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Masques
en rade Vénitienne
En
ce joyeux temps de Carnaval, fort étrange fut notre première
rencontre.
Elle nous apparut tout de blanc poudrée, si noble et altière,
tellement plus fière, voire arrogante sous son masque immaculé.
Subjugués, nous n'osions la dévisager tant sa froideur
nous glaçait. Pourtant, cela ne manquait pas de nous surprendre
et nous pensâmes aussitôt que telle attitude était
chose plutôt inhabituelle en cette fête païenne.
Enigmatiques certes sont les masques enfarinés ou pailletés
faits pour nous duper, nous égarer mais, jamais aussi impassibles
et plus figés que celui-ci auquel nous avions envie de crier:
" Bas ce masque inexpressif, c'en est trop ! Nous sommes venus
ici pour rire de vos facéties, nous amuser de vos drôleries
rarement gauches, de vos attitudes équivoques cachant sûrement
de souriants visages.
Oui, des têtes... se payant les nôtres en jouant les
imposteurs."
Déjà,
en ce périple sur le "canale", défilèrent
des ducs d'Albe raides comme des poteaux! Alors, songions-nous,
bientôt verrons-nous des marquises et comtes, qui n'en sont
pas vraiment mais ont aussi de la noblesse, devisant galamment avec
des élégantes, usant de gentilles et douces manières
pour suivre l'étiquette précieuse. De séduisantes
princesses venues des mille et une nuits, de contes imaginaires
et de légendes mais, sous cette trompeuse apparence, cachant
peut-être de coquins messieurs bien virils, joyeux lurons
tricheurs posant sans réelle grâce devant colonnes
et balustrades.
En effet, ici, dès l'aube, le théâtre donne
inlassablement ses représentations dans la rue. Des reines
d'un jour et rois de la moquerie cachant leurs visages pour jouer
la comedia dell'arte, nous arrêtent parfois en chemin,
comme pour recevoir l'aimable compliment.
Tous semblant demander:
" Admirez-nous dans nos riches costumes chamarrés d'or
et de perles, ourlés de fines dentelles; voyez nos bijoux
éclatants ! Soyez émerveillés ! Imaginez-vous
alors, voyageurs perdus en ces mondes anciens, où d'ailleurs
vous n'êtes pas vraiment de notre fête car vous n'êtes
pas des acteurs mais de piètres pitres errants que la foule
brasse au bas de notre scène immense, aux décors sans
cesse renouvelés.
Vous êtes nos seuls anachronismes !..Alors, on vous aime tout
de même "
Mais
il est vrai: nous vivions là... encore un rêve. Oh
! le songe, l'illusion comme le mirage restent bien éphémères
! A votre tour, attendez, je vous découvre enfin. Vous êtes
trahie par le temps, Grande Dame: la brume légère
du mystère de votre réalité s'estompe et s'évanouit.
A l'instant, ô joie, je viens enfin de vous démasquer...
Place St Marc !
Vous
n'êtes pas un personnage mais des milliers d'âmes en
ces lieux avec vos basiliques, vos monuments, ce campanile audacieux
défiant les Cieux et ces fougueux chevaux élancés.
Oui, vous êtes de grande noblesse et vraiment, un univers
exceptionnel. C'est vous la Dame de la Lagune, la Sérénissime
et, même sous ce masque blanc d'occasion, vous êtes
donc Venise... si masquée aujourd'hui, sous cette neige glacée
qu'un vent inhospitalier nous assène de ses fortes gifles
obliques et poudreuses, comme pour nous faire porter un masque grimaçant
de circonstance.
Ainsi,
nous oblige-t-il à baisser la tête en une respectueuse
marque d'allégeance à la Reine de la Lagune et du
Carnaval.
Venezia !
Entrons
vite dans les festivités du "Carnavale" de VENISE
sous la neige et la pluie en ce mois de février
2 004....et, d'un CLIC sur PETITES
images !
En
réalité, les costumés du carnaval, les autres
et nous, tout ce monde grouillant et agité apparaît...
déguisé!..chacun, comme il a pu, sans songer à
l'harmonie !
Depuis un an, les premiers avaient imaginé un beau costume
qu'il avait fallu faire couper et assembler à grand prix, en
y ayant ajouté tant d'accessoires, colifichets et bijoux avant
de le transporter ici en un bagage, ô combien encombrant. Ce
fut leur grande préoccupation pour réussir le plus bel
effet après avoir appris, en moult répétitions,
les multiples attitudes théâtrales propres à mieux
camper leur personnage typique d'antan et à séduire
le touriste pour qu'il les admire.
Les autres, dont nous-mêmes, n'ont préparé que
leur voyage mais voilà, les intempéries capricieuses
et fantasques les ont contraints à changer de tenues, à
trouver d'étranges vêtements de pluie et coiffures d'appoint
tandis que par nécessité, sur la Place San Marco, fleurissait
une étrange "végétation" aussi spontanée
que bigarrée de petites ou larges ombelles, point ombrelles
mais vraiment salutaires parapluies ! Certes, ce mauvais temps ne
peut être perçu que comme un intrus.
Les costumés se disputent les beaux arrière-plans décors
bien abrités pour poser plus sereinement devant les innombrables
objectifs qui les mitraillent vingt fois plutôt qu'une, afin
d'obtenir l'image la moins ...encombrée d'indésirables
qui se plantent aux côtés des acteurs, comme pour une
photo de famille. Foutue l'élégance de la princesse:
elle est vraiment bafouée.

Pourtant,
impassible, l'acteur joue son rôle de statue
vivante et tant pis si d'autres genres d'oiseaux que les envahissants
pigeons de St Marc altèrent la représentation jouée,
hélas !..sans la participation valorisante d'un Phoebus taquin,
et vraiment ...masqué !
Tout cela est donc regrettable mais n'empêchera pas les avides
chasseurs d'images que nous sommes d'entrer dans l'aventure des grandes
bousculades, en se disant que
" tout le monde, il est beau, tout le monde, il est gentil".
   
Nous
l'acceptons donc comme un passage d'obstacles à franchir le
mieux possible pour atteindre le premier rang, afin de filmer et photographier
correctement les superbes déguisements.
En effet, ces costumes sont presque tous de fort bon goût par
leur authenticité, la recherche de la qualité, la précision
du détail, le choix des coloris, la finesse des tissus.
Tout cela amplement magnifié par la prestance des attitudes
délicates, les gestes évocateurs des acteurs et le choix
de la "scène" afin d'entrer à fond dans le
vraisemblable du beau tableau
historique autant que du mystère.

   
On
dit facilement que 'l'habit ne fait pas le moine"
et j'ajouterai qu'ici, le masque crée le personnage: avec un
même costume, deux masques à peine différents
par le modelé inventeront aussitôt deux personnages distincts
.
En sa plus sobre simplicité, donc bien que dépourvu
de traits, le masque sait être expressif par son seul relief
plus ou moins accentué: le regard en deviendra doux ou sévère,
c'est selon.
   
A
son tour, la coiffe ajoute la touche finale qui définit clairement
la qualité sociale du personnage au visage caché. Le
bon goût en ce choix achève l'oeuvre avec bonheur.
   
L'art
du modelé est celui du " mascari ", cet artisan qui
conçoit le masque, crée le moule, le fabrique puis le
décore avec réel talent. Masque figé mais expressif,
triste ou souriant.
   

  
Ainsi
verrons-nous toutes sortes de masques depuis la " larva ",
cet élémentaire masque blanc au menton coupé,
jusqu'au plus sophistiqué aux traits tellement plus humains
et soulignés par des dorures en relief.

Parfois,
dans cette cohue, la chance nous sourit et nous parvenons à
prendre des images entières de ces acteurs patients et magnifiques
venus pour jouer le jeu. Mais pour cela, il importe que la promptitude
au déclenchement de la prise de vues devienne la qualité
première du photographe ou de son appareil !

Prendre
un cliché sans qu'un intrus s'interpose reste vraiment une
gageure.
Mais, ...c'est la fête !
 
Epilogue
Romantique
et marrant d'aller au pays des gondoles !... surtout en cette occasion
si festive ! Le
Carnaval n'est-il pas une des meilleures occasions pour découvrir
la cité lagunaire ?

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