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Le
troc ou..la monnaie ?
Souvenir de voyage

Les
Anciens n'avaient pas de monnaie et encore moins de billets et,.c'est
tant mieux !.. car, quand on a eu l'occasion de tripoter le numéraire
égyptien contemporain, successivement décliné en drachmes ou piastres
et pounds, il devient possible d'affirmer que cet argent pue. Il apparaît
franchement répugnant et du coup, on n'est pas content de payer comptant
dès lors que, d'un index humecté de salive, pour vérifier son
compte, il faudrait pourtant recompter sa monnaie, ces tickets collés
par la sueur et la saleté de mille origines diverses. Mieux vaut présenter
un chèque à Cheikh Walid, honorable marchand de tapis, que de compter
de malodorantes coupures maculées par sueurs et humeurs accumulées
de chacun, y compris d'ailleurs, celles de certains touristes peu
nets, on doit bien en convenir aussi.
Mais, restons réalistes, et, si j'ose dire, distinguons honnêtement
le propre du figuré puisqu'en ce cas, il ne s'agit plus précisément
d'argent devenu sale par quelque trafic mafieux mais de coupures salies
par malpropreté et usage prolongé, sachant alors que
si "l'argent est fait pour rouler" comme l'affirme un premier
adage, "argent qui roule amasse de la crasse" prétendrait
un second avis populaire autant que réaliste !
Donc, pour éviter de se salir les mains et d'avoir à se les relaver,
les Egyptiens des temps pharaoniques, qui n'avaient pas encore entendu
parler de Ponce Pilate, pratiquaient préférablement le troc ( J'thdonn'etum'donnes
)qui permet le marchandage soit, un grand moment de ...communication
émaillé d'éclats de rire, de tristesse ou d'abnégation entre les parties,
enfin soldé par un échange plus ou moins équitable où chacun garde
le sourire( alors, c'est d'un commerce agréable...et plus tard, on
dira: équitable ) et, tout de même, le sens de ses propres
intérêts!. Ainsi, au marché, très couramment, la paysanne offrait
ses oignons au boulanger et celui-ci, lui présentait ses miches. Certes,
l'inverse eut été tellement plus amusant et logique à la fois, mais
alors, on aurait vraiment.... changé de commerce ! Imaginez la place
du Troc à Douhrô délocalisée au Bhois d'Bhol Hoûgn !
Grand spectacle aussi que cette bruyante arrivée sur les marchés colorés
du sentier! Les uns y parvenaient à pied et assez souvent, en couple.
Ainsi, entre autres et selon la coutume, la femme, cet être merveilleux,
tellement plus résistant( affirme le corps médical ), portant
l'essentiel de la charge. « Normal » pensait, sans élégance
ni noblesse, l'autoritaire Bouhj Théfess !...lequel n'a d'ailleurs
jamais réfléchi à l'origine de son nom !
D'autres, qui avaient remonté le Nil, s'y rendaient en canot de papyrus
et il était donc habituel de voir un pêcheur troquer sa frétillante
perche " Lates nilotica" contre une paire de sandales pour
la fête de l'Opet.
Ou bien, il arrivait encore qu'un talentueux musicien proposât sa
flûte magique à cette gentille veuve du cordonnier, liquidant justement
le stock de son époux défunt en même temps qu'un chagrin aussi
vain que stérile. Une nécessité pour cette vertueuse
mère car ses petits enfants affamés battaient la semelle devant....le
buffet vide.
Mais pour le transport des provisions, même de nos jours, on
fait toujours appel au brave équidé à longues
oreilles plus "sensé" que certains humains. Donc,ce
sont surtout de gentils baudets " "hmar" qui permettaient
de transporter une belle charge de produits au-delà de leur
PTAC morphologique et c'est bien normal, cette notion n'existant pas
alors....mais, cela a-t-il changé depuis?... Et non, cela n'a
pas beaucoup évolué car aujourd'hui, c'est toujours le même
paisible animal qui est durement exploité pour cette activité datant
de tant de millénaires dont seul l'environnement a tellement... changé.
Et alors, d'évoquer aussitôt le poète dans sa sensiblerie et son affection
pour ces quadrupèdes « j'aime l'âne si doux, marchant le long des...
roues... » de Toyota, Mercedes, Peugeot et autres chars modernes slalomant
de part et d'autre de la pauvre petite charrette brinquebalante. Résignés,
l'infortuné quadrupède et son maître restent pourtant
insensibles aux pétarades tonitruantes, écarts brutaux et dangereux
des bolides, coups de klaxons ou de freins et crissements de pneus.
Et, marchant à la carotte et au bâton...autre genre de troc !...le
petit baudet cairote poursuit sa route, sous les encourageants "Arrah
! Dzidah !" de l'humain plus soucieux de transporter à
temps, vers la grande métropole, le fruit de son labeur: les précieuses
racines orange. Des carottes contre du flouss(ou flouze),dans le fond,
cela reste une forme de troc .
Mais que la frêle cariole soit renversée par quelque chauffard et,
sans sourire, on dira que les carottes des cairotes sont cuites car
toute la circulation va s'en repaître, tout réduire en une
lamentable purée où, ainsi
plongés,
se débattent le fellah courageux et sa pauvre
monture . OUiLIi, OUiLLi ! Il y aura du carotène sur les routes !...mais
plus de troc ni flouss dans la "shoukahra" ! Alors, songé-je,
où sont les vrais bourricots mal bâtés? Pour
en revenir à l'oseille, feu l'électrum, l'avoine, le
blé, le pognon, le pèze, la galette, soit... le fric
ou la monnaie, le numéraire...nous avons pu constater qu'en
dépit de l'existence d'une monnaie nationale, le goût du troc reste
affirmé et perdure allègrement en Egypte. En effet, alors que l'on
y vend pourtant de superbes stylos à bille pharaoniquement décorés,
on vous réclame fréquemment du Bic ordinaire comme si c'était un bien
précieux, digne d'une offrande divine ou un accessoire indispensable
pour réussir son voyage chez Osiris. Et cela sera donc l'objet d'un
véritable échange(authentique !): un Bic contre un scarabée en plastique
trouvé dans un paquet de lessive Houmo( plus blanc que...les billets
! )mais, hélas, pas d'échanges ...d'idées.
Alors, même dans la pénombre émouvante des sanctuaires de la Vallée
des Rois, on en restera à la transaction la plus courante, celle de
quelques furtifs éclairs salvateurs de flash
contre un pot de vin.... ou de bière Saqqarah !
Bakchich, bakchich ô vocable magique qui plaît à ceux qui en ont besoin(
nous le comprenons aussi) pour faire bouillir l'marmita.
Flouss, flouss et toujours flouss ! ...(bonne devise ! ) juste pour
être un gentil touriste qui aime tant l'Egypte au point de vouloir
y retourner.. quand l'argent aura été blanchi par la nouvelle planche
à monnaie pour billets tout neufs,
au moins aussi jolis que les superbes billets d'entrée des
musées.
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