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Brèves et....longues de voyage !

Conte des Mille et Une Bac"..." Téries

Adoncques, cette année-là, chassée par les premiers souffles du khamsin, toute une immense tribu nomade de Heuheuat’..at’Choum Hatcheps out… avait embarqué subrepticement à bord du Spirit of Egypt, en l’étrange qualité de passagers clandestins indésirables, à la faveur de la trop courte escale terrestre du superbe vaisseau de l’air,
à Louxor, capitale de la Haute Egypte, Ville du Sceptre, Ouaset, Thèbes ou Diospolis devenue injustement la ville de Zeus, bien qu’ayant toujours été, dans le passé, celle d’Amon.

Là, s’achevait la dernière étape égyptienne du merveilleux et long périple sur le Nil sacré, d’Amouneth et Amon-Rê les bienheureux que les autres pélerins connaissaient aussi sous les noms de Danièle et André.
Bientôt, confortablement installés dans le grand oiseau de fer à trois cent vingt plumes d’électrum, ceux-ci virent défiler avec émotion, pour la dernière fois, l’inoubliable paysage de Haute-Egypte, et ils eurent soudain un gros pincement au cœur.


Alors, pour combattre cette douce chaleur qui lui montait à la tête,
inconsidérément, André tourna un joli bouton cannelé placé au-dessus de lui, et il sentit aussitôt les effets bienfaisants de ces bouffées d’air frais qui faisaient danser les rares cheveux de sa haute rive droite pariétale, sûrement plus efficace que l’agitation mesurée de larges plumes d’autruche par le bel esclave Nubien pour chasser les mouches d’été agaçant Hatchepsout.

Alias Amon-Rê ignorait alors, que son action irraisonnée avait ouvert aux intrus clandestins... oui, à cette redoutable tribu belliciste des Heuheuat’..at’..Choum..., la frontière du royaume à conquérir.
Dès lors, en interminables litanies spontanées, se développèrent , les terribles dynasties si actives des Touss et des Hatch, chacune usant toujours plus de sa cruauté par des maux croisés touchant simultanément tête, gorge, poumons,
ne laissant aucun répit, ni force, ni vigueur, ni goût de vivre à notre égyptomaniaque si déçu d’avoir été trahi si soudainement par son propre geste fort inconsidéré.

Bientôt, on manqua de lin, de coton, d’étoffe pour étancher toutes ces grands mouchages trop fréquents et tant agrémentés de...désagréments, bien sûr !
Du temps béni de la savante Néfertari, Grande Epouse Royale de Ramsès II, les soins auraient immédiatement consisté en infusions de pousses tendres d’eucalyptus sucrées au miel des palmeraies d’Edfou, aromatisées à la girofle, la muscade et la cannelle de Kom Ombo et servies à l'ombre du sycomore centenaire à l'ombre généreuse.

En ces temps modernes, les pouvoirs guérisseurs trouvent moins de simples dans leurs principes comme dans leurs dénominations et, puisqu’ il y a eu assez de barbarie,et que le souffle vivifiant manque encore, les souffrances s’arrêteront ici suivies d’ une assez sage résolution pour un prochain séjour au Pays des Pharaons.
Plutôt que d’embarquer à Loux Or, je partirai par Lux Air afin d’échapper aux miasmes Assyriens, détestables résidus bactériologiques, vestiges de leur lointaine destruction du si merveilleux pays d’Amon.
« Sabah el-kheir »……..attention les dégâts, mon’zami !

 

Ô Amon-Rê, Dieu-Soleil aux Mille et Un rayons de lumière

Amon-Rê n’est plus la même divinité depuis que le goût immodéré des humains pour de nouveaux Dieux leur a fait délaisser son culte si quotidien fait d’offrandes et de prières mais aussi d’embellissements raffinés de ses temples aux immenses colonnes papyriformes.
Et, comme le réaffirma le poète oublié « l’homme est un Dieu tombé qui se souvient des Cieux », c’est bien normalement qu’il est revenu autrement, pour une étrange existence sur ce sol d’Egypte, se retrouvant ainsi, aujourd’hui, bien vivant, parmi les humains, seul moyen pour lui d’exister encore.
Un être divin fait homme mais... pour souffrir.

Ebloui par ce qui autrefois était son propre rayonnement, le voilà contraint……de porter des lunettes de soleil ! Certains l’admirent pour son immense sagesse, sa générosité cachée parmi sa tristesse, quand accroupi au coin d'une masure délabrée, il demande l'aumône en récitant des prières pour tous les hommes. Hélas, ses pieuses paroles se perdent dans les bruits de la ville et des indifférents qui passent. Ce jour-là, il déambulait, tiré brutalement par sa petite-fille voulant, par sa marche forcée, rattraper les piétons ingrats qui les ignoraient. Je fus de ceux-là. et j'imagine que ma conscience se montra bien faible car comme tiré à l’écart par une invisible main diabolique, je passai indifférent à côté de lui,
le vieil aveugle... sans le regarder.


Par cette journée des moins bons sentiments, à Louxor, nous n’avions sûrement pas mis les meilleures lunettes pour avoir un regard plus profond sur la vraie condition des autres, ceux de la souffrance et de la pauvreté. Cette image de la main maigre, décharnée et vainement tendue du vieillard me poursuit parfois et me hante encore aujourd'hui, comme celle de la gamine qui le traînait difficilement et nous harcela, au plus près, un bon moment.
Pourquoi mon cœur resta-t-il fermé à leur quête ? Oh, certes, j'ai bien une réponse qui, d'ailleurs, ne me satisfait nullement et
je l'affirme sans sensiblerie.

Je m'en explique. En ces derniers instants du voyage, qui précédèrent notre retour vers la France, ayant investi toute notre monnaie locale( non exportable)en d'inutiles achats de pacotille, nous n'avions plus que quelques coupures d'euros, une pièce de 2 euros et nos CB. Or, on nous avait hébergés dans un vrai palace absolument superbe, situé sur...je ne sais plus quel méridien ?...et là, en regard du luxe que l'on nous " offrit ".. aussi bien pour les lieux que pour l'excellente gastronomie et son abondance... trônaient, derrière un comptoir d'accueil ou celui d'un bureau de change, la bêtise humaine, l'incompréhension voire le mépris, un je ne sais quoi d'inhumain, derrière le masque de l'impassibilité et de l'impossibilité mêlées, qui fait que vous n'avez pas la possibilité d'échanger vos euros pour payer cette bouteille d'eau que vous avez consommée...
et pourtant, vous devez régler la facture ! Avec "largesse", j'étais prêt à laisser un billet de 10 euros sur le comptoir pour 1 litre 1/2 d'eau( très pure à ce prix ! ). Ensuite, la réceptionniste l'empochait et payait en monnaie locale à ma place et, pour elle, aucun problème pour changer ce billet avec ses pourboires à la banque d'en face...fermée ce matin-là !

Et cela nous ramène au pauvre aveugle auquel je n'avais donc pas donné ma monnaie, en prévision de ce paiement...redouté compte tenu des règles draconiennes de ces hôtels de grand standing qui ne vont pas jusqu'au bout de la théorie du bon accueil et de l'hospitalité pourtant si chers aux pays musulmans que je connais si bien.

 

Alors, de tout cela il ne reste que d’inutiles regrets, on dira même des remords sincères de n’avoir pas su faire une modeste offrande
A ce Dieu de lumière, réincarné dans ses ténèbres.



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