui se contente de
" je sais, je sais..."!

Mea culpa ! A mon tour, depuis, j’ai souvent réfléchi à certains de mes
stupides défis aux dangers en mer, mes imprudences,
et rétrospectivement,
je me dis que si j’ai eu une immense chance, sur les flots, pour autant,
je ne dois pas taire ces utiles recommandations que j’aurais aimé recevoir
avec plus de fermeté et surtout, dû les accepter en y accordant davantage d'intérêt .

Oui, même à la pêche à pied, ne jamais être trop isolé.

Le scénario commence donc par une mauvaise glissade fatale, une jambe brisée, difficulté de locomotion, la mer monte, aucune aide = catastrophe.

Soyons donc raisonnables pour mieux... garder les pieds sur terre !

D’abord, connaître l’heure des marées puis les coefficients pour
évaluer flux et reflux....et repli stratégique vers la grève !

Et, à propos de la marée, souvenons-nous que c'est l'enflure progressive de la masse liquide qui génère la marée haute ou inversement.
Pour notre secteur hexagonal: marées semi-diurnes soit, 2 pleines et 2 basses mers pour, en réalité, un jour " lunaire" comptant 24 h 50 mn. Une durée vraie qui explique le décalage régulier, chaque jour nouveau, d'une marée de 25 mn soit, assez variablement, en fonction d'autres éléments, de 1 h d'un jour à l'autre.

A son tour, la différence entre la hauteur de pleine et basse mer,
soit, le marnage, varie en fonction des jours et de certains moments exceptionnels
comme les syzygies.
Ce mot barbare désigne une situation un peu plus exceptionnelle
où les forces d'attraction du soleil et de la lune s'ajoutent, simplement du fait que
ceux-ci sont positionnés en alignement par rapport à la terre.
Ainsi, par nouvelle lune, celle...qu'on ne voit pas ou par pleine lune bien ronde,
se produisent ces marées de vives-eaux signalées
par des coefficients avoisinant 100 et pour celles d'équinoxe, le maximum est atteint autour de 120.
Ces grandes marées attirent davantage de coureurs des grèves car elles donnent accès à des espaces peu souvent fréquentés,
où la nature souveraine, ou presque, semble si provisoirement être devenue...
pour la ressource, une bien précieuse réserve.
Au contraire, lorsque lune et soleil forment un angle droit par rapport à la terre et c'est la situation dite de quadrature, on parle alors de mortes-eaux
car leurs influences s'opposant, les coefficients tombent de plus en plus bas jusqu'à 25, 20 par exemple.
Alors, la mer découvre peu en cette période qui attriste les pêcheurs
où la lune offre son 1er ou dernier quartier.

" Pêchez couverts !..."
Etre sufisamment vêtu et protégé du froid ou du soleil, bien chaussé et, matériel en main ou en bandoulière... allez-y prudemment.

Dans les débuts, et avant de pêcher, pour peu qu’on sache s’attarder un peu à observer ces mini univers, dans flaques, crevasses, trous ou chenaux,
l'estran offre 1000 révélations passionnantes et enrichissantes sur
cet écosystème tellement fragile à mieux respecter.
On trouve de tout parmi les algues, dans les larges cuvettes qui retiennent assez d'eau. La profusion d'algues est un bon indice pour y observer quelques poissonnets tels gobies, blennies, chabots et autres qui s'abritent
sous ce très mouvant couvert végétal bien protecteur.
Des myriades de micro-organismes à l'état larvaire trouvent aussitôt le support qui permet leur évolution et ainsi, en ces lieux,
s'établissent durablement les premiers maillons de la chaîne alimentaire .
Ce zooplancton si vivant et le phytoplancton du jardin de la mer constituent la nourriture élémentaire pour coquillages, mollusques, crustacés et poissons de petites tailles et, peu à peu, la pyramide alimentaire se construit par degrés.
Ici, tout, émerveille le découvreur de l'estran si riche.
Très originaux les syngnathes longiformes, ces courtois papas-poules qui portent les oeufs de madame, semblent un trésor vivant pour le débutant.

De splendides et grosses étrilles aux pinces redoutables d'où l'intérêt de mettre des gants en guise de...pincettes ! pour aller fouiller à l'aveuglette sous le tapis d'algues
et s'éviter de cuisantes chatouilles.

Fausses natures mortes, les algues aussi intéressent: les entéromorphes vertes très résistantes semblables à d'énormes perruques, les fucus vésiculeux ou varech à flotteurs, les laminaires digitées ou goémon
le lichen orange qui " éclaire " ce jardin de Neptune bien plus riche encore.
Là, des multitudes d'autres êtres vivants prospèrent...semble-t-il !
Ainsi, les anémones: la rouge qui résiste à l’émersion et se montre très vive quand elle rétracte ses 200 tentacules. De même, très ondulante et décorative, la verte des grandes mares qui ne se plaît que dans l’eau. Plus loin, un creux étroit dans la roche semble un panier rempli de châtaignes....de mer bien rangées, vertes ou violacées .

Attention à vos talons, mes piquants s'y plantent bien et y restent ! Madame ne vous ôtera mes dards qu'avec une aiguille stérile.
Et chacun se montrera alors ... très patient !

On parle ici de l’oursin pierre, au test bombé et armé de piquants mobiles et justement classé habile foreur de pierre. J'ajoute...mais pas autant que la pholade dactyle, excellent appât pour la pêche dont la phosphorescence est extrême, soit, un coquillage de 15 cm qui sait creuser plus profondément son habitat dans divers substrats, et matériaux mais aussi des roches.
Moins performant qu'elle , l'oursin est donc capable de "ronger" patiemment la roche calcaire, par déplacement, pour y…"faire son trou", disons plutôt, sa cuvette.
Les 5 dents pointues de sa " lanterne d’Aristote " servent à brouter les mini algues tapissantes des rochers mais il ne dédaigne pas des micro-organismes,
entre autres, des bryozoaires passant à sa portée.
Il affectionne les thalles tendres des laminaires, autre indice pour sa recherche
par les bassiers.
Etrangement, il se pare de débris de coquilles ou d'algues:
fantaisie carnavalesque ou subtil camouflage ?...
Ses pieds ambulacraires facilitent de très courts déplacements suivant son environnement.
En gourmets, nous dégustons ses gonades lesquelles par leur seul aspect semblent
de " vraies tranches de mandarine "...

Beaucoup de personnes n'apprécient pas l'oursin, peut-être parce qu'elles ne savent pas le préparer!
L'ayant ouvert et découpé avec des ciseaux, on le retourne au-dessus d'une bassine remplie d'eau...de mer, et on lui imprime légèrement 2 ou 3 légères rotations inverses pour le débarrasser des "petites graines" peu goûteuses et, dans la coupelle naturelle,
il ne reste alors que les... " vraies tranches de mandarine " bien nettes.
Pour progresser sur les rochers, il faut donc toujours être convenablement chaussé: ainsi, sur un dérapage-glissade, on évitera de se blesser en marchant sur cet échinoderme bien armé de tant de piquants défensifs.
A noter que ceux-ci sont moins dangereux que ceux plus longs et si effilés
de l'oursin diadème,
espèce exotique très...rayonnante !

 

Dénichées, les belles araignées cachées sous les fucus !

Ailleurs, véritable indiscrétion intruse du coureur de grèves
en soulevant l'ulve fragile,
cette laitue de mer protègeant des "amours-brachyoures" cachés !
Surpris, le crabe en train d'exprimer à sa partenaire...
un si passionné " j’en pince pour toi ",
en l’enserrant justement grâce à ses…pinces, durant cet accouplement...poursuit son action durable, fille de l'atavisme, en défiant le danger et le prédateur.
Et il y aurait tant d'autres trésors à découvrir en cet univers marin où, parfois, la tempête se comporte comme un jardinier devenu fou et destructeur,
arrache les algues, puis les rejette telles des épaves, sur les grèves:
ce sont alors des " laisses " de marées.

" Ô Neptune, que tes palourdes sont belles ! "

Les bassiers, eux, ont déjà bien progressé sur l'immense platier qui continue de découvrir progressivement car, dès la descendante,
en conquistadores, ils ont pris pied sur ce nouveau " continent ".
Certains s'activent déjà en leur spécialité: les palourdes aux coquilles bombées.
Chacun ayant son objectif précis, cela implique de prendre le meilleur cap,
le plus direct afin d'atteindre le bon " gisement ",
pourvu que le franchissement des " ruisseaux" marneux soit aisé.
Des pêcheurs très pressés iront plus loin. Ils connaissent parfaitement(par prise d'amers)un trou à homard: une concession familiale à ne point indiquer mais qu'il faut atteindre avant les autres...et de penser aussitôt à la fable:
"...le premier occupant, est-ce une loi plus sage ? "( à la course, oui ! )
...lesquels pensent, peut-être, que ce crochet ne servira qu'à déloger des étrilles ! Homard capturé = un logement vacant pour un autre congénère...en principe !
car il est vrai que ce trou n'est pas qu'un abri mais aussi
un parfait poste d'affût avec vue sur la " route des voyageurs imprudents " !

Point aisé de ligoter le énormes pinces-étaux pour neutraliser le beau macroure,
alias homard,
...qui veut tant vous serrer la pince !

