Entrez dans l'aisance naturelle ...et soulagez-vous !
Conte Burlesque 9
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Mah'amzelle Pih Pi

Il était une fois ...une fois sans fin,
un énergumène empressé
mais très empressé qui dut soudain quitter
la table au restaurant ...parce que ça pressait,
oh mais que ça pressait au niveau de sa vessie, bien sûr
et que, quand la vessie
presse un peu trop
sur le chemin de l’exutoire urinaire,
il y a lieu de se bien presser et d’aller plus promptement encore
vers ce coin de l’humilité humaine avant que ne se produise
la grande presse des heures de pointe, vers la fin du repas,
où chacun est toujours plus pressé que son voisin
et, du coup,
peu empressé à laisser son tour.... au plus pressé que soi.

Alors, si d’aventure, un sinistre imbécile dans le rang qui s'allonge,
soit la queue,
apostrophe les bienheureux qui se soulagent sans d’ailleurs trop se presser et crie à leur adresse :
« pressons un peu » !...
aussitôt, cette foule aussi stupide qu’empressée,
mais plutôt organisée en troupeau de moutons de Panurge
et auquel le SOS n’était d’ailleurs point adressé,
presse vers l’avant, soit pousse ceux qui sont devant et,
pour autant, cette manoeuvre si peu stratégique ne sert aucunement
tous ces empressés qui restent dépressifs avec leur pressant besoin
qu’ils sont tant pressés de ....saaaatttiissfffaaaaaire !
OUF et soulagement total après la « grande inondation » point nilesque mais quand même attendue, et quel air réjoui, affiche chaque libéré,
bien fier, à la sortie,
en croisant les derniers concurrents toujours aussi pressés !.
Du coup, celui-là n’appartient plus au CPP,
le Club des Pressés de Pisser !
Mais revenons à mon problème car, et oui, ce jour-là, l’énergumène impatient et candidat unique à la si grande « urination nilesque » c’était moi , dans un restaurant du Caire où l’on nous avait parqués dans une longue salle sombre et humide
comme la tombe du mastaba de la Reine Tyi.

Fort pratiquement, jugez-en,
nous étions installés à la dernière table du fond avec un couple sympathique mais dont la dame était autrement pressée car elle avait contracté une tourista 5 étoiles grand luxe
( chez nous, en Provence, on dit…. Caguette vive ) en buvant force carcadé, nectar rouge sanguin d’hibiscus, la boisson qui fait courir, et pour cela, paradoxalement, au contraire de la dite fleur,
"elle était pâle comme un caca de laitier", la pôvre, aurait dit le chansonnier qui, parfois, rit trop du malheur des autres.
Adoncques, en plein repas, et si on en revient à mon « propre » problème parce que je n’ai pas besoin ici de celui des autres
mais j’ai seulement un ….petit besoin...tout de même important,
je dus traverser toute la salle pour retrouver le bon sens,
Exit 1,
la sortie qui vous secourt déjà un peu, puis m’enquérir discrètement de la bonne géographie des lieux d’aisance
auprès d’un serveur aimable comme une porte de prison chez Saladin et,
foncer enfin vers cette destination de rêve.
Avec mon accent à peine déguisé, je demande poliment
« le lave à tory »(en réalité , encore un parti mais distinct de celles en question) car, j’ai présentement, un pressant problème de miction fort intempestive,
inopinée, comprenez-vous ?.
_Quoi mossié, mixture ?
_No ! first, Pssi pssi pschitt ! second, Hein hein, ouf !
_Yes, lavatory. A l’égyptienne et en traînant( pour que je file plus à l’anglaise),
il me répond :
« tout droit, c’est la kââbhâ……ane …au fond du jardin ! »
_Tiens ! un émule de Cabrel me dis-je logiquement d’autant que je suis pêcheur comme celui de la cabane( n’allez pas penser encore… poser la pêche ou un truc comme ça; mais non, plutôt pêcher des poissons comme Tom Sawyer qui est, lui aussi, un gentil garçon )