Quant au bassier fortuné, il a su vite cacher sa capture
sans tenter naîvement d'en tirer quelque gloire !
Motus, besace cousue et homard au sec, en sac !

Au moment du reflux, et surtout au crépuscule,
beaucoup de monde encore sur la plage
avec ces nuées de petits oiseaux limicoles qui envahissent et écument les grèves pour se repaître de minuscules animaux marins de moins de 2 cm.
Ils trouvent facilement toutes sortes d'amphipodes et isopodes,
des fouisseurs du sable ou hôtes des algues, dont talitres sauteurs, ligies des rivages, idotées et autres qui se plaisent dans le substrat mou, les petites crevasses ou même sous les épais amas de " laisses des marées ", loin de leurs prédateurs marins.
Ensuite, lassée de courir et de picorer, la gent ailée se déploie en ligne,
telle une frange du flot, comme pour une revue et,
apaisée, goûte à son tour, comme le promeneur,
le calme du couchant.

Et, le jour suivant, pourquoi retourner au même endroit ?
Il est toujours intéressant de renouveler le décor de nos activités au bord de l'eau.
De plus, changer de site pour pêcher à pied permet surtout de découvrir d'autres substrats et par là-même, de nouveaux gisements colonisés par des espèces différentes.
On observe que les structures construites par l'homme pour ses activités maritimes et tout simplement, les innombrables tables pour l'élevage des huîtres etc. contribuent activement à l'envasement des zones impliquées où sables, gneiss et marnes se mêlent par couleurs en larges " tranches napolitaines"
intégrant toutes sortes de débris de coquilles et de détritus végétaux.
Ainsi les estrans de sables marneux très lourds et compacts offrent d'autres découvertes comme la scrobiculaire ou lavignon et même "demoiselle" qui se plaît en ces milieux.
La coquille ovale, aux lignes concentriques parfois très colorées, qui apparaît très aplatie, permet à ces caractères de la distinguer de la telline-papillon nordique à coquille plus épaisse mais toujours aussi fragile, dont les valves restent bien liées quand l'animal meurt.
Cela est dû à l'extrême solidité du ligament. Un joli jaune orangé voire rouge colore l'intérieur de la coquille tandis que la partie externe de cette telline s'orne de larges bandes concentriques qui la distinguent aussi de la scrobiculaire-lavignon.
Ce sont les lignes d'accroissement qui permettent cette subtile décoration de la coquille.

Jolies scrobiculaires plates et bien marbrées ( ou lavignons des vases ) à chair délicate et fine,
des goûteuses d'algues.

Difficilement praticables, de tels secteurs nécessitent des équipements plus adaptés au milieu: waders pour ceux qui emprunteront la voie du "rio" du reflux,
cuissardes pour ceux qui pataugeront dans cette boue compacte à détestable effet de ventouse laquelle absorbe obstinément ou... goulûment la botte
et "répugne " à la libérer.
Une progression difficile, lente, laborieuse impliquant prudence et patience s'impose alors d'autant que l'on sait que, plus loin, le substrat deviendra un tantinet plus dur, stabilisé par enfouissement des détritus coquilliers ou minéraux,
mais suffisamment pour que le bassier retrouve une meilleure assise.
Souvent, au début de la progression, on trouvera des coques car le milieu leur convient mieux ainsi qu'aux lavignons.

Belles et grosses palourdes charnues dont la coloration des coquilles trahit assez la qualité du substrat où elles ont prospéré. Celles-ci, après les avoir brossées pour en éliminer la vase, on les laissa dégorger davantage toujours en eau salée, pour en éliminer enfin le sable.

Il aura fallu avancer davantage vers la limite du flot pour atteindre le domaine de ces belles palourdes. A nouveau, le fameux indice visuel dit " trou de serrure " d'un bon centimètre, simplement généré par l'activité siphonale des bivalves trahira leur présence.
En effet, les palourdes ont 2 siphons respiratoires, l'un exhalant et l'autre inhalant pour assurer la circulation de l'eau salée porteuse des particules nutritives. Parfois, un jet assez fort, digne d'un pisseux, souligne mieux la présence de la belle coquille vivante tant recherchée à l'instant, à la griffe ou au couteau.
J'ai souvent observé que le meilleur moment, le plus productif, se situerait au premier léger flux encore faible, insidieux, qui nous avertit que la mer remonte et
...ô tristesse, qu'il va donc falloir abandonner la place !
C'est le temps manqué des grands " bâillements "
!
Du coup, c'est l'épanouissement, et, plus marqués,
les " sésames " apparaissent bien révélés par
tous ces trous de serrure alors que vous fichez( ou fichet !!!) le camp !

 

 

 

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dégorger en eau salée