Alors, commence la leçon d’orient… ation, la recherche laborieuse de la ligne droite à travers un vrai labyrinthe végétal où Dédale lui-même aurait perdu le nord.
Mon goût respectueux pour la nature m’interdit de me soulager derrière un grand sycomore, tant l’espèce est vénérée en Egypte,
même par Homère, premier touriste chez Pharaon,( au passage, soulignons-le )et, de plus,
risquer mon appendice de charme à la concupiscence de quelque frelon mal intentionné qui pourrait bien en faire aussitôt un pyramidion difficile à camoufler,
ce serait une fort mauvaise option.
Après bien des détours parmi lantanas, fuschias, lotus bleus, daturas, faux poivriers et palmiers,
je trouve enfin la Kââbbâanneaufondujardin.
Mais c’est une sacrée baraque, disons ….une villa avec belle terrasse dallée.
La porte d’entrée étant ouverte je m’y risque, plutôt confiant, car un petit écriteau délavé et illisible indique
piss ô tiers, ( payant ??? je le saurai plus tard )et je suis de plus en plus pressé.
Et là, c’est la….. rencontre, dans l’immense salle hypostyle.
Elle est là, cette belle et prude Tipiss Donkhtipaye,
plutôt momifiée dans son voile emblématique qui lui enserre la tête, pince son sourire fade, lui conférant une douceur presque….angélique à travers ce masque de fausse pudeur et ,
d’un geste à peine ébauché, pour répondre à mon interrogation,
elle m’indique que c’est.... par là.
L’endroit est immense, un faux marbre de mauvais goût monte aux murs comme dans un vrai palais, laissant imaginer un pipi-room de grand standinge !… et, au-delà de quatre larges marches quasi impériales,
le WC de l’espoir s’inscrit dans un grand angle
( c’est bien, pour….. un petit coin ) de cette impasse où m’a suivi l’hôtesse qui ne s’arrête pas, et, audacieuse, s’aventure même sur le pas de la porte, alors que, l’empressement persiste toujours, comprenez !...
et je m’apprêtais justement à ouvrir intempestivement la cage à
l’oiseau de paradis,
étrange colibri sans plumes qui ne demande qu’à…..pisser, voyons !.
« Holà ! gentille pucelle cairote,
jusqu’où iras-tu intrépide donzelle? » lui dis-je alors en doutant aussitôt sur cette affirmation trop spontanée car si on en croit les textes anciens, les petites Egyptiennes devenaient gentes dames coquines précocement. Du coup(si j’ose dire), je m’enhardis davantage et ajoute:
_Sur mon front dégarni, d’homme sage(en principe), point de hiéroglyphes exprimant laconiquement:
« liberté, égalité, fraternité ». Tu en sais le sens ? …
Et, comme elle reste interdite mais…. pas d’histoire,
je lui explique que chez nous, en démocratie de cette Vieille Europe,
cela confère assez de droits.
Du coup, la litanie s’éclaircit en explications, il est vrai, un peu douteuses
et qui ignorent vraiment la si vraie et très véritable vérité historique:
plus vraie que la vraie, à savoir,
Liberté, nous dirons que, comme tout un chacun,
elle a le droit de pisser, sauf sur les salades de son voisin,
pharaon de Giseh près d’ici
Egalité, si elle veut pisser, elle en a autant le droit que moi, surtout
depuis l’abolition des privilèges, mais qu’elle attende son tour car, pour moi, ça presse depuis longtemps et, du coup, je ne lui ferai pas un courtois et historique « après vous, mam’zelle l’Egyptienne »
Fraternité, alors, si vraiment, elle veut me la tenir, qu’elle l’exprime sans détours, et je comprendrai cette loi bien naturelle de l’hospitalité.
On se pliera au rite imposé !
Observons que chez les Inuit, ils sont encore bien plus arrangeants !
Je ne sais si elle a suivi des cours de…langues et… vivantes même, mais, enfin, elle semble avoir compris et fait alors un vrai pas en arrière
(retraite historique, pensai-je alors en reprenant le cours du passé) et ,
stratégie militaire oblige, j’en profite pour pousser aussitôt la porte…..qui ne joint pas,
cette lourde de zut ne ferme pas, n’a plus de verrou.
C’est donc un endroit où il faut poser vite mais
point longtemps pauser(lecture interdite)
pour éviter tout débordement, qui ne ferait qu’en rajouter à tout ce qui rend déjà glissant le parterre des lieux ....si humide.
Alors, d’un doigt imprudent, tant l’environnement est douteux,
je relève doucement le lourd siège en bois autrefois verni .
Oh cette installation !
Comme il n’est plus fixé, il réinvente la translation et dérape à gauche.
Il va tomber. Je le bloque de justesse et
le recentre vite car….ça presse toujours:
c’est un peu comme l’étalon qui sent l’écurie !
Soudain, la porte, bouge-t-elle ?…
Fusent alors mes fermes ….HUM !HUM ! HUM avertisseurs
qui signifient Interdit à tout autre que moi… la paix voyons et qu’elle soit avec moi…..
je pisse donc je suis….en train de me soulager et connaître un bien-être à nul autre pareil, en cet instant précis et fugace….s’entend !
Pas de papier ! L’hygiène de base est vraiment bafouée dans ce bled.
Tirons la chasse et tirons-nous vite d’ici.
Oh ! le bouton me reste dans la main.
" L’aventure, c’est l’aventure " assure-t-on parfois avec insolence, mais enfin….
Je sors soulagé mais dépité. Ma « protectrice » est toujours là, immobile et grave comme une statue du musée du Caire,
impassible, plantée devant le lavabo sale serti dans son écrin de faux marbre.
Presque une image biblique car ses deux mains tendues offrent déjà une …serviette.
D’un geste impatient, je l’en écarte. En fait, elle voulait en empêcher l’accès car…..il n’y a pas d’eau ! mais elle me tend toujours
la serviette, celle-là même
qui servira d’ailleurs à tous mes successeurs au trône en péril .
« Mais je n’ai rien d’apparent à essuyer , petite Cairote ! »
lui ai-je simulé en l’exprimant par des gestes simples et universels faciles à mimer.
Une serviette souillée par tous les soulagés pour mains sèches,
faute d'avoir trouvé de l'eau!
Imaginez le pouvoir d’échanges et de communication
de ce pur et authentique coton d’Egypte,
vrai sauf-conduit pour bactéries en goguette.
Plus rapide qu’Internet !

Je quitte cette sinistre prêtresse des latrines
en lui « piastrant », et plutôt de dépit,
quelque menue monnaie dont le montant, fait marmonner enfin celle qui n’avait donc pas la langue si coupée.
L'hôtesse ne paraît pas satisfaite et ses yeux aux iris magnifiques changent alors de couleur
et je n’y vois soudain que des pounds égyptiennes
qui virevoltent comme dans une boîte à sous,
s’agitant en une lascive danse orientale.
Elle doit juger que la pièce n’est pas à la hauteur de la.... prestation.
££££££££££££££££££££

Ce lavatory ne valait même pas une feuillée, ni ce feuillet !
Ces lieux mériteraient eux-mêmes...un peu de toilette !.
pensai-je alors, en me rinçant les doigts à un robinet de jardin bien alimenté, lui dans ce beau jardin Ôs iris.

